09 février 2019

Expérience de mort imminente - L'approche jungienne

Voici un article de Jérôme CHOISNET, passeur et chercheur passionné par le monde de l’au-delà, qui nous présente un livre fort intéressant consacré à l’expérience de mort immanente et qui pose la question d’un lien possible entre l’E.M.I. et le processus d’individuation.


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Chers lecteurs, je vous présente dans cet article l'ouvrage suivant d'Alexandra Arcé, publié aux Éditions Le temps PRÉSENT


Expérience de mort imminente 

L'approche jungienne

 



Exercice délicat que de rédiger une chronique de cet ouvrage ! 

S'annonçant comme un essai sur l'expérience de mort imminente selon une approche jungienne, cet ouvrage me semble destiné avant tout aux lecteurs passionnés de psychanalyse, bien davantage qu'aux personnes intéressées par les recherches sur les E.M.I. 

Je dirais même d'emblée : lecteur non féru de psychanalyse s'abstenir ! 

En effet, si vous n'êtes pas familier des concepts de la psychanalyse jungienne, la lecture de cet ouvrage risque fort de vous rebuter au bout de quelques pages... 

Son auteure Alexandra Arcé, titulaire d'un master de psychanalyse de l'université de Montpellier, a choisi d'émailler son texte d'une petite dizaine (neuf pour être exact) de définitions de concepts à l'usage des profanes, définitions réparties au fil des pages. 

Mais le texte reste aride à mes yeux... 

Le parcours de l'auteure 

Alexandra Arcé n'a pas vécu d'Expérience de Mort Imminente, mais elle nous raconte qu'elle avait une douzaine d'années lorsqu'elle a lu avec fascination le best-seller de Raymond Moody, La vie après la vie. 

Après une brève période d'un an ou deux de curiosité euphorique pour l'ésotérisme, Alexandra sombre dans une anorexie restrictive pendant plusieurs années. 

Son poids chute à 36 kg pour 1 mètre 68. 

" J'avais dépassé le stade de l'épuisement : je n'étais même plus fatiguée, je n'étais plus rien. 
Une autre personne vivait à ma place, effectuait les gestes de la vie courante, simulait une vie psychique. De temps en temps, des éclairs me traversaient : si je continuais à perdre un peu plus de poids chaque semaine, j'allais mourir. Mais la vie reprenait bien vite ses droits et je n'y pensais plus." 

Deux rêves déterminants 

C'est dans cette impasse qu'Alexandra, une nuit, fait un rêve qu'elle qualifie de 
charnière : 

" Dans mon songe, j'étais dehors et j'ai levé les yeux vers le ciel. Il était bleu et totalement dégagé. Une lumière intense en a émané et m'a envahie. Cette lumière n'était pas éblouissante comme la lumière du soleil. C'était une lumière blanche chargée d'énergie. Elle m'a enveloppée et m'a transmis tout ce que je n'arrivais pas à faire parvenir à ma conscience à cette époque. 

En un instant, j'ai compris la valeur de la vie. Je l'ai comprise non pas comme l'on comprend les choses de la vie, c'est-à-dire d'une manière théorique, progressive et compliquée, mais je l'ai compris en le vivant, en ressentant la joie, l'amour et la paix qu'elle implique, comme si ces qualités m'étaient miraculeusement transmises.[...] 

En réalité, le monde était vaste et tendait vers l'infini, et les apparences de nos vies n'étaient rien qu'illusoires. Ma conception du temps était métamorphosée : je me voyais au quotidien comme si je me situais dans un méta-temps. Au-delà du futur, en deçà du passé, un condensé de moi-même ayant intégré toutes les différentes étapes de ma construction psychique et physique. 

Cette lumière m'apprenait que tout était simple et bon une fois que le voile était soulevé. [...] Cette illumination semblait s'être passée en quelques secondes mais j'avais eu le temps de renverser la Bastille de mon âme et de libérer tous les prisonniers épris de joie que je contenais en moi. " 

Après ce rêve, le rapport morbide d'Alexandra aux aliments se dissipe peu à peu, et au bout de plusieurs années elle finit par retrouver un poids de forme. 

On peut d'ailleurs constater sur cette photo du site Babelio qu'elle a effectivement aujourd'hui une corpulence dans la norme. 

Le second rêve d'Alexandra 

Quelque temps après ce premier grand rêve, Alexandra en fait un second, dans lequel elle se trouve à l'intérieur de la maison de ses grands-parents : 

"Je voyais la porte en bois blanche qui fermait l'accès à leur chambre et le baromètre en bois, suspendu au mur à côté. Je me souviens m'être arrêtée face au baromètre avec une légère angoisse, pressentant ce qui allait arriver sans en connaître pourtant la nature. 

Quelques secondes sont restées suspendues dans un instant d'inquiétante étrangeté avant que la lumière blanche n'irradie du baromètre. 

Elle m'a enveloppée comme la première fois et m'a rappelé que je ne devais pas me laisser prendre au piège des illusions : les contraintes que l'on se pose pour devenir quelqu'un ou pour échapper à quelque chose, la tristesse qu'on s'inflige parce qu'on croit que cela aura un sens, la douleur qu'on supporte en espérant être payé un jour de retour, tout cela est faux et mortifère. " 

Quel lien avec les EMI ? 

Alexandra sait que ses deux rêves ne ressemblent que de loin à l'expérience-type de l'E.M.I. On n'y retrouve que l'étape de la lumière blanche "vectrice de paix, d'amour et savoir", mais elle affirme qu'elle a vécu cette lumière aussi intensément que le décrivent les témoignages des expérienceurs

On notera qu'Alexandra utilise abondamment dans ses pages le néologisme expérienceur, il est vrai fort commode pour désigner la personne qui fait une expérience, en particulier une expérience de mort imminente ou une expérience d'état modifié de conscience. 

Au fait, qu'est-ce donc qu'une EMI ? 

Selon la définition de Janice M. Holden, ancienne présidente de IANDS (International Association for Near Death Studies), 

 «Les expériences de mort imminente sont des souvenirs racontés d'expériences psychologiques extrêmes, contenant souvent des éléments "paranormaux", transcendantaux et mystiques, qui se produisent dans un état de conscience particulier survenu pendant une période de mort physique, psychologique, émotionnelle ou spirituelle, réelle ou imminente, ces expériences étant suivies d'effets secondaires similaires. » 

Cette définition nous rappelle qu'une EMI ne se produit pas nécessairement dans une situation où le pronostic vital est engagé. Une EMI peut en effet survenir dans des cas de maladies graves provoquant de fortes fièvres sans être mortelles, ou aussi sans cause médicale apparente, comme le rappelle Pim Van Lommel dans son livre Mort ou pas ?

Pim Van Lommel affirme également qu'une EMI peut survenir chez des personnes isolées, déprimées, ou pendant une marche dans la campagne ou une méditation. 

Alexandra Arcé souligne très justement qu'une EMI est avant tout une mort symbolique. L'hypothèse de départ d'Alexandra Arcé Alexandra décrit la mort symbolique comme une destruction de tous les repères constitutifs du conscient, ce qui engendre un traumatisme intense et soudain. 

Elle formule ainsi son hypothèse de départ en termes psychologiques, ce qui ne nous surprend pas puisque c'est le thème de son essai, mais ce qui rend cette hypothèse assez obscure pour un lecteur non familier des concepts fondamentaux de la psychologie : 

L'état de conscience non ordinaire de l'EMI est provoqué par une effraction du Réel dans le conscient du sujet

Dans la formulation de cette hypothèse, la notion de Réel est celle de Lacan. 

Alexandra Arcé cite explicitement Jacques Lacan quand elle écrit que "la destruction de tous les repères constitutifs du conscient, c'est la levée de tous les filtres qui lui permettaient de se maintenir à une distance raisonnable du Réel dont parle Lacan en disant que la « formule de l'impossible, c'est le Réel ». " 

Un essai jungien, mais pas que ! 

Vous serez peut-être aussi surpris que moi d'apprendre qu'Alexandra Arcé formule son hypothèse de départ en s'appuyant sur Lacan alors que son essai s'annonce comme rédigé dans une approche jungienne...!? 

Dans la suite de la première partie de son ouvrage, Alexandra nous décrit la notion de traumatisme, puis nous parle de l'évolution du concept de régression, de la vision de départ de Freud, à celle de Michael Balint, puis à celle de Donald Winnicott, et jusqu'à celle de Pierre Marty, ce qui passionnera nos psychanalystes, mais semble nous éloigner de l'approche jungienne... 

Mais qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit bien d'un essai rédigé sur la base des thèses de Jung, comme nous le dit Alexandra à la page 43 de son ouvrage : 

"C'est auprès de lui que je m'attarderai désormais pour réfléchir à la question de l'universalité de l'E.M.I." 

Pour une description des différentes étapes d'une EMI, je vous invite à lire la première partie de ma chronique de l'ouvrage de Pim Van Lommel : Mort ou pas ? 

L'invitation d'Alexandra est de se demander pourquoi les symboles les plus forts de l'EMI se retrouvent de manière quasi-systématique chez chaque expérienceur, bien que toutes les étapes ne se retrouvent pas toujours dans chaque cas, ni nécessairement dans le même ordre. 

Lecture archétypale de quatre étapes fondamentales de l'EMI" 

Approcher l'E.M.I., écrit Alexandra Arcé, par la voie de la psychanalyse jungienne paraît pertinent dans le sens où la dynamique des similitudes/divergences rejoint le modèle archétypal

certaines images ne peuvent naître au conscient qu'en s'inscrivant dans un moule précis, ce qui n'empêche pas l'infinie variété des produits qui en sont issus." 

La décorporation 

Mes chers amis lecteurs, je vous dois à ce stade mes plus plates excuses — j'aurais aimé pouvoir vous présenter celles de l'auteure, mais elle n'a pas daigné me les confier — car l'arrivée de Jung est encore retardée. 

En effet, la lecture psychologique de la phase de décorporation des EMI n'est en rien jungienne : elle fait appel, d'une part, à un rapprochement avec la description de Winnicott des agonies primitives du nourrisson, et d'autre part à la notion de stade du miroir développée par Lacan (oui, encore lui...). 

Pour être exact, je dois ajouter que l'auteure mentionne également la distinction établie par le psychanalyste hongrois Victor Tausk entre narcissisme primaire et narcissisme secondaire. 

Il me semble que les choses gagneraient à être exprimées plus simplement. Pour un peu, je dirais que la phase de décorporation ne relève pas du champ de la psychologie. 

La plupart des expérienceurs ont l'impression, en se décorporant, de très naturellement abandonner un vieux vêtement, auquel ils ne pensent plus du tout dès qu'ils sont passés à l'étape suivante. Et quand ils réintègrent leur corps, c'est simplement ce corps qui leur est — malheureusement — familier, avec ses douleurs et ses limitations physiques, quand ce ne sont pas des incapacités permanentes. 

Le numineux : la rencontre de l'être de lumière 

Cette fois, nous y sommes ! Avec les notions de numineux et de numina, nous arrivons à Otto et enfin à Jung. 

On doit le terme numineux à Rudolf Otto, qui l'a introduit (à partir du latin numen) dans son ouvrage Le Sacré, publié 1917 et dont le sous-titre est Sur l'irrationnel des idées du divin et leur relation au rationnel. 

Alexandra résume l'expérience du numineux comme celle du «"tout autre ", échappant à tout ce qui est connu et connaissable, ne laissant aucune prise pour la rationalisation. » La thèse de Jung est que le numineux survient lorsqu'une forme archétypique fondamentale se déploie dans le conscient ; cette forme archétypique transcendante n'est autre que le Soi, que Jung décrit ainsi dans son ouvrage Dialectique du moi et de l'inconscient : 

"Intellectuellement le Soi n'est qu'un concept psychologique, une construction qui doit exprimer une entité qui nous demeure inconnaissable, une essence qu'il ne nous est pas donné de saisir parce qu'elle dépasse, comme on le pressent dans sa définition, nos possibilités de compréhension. On pourrait aussi bien dire du Soi qu'il est «Dieu en nous ».C'est de lui que semble jaillir depuis ses débuts toute notre vie psychique, et c'est vers lui que semblent tendre tous les buts suprêmes et derniers d'une vie."

L'étape de l'EMI que nombre d'expérienceurs qualifient de " rencontre d'un Être de lumière " est, comme l'observe Alexandra Arcé observe, pure numinosité, mais en même temps plus que cela. Plus que cela ?

Oui, car dans l'expérience du numineux, il y a une séparation nette entre l'image porteuse de numineux et la personne qui en est touchée.

Alors que dans l'EMI, la séparation disparaît. "Les qualités supposées appartenir à l'image numineuse, écrit Alexandra, se transfèrent aussi au sujet. L'amour, la connaissance, la chaleur et la lumière l'envahissent. "

La vision panoramique de l'existence

Cette vision panoramique, aussi appelée revue de vie dans les récits d'EMI, n'est pas seulement une vision du passé de l'expérienceur.

On sait que la perception du temps au cours de l'EMI n'est pas linéaire. Voici par exemple un témoignage que rapporte Raymond Moody dans La vie après la vie :

"Je ne sais pas comment vous l'expliquer, mais tout était là, tout se trouvait là en même temps ; je veux dire : pas une succession de tableaux scintillant l'un après l'autre, c'était une vue mentale de tout l'ensemble à la fois.

"On ne s'étonnera donc pas que la vision panoramique de l'expérienceur puisse comporter aussi un aperçu de sa vie à venir, comme en atteste Pim Van Lommel dans son ouvrage (cf. Mort ou pas ? page 48)

Alexandra Arcé introduit ici la distinction entre perspective causale et perspective constructive :

"Alors que la perspective causale considère que l'âme n'est rien d'autre qu'une réalité devenue, la perspective constructive considère qu'elle est toujours en devenir et que les manifestations de l'inconscient se rapportent aussi bien à ce qui fut qu'à ce qui sera. 

Les deux perspectives se complètent et elles doivent intervenir pour à parts égales dans la compréhension des phénomènes pour se rapprocher le plus possible de ce qui serait l'image de la totalité de l'âme."

La rencontre avec les gardiens de la mort 

Avant le retour de l'expérienceur dans son corps, se produit l'étape où il est confronté à une frontière. Il rencontre aussi généralement une ou plusieurs personnes ou entités qui s'adressent à lui, pour lui signifier qu'il doit retourner dans son corps car il a encore des choses à accomplir sur la Terre.

L'expérienceur comprend également que cette frontière est irréversible : s'il la passe, il ne pourra plus revenir en arrière et retrouver son corps et sa vie terrestre. Il s'agit donc d'une frontière entre la vie et la mort définitive.

Alexandra Arcé considère que cette rencontre avec les entités gardiennes de cette frontière pourrait être " l'activation d'une forme archétypique liée à l'imago et visant à être dépassée. "

La notion d'imago renvoie à la relation construite avec les figures parentales au cours de l'enfance.

Les entités gardiennes de la frontière sont souvent des parents ou des ancêtres de l'expérienceur, donc les figures qui ont composé l'imago.

Telle est plus précisément la pensée de l'auteure : 

Au cours de l'E.M.I., l'expérienceur rencontre les gardiens d'un nouveau territoire qui semble être celui de la mort définitive. C'est autour de la mort et du grand jugement que se jouent les questions de l'être comme si, à partir de ce moment-là, la réalité de l'être atteignait son paroxysme. 

Tout ce qu'il a vécu, senti et pensé sans rien en comprendre tout au long de son existence devrait enfin trouver son sens dans le franchissement de cette frontière ultime. L'expérienceur est prêt à sacrifier son âme et à rendre sa vie pour s'offrir aux gardiens de la mort et pour connaître ce qu'il en est du mystère de son être. 

Mais les gardiens refusent ce sacrifice [...] et ordonnent à l'expérienceur de partir, de retourner sur terre, de retrouver son âme et sa vie plutôt que de leur adresser une demande de reconnaissance qui irait jusqu'à la mort."

Ce qui se joue ici est l'illusion de ne pouvoir être que par le biais de la reconnaissance par l'Autre, la perte de soi-même en l'Autre.

Et la perte de soi-même primitive, c'est celle de l'indifférenciation dans la fusion maternelle, royaume de l'amour, de la paix et de la douceur. Les entités gardiennes de la frontière, en renvoyant l'expérienceur à sa vie terrestre, font déchoir l'imago du haut de son piédestal pour rendre l'individu à sa singularité.

Un appel à l'individuation ? 

L'EMI peut être l'instigatrice d'un changement profond ou parfois plus subtil de la personnalité. Pim Van Lommel en parle abondamment dans son ouvrage, comme vous pouvez le constater dans la deuxième partie de ma chronique Mort ou pas ?

Alexandra Arcé se propose de décrire ce changement de personnalité en termes de psychologie jungienne.

La notion fondamentale est celle d'individuation, dont Jung a parlé à partir des années 1930 "pour désigner le processus long et tortueux d'assimilation du Soi par le conscient. "

L'auteure observe que les expérienceurs sont souvent en difficulté pour relater leur expérience à leur entourage et à autrui, si bien qu'ils sont confrontés de ce point de vue à une forme de solitude et d'exclusion.

Or cette solitude, écrit Alexandra, " est essentielle pour ôter de la prévalence à l'autonomie du complexe de la persona.

"Le complexe de la persona est un masque d'adaptation sociale et de comportements stéréotypés qui recouvre le complexe du moi.

Il ne s'agit pas de se retirer du monde et de condamner les conventions sociales, mais de reconnaître leur part et de les distinguer du moi.

L'auteure ajoute : "Parce que la persona dissimule le moi et d'autres lieux du conscient, retirer ce masque est le prélude nécessaire à l'individuation."

La conciliation de l'ombre 

"L'ombre telle que la définit Jung représente [...] tout ce qui paraît inacceptable au moi au point qu'il en dénie l'existence."

Elle est lourde de toutes les peurs, hontes et colères, mais aussi de toutes les carences et des potentiels inexploités.

Pour Alexandra Arcé, l'expérienceur de l'EMI est confronté à son ombre à partir du moment où il revient dans son corps, car il retourne alors à un état de conscience ordinaire et doit renoncer à la plénitude dont l'EMI lui a donné un avant-goût.

Pendant l'EMI, l'expérienceur a vécu un amour absolu, une connaissance intégrale et une absence de temps ; il s'est trouvé dans une totalité qu'il doit abandonner à son retour su Terre. Il doit en faire le deuil et se contenter de "la seule totalité accessible à notre condition : celle de l'intégration [de l'ombre]." 

 Le risque pour l'expérienceur qui a laissé tomber le masque de la persona, est de permettre au moi, avide de sécurité, de courir après un autre masque et s'emparer des images numineuses qu'il a rencontrées dans son EMI.

L'expérienceur — précise Alexandra — en s'identifiant aux images numineuses, traverse une inflation psychique, une inflation démesurée du moi.

Pour illustrer son propos sur l'inflation psychique à la page 97 de son propre livre, Alexandra Arcé cite deux phrases qu'elle extrait de l'ouvrage de Pim Van Lommel, Mort ou pas ?, en mentionnant la référence exacte, mais elle semble attribuer ces deux phrases à un expérienceur d'EMI. C'est en tout cas ce que j'ai cru à la première lecture, et même ensuite.

Mais en allant vérifier la référence dans l'ouvrage de Van Lommel, j'ai constaté qu'il ne s'agit pas du témoignage d'un expérienceur, mais... de deux vers du célébrissime poète Dante, l'auteur de La Divine Comédie !!

Voici ces vers que cite Alexandra Arcé en les empruntant à la citation de Van Lommel :

« Ô Lumière suprême qui s'élève si loin de la pensée mortelle, rends à mon esprit un peu de ce que tu semblais alors.[...] L'homme devient tel dans cette Lumière, que s'en détourner vers autre chose est au-delà des limites du possible. »

Vous pourrez trouver une version légèrement différente de ces deux vers — n° 23 et n° 34 — dans la traduction de Lamennais, consultable sur cette page de la bibliothèque Wikisource.

Quoi qu'il en soit, prêtons attention à la mise en garde d'Alexandra Arcé : elle nous informe que le sujet qui s'identifie aux images numineuses, peut ensuite s'attribuer leur fonction de guide au lieu d'approfondir son individuation.

Elle emprunte ici à nouveau une citation à Van Lommel, mais cette fois il s'agit effectivement d'un récit d'expérienceur :

" Mais maintenant j'ai conscience de posséder des pouvoirs prophétiques qui me permettent d'aider les autres. J'ai un sixième sens."

La tâche de l'expérienceur sera de réaliser, écrit Alexandra, que "le contenu auquel il s'est identifié si pleinement lui délivre moins un message personnel transcendant qu'un message immanent provenant des profondeurs de l'inconscient."


Un second mythe moderne ? 

"Il suffit d'évoquer la traversée d'un tunnel conduisant jusqu'à une lumière irradiante pour que tout le monde comprenne de quoi l'on parle."

Un Mythe moderne est le titre d'un ouvrage de C.G. Jung de 1958, consacré à une étude psychologique des ovnis. Alexandra Arcé s'interroge : l'EMI serait-elle un autre mythe moderne ?

 Constatant l'extrême sur-valorisation du conscient dont souffre l'homme contemporain au détriment des forces agissantes de l'inconscient, elle se demande si "l'épidémie psychique" (sic) des EMI ne serait pas le signal que l'inconscient finit par imposer ses droits.

Profitant de l'abaissement du niveau de vigilance du conscient dans les circonstances favorables au déclenchement d'une EMI, l'inconscient en profiterait "pour se faufiler et pour impressionner le conscient de puissants symboles référant à l'archétype du Soi."

Pour des précisions sur les EMI et NDE :
Je vous invite à visiter les quatre parties de ma chronique de Mort ou pas ?, la grande étude du cardiologue Pim Van Lommel. La première partie est ici.
Pour un résumé des notions clefs de la psychologie analytique jungienne : Les sites sur ce thème sont fort nombreux. Vous pouvez consulter le site d'Ariaga.


28 octobre 2018

La civilisation n'est pas achevée


Ces deux dernières années, mon emploi du temps très serré ne m’a guère laissé le temps de venir écrire sur mon blog ! Mais écrire me manque beaucoup, alors pour combler ce manque, me voici revenue.

A la veine décliniste d’un Occident décadent qui s’effriterait avant de s’effondrer, nous pouvons rétorquer que l’aventure terrestre de notre humanité n’est pas achevée.

 Certes en ces temps de crise généralisée, le questionnement surgit en mon esprit avec une grande force. Mais j’ai envie de me dire à moi-même, « relax, notre civilisation est toujours en devenir ! ».
Malheureusement, oui, la civilisation a développé trop majoritairement son potentiel économique, industriel, et scientifique. Elle a repoussé ses limites jusqu’à une extrême dangerosité. Et rallongé de ce fait considérablement l’acquisition en cours d’une maitrise civilisée de notre planète.
La civilisation, du latin civilitas désigne pour l’homme une manière sociable du vivre.
Sauf, que vivre ensemble reste quelque chose de très difficile, car il implique d’accepter autrui, avec ses différences, ce qui veut dire aussi sur un plan psychologie, sortir de sa zone de confort, quitter ses terres personnelles, belles, rassurantes et connues, ses vérités admises, ses croyances limitantes…
En clair, l’unité apparente apportée par les progrès sans limite de la vie matérielle et extérieure, restent à eux seuls impuissants à rendre civilisable comme il serait souhaitable, les hommes. Il manque selon moi, le travail personnel de l’individu sur lui- même. Travail qui conduit vers l’unité intérieure, vraie et profonde, qui aide à comprendre et accepter son prochain différent de soi-même.
D’un autre côté, le devenir de l’homme intérieur peine à advenir car trop mal compris encore par les pouvoirs institués : religion, famille, éducation : eux aussi pourvoyeurs de civisme et civilité partagés…Mais ses autorités régulatrices sont de surcroît entrain de connaitre l’effondrement, sans que nous en ayons, hélas compris le sens profond, sens indispensable à comprendre pour une construction saine de l’individualité en devenir.
Nous semblons, ainsi,  être engouffré dans une impasse que Jung décrit très bien dans son livre, « Dialectique du moi est de l’inconscient » dans ses termes : « C’est un fait évident que la moralité d’une société, prise dans sa totalité, est inversement proportionnelle à sa masse, car plus grand est le nombre des individus qui se rassemblent, plus les facteurs individuels sont effacés et, du même coup, aussi la moralité, qui repose entièrement sur le sentiment éthique de chacun et, par le fait même, sur la liberté de l’individu, indispensable à son exercice ».

04 août 2018

Rencontres dans le sud de la France

Je signale la tenue d’un Congrès Européen (Congrès et pré-Congrès) sur la psychologie analytique de Jung, aux Palais des Papes d’Avignon. 
En débat : « Relier le familier et l’étranger dans l’Europe d’aujourd’hui : perspectives culturelles, cliniques et théoriques ».
Le congrès est ouvert à tous les analystes en formation, analystes, psychothérapeutes et étudiants.  
Inscription ici 




13 février 2016

Un autre regard sur les fantaisies


J'ai déjà  longuement parlé du concept de libido, l’énergie psychique pour Jung ; j’ai explicité ce concept-clé de l’approche jungienne.  Je voudrais m'intéresser un peu plus à présent aux productions de l’inconscient - les rêves - les fantaisies etc.

Dans ce petit billet je commencerai par les fantaisies ; la psychanalyse parlera plutôt de phantasmes. De quoi sont tissées les fantaisies ? D’où tirent-elle leur matière ? S’interroge Jung au début de ses Métamorphoses de l’âme et ses symboles. Je partirai de là.

Il prend l'exemple d'une fantaisie typique de la puberté. Un jeune homme face à l’incertitude de son devenir se dit en projetant son imagination dans le passé : « Et si je n’étais pas l’enfant de mes parents, mais l’enfant d’un noble et riche comte etc ». Cette fantaisie, sauf s’il s’agit d’un cas pathologique, passe normalement très vite. Il se trouve qu’à l’époque antique, nous dit Jung, l’imagination de la descendance divine n’était pas une fantaisie mais « une vérité acceptée de tous ». Comme en atteste d’ailleurs l’existence des mythes. De nombreux récits mythologiques mettent en scène des héros enlevés de leurs vrais parents et voire même issues de parents divins.  Jung cite à ce sujet l'histoire des jumeaux Rémus et Romulus qui furent séparés de leurs parents – l’un d’eux était un Dieu - et jetés dans le Tibre.

Ainsi, ces vérités d’hier, nos fantaisies d’aujourd’hui, se répètent et sont « au fond issues d’une forme de pensée archaïque reposant sur des instincts qui n’a rien d’infantile ni de pathologique. Cette forme de pensée primitive, continue de nous expliquer Jung, reposaient sur des instincts (1), qui, cela est naturel, n'apparaissent avec plus de clarté que plus tard ». Plus tard, il faut entendre, je pense, quand les hommes furent capables de mener un travail introspectif.

Pour autant, cette pensée provenant du fondement instinctivo-archaïque de notre esprit continue d’exister, aujourd’hui dans l’inconscient, Jung l’a appelé la pensée imaginative, ou non dirigée (voir mon ancien article). Elle continue d’exister à côté de la pensée dirigée consciente. N ‘en déplaise ou pas à cette dernière !

Et d’ailleurs vouloir faire comme si elle n’existait pas ne ferait que la renforcer à cause de la charge énergétique des instincts. Et accentuer notamment la formation d’angoisse, d’anxiété ou troubles phobiques divers.  Tout comme réduire, l’existence de ses fantaisie issue de cette pensée archaïque à tout l’infantile non réglé empêche de pouvoir regarder ce que ces fantaisies ont à nous apprendre sur l’état du développement global ou non global de notre personnalité.

Pour illustrer le rôle profond de cette pensée, je vais donner un exemple clinique ; il s'agit d’un rêve en rapport précisément avec une fantaisie de puberté. Le rêveur rêve que ses parents ne sont pas ses vrais parents. Le rêveur est une personne qui a reçu une éducation parentale très stricte, très sévère et très possessive.  Âgée de 40ans, elle essaie à présent de se défaire de cette emprise parentale. Un travail qu’elle n’a pu commencer à l’adolescence, tant elle était terrorisée par ses parents. Aujourd’hui c’est devenu quelqu'un d'anxieux et de dépressif mais qui désire s’en sortir et se libérer de ses chaines. Non sans ressentir une très grande inquiétude sur ses capacités à pouvoir conduire sa vie sans ses chaînes. Comme à l’intérieur de son moi,  se trouve donc plein de sentiments de peur et d’insécurité, l’inconscient a sans doute produit ce rêve typique de puberté en réaction à son extrême anxiété consciente.

L’analyse de ce rêve a permis, in fine, à cette personne de mieux comprendre l’étape de croissance individuelle dans lequel elle se trouvait. Et de voir également le rôle compensateur de son inconscient.

Ainsi, reconnaître la texture archaïque de ses fantaisies conduit à les regarder comme un marqueur générique et instinctif en provenance d’une autre forme de pensée et non comme la manifestion d’un désir infantile ; ce qui change beaucoup les choses, car  pour pouvoir concrètement progresser dans la vie, il est beaucoup plus constructif et aidant, de se dire, voilà ce que je dois parvenir à dépasser aujourd'hui,  que de se dire mon esprit fonctionne encore comme si j’avais 12ans.

(1) Ce que Jung appellera plus tard les archétypes

26 juin 2015

Les concepts jungiens



Dans son récent ouvrage, "Les Concepts Jungiens", Marie-Claire Dolghin-Loyer, médecin et psychothérapeute, nous fait découvrir en passant par de nombreux exemples cliniques, la pertinence des concepts jungiens.  L’auteure a cherché à donner des clés pour mieux lire et comprendre Jung. Pari réussi à mon sens. De plus, elle montre abondamment que l’œuvre de Jung ne porte pas préjudice aux découvertes freudiennes mais viennent en élargir la portée.

Voici un court extrait choisi : "Le mythe nous montre combien les contenus de l’inconscient sont fluctuants et insaisissables. ils s’expriment par projections, sont multiformes et transformables. Ainsi, on verra apparaitre dans une série de rêves la même pulsion inconsciente sous différents aspects. Ce qui est intéressant, c’est de porter attention à la forme choisie pour l’expression de la pulsion ainsi qu’à son évolution par les changements de forme. L’évolution de la forme indique qu’un contenu, encore très inconscient, progresse vers la conscience en évoluant peu à peu, comme une belle au bois dormant qui se réveille. La vitalité ou la créativité (la pulsion dirait Freud) apparaissent d’abord sous une forme archaïque relativement redoutable : homme préhistorique, lions et autres carnivores, bêtes dangereuses, etc. Bien souvent, ce sont d’abord des figures d’ombre qui se manifestent lorsqu’un contenu de l’inconscient fait irruption. En voici un exemple dans une série de rêves de la même personne : apparaît d’abord un homme sombre armé d’un couteau ; dans un deuxième temps, des personnages moins redoutables avec qui l’on peut parler : l’un d’eux conduit un cirque dans un village et prépare une représentation. Une amorce créatrice émerge de l’inconscient, elle se présente sous différentes formes et cette séquences de transformation contiennent une logique interne".