« J’étais le genre de personne qui aurait traversé l’océan pour quelqu’un qui n’aurait même pas traversé la rue pour moi.
Je pensais que tout le monde avait le même cœur que moi. »
Qu’elle soit exactement d’elle ou non importe finalement moins que ce qu’elle met en lumière au plan psychique.
Car cette phrase dit quelque chose de très juste d’une dynamique intérieure fréquente :
celle du don excessif qui n’est pas tant un excès de générosité qu’une difficulté à différencier ses propres sentiments de ceux des autres.
Lorsque la psyché demeure en mode participationnel, proche de ce que Jung appelait la participation mystique, les affects ne sont pas encore clairement séparés.
Au-dedans de soi, souvent hors conscience, quelque chose pense ainsi :
Ce que je ressens, l’autre le ressent aussi.
Ce que je donne, je le recevrai un jour.
Dans ce registre, donner peut donner l'illusion de recevoir ou d'avoir ce que l'on donne. Et en offrant ce que l’on n’a pas vraiment reçu, on apaise provisoirement le sentiment de vide.
Donner de l’amour permet alors de ne pas trop ressentir son absence.
Mais ressentir réellement au-dedans suppose de se confronter au manque, au vide, à l’absence.
Et cette confrontation est douloureuse, parfois longue, souvent évitée.
Il est plus facile de vivre les choses au-dehors — dans l’action, le soin, le don — que de les laisser advenir intérieurement.
Pourtant, c’est là que commence le véritable travail psychique.
Car, comme le dit Jung, la conscience ne naît pas en dehors des émotions, mais à travers elles.
Et c’est en acceptant de ressentir ce qui manque, plutôt qu’en le comblant par le don, qu’une vie intérieure plus différenciée peut émerger.
