03 mars 2006

Pourquoi s'intéresser à la vie de l'Inconscient ?

Ce premier billet aborde les présupposés de base permettant de comprendre la vie de l'inconscient sous l'angle de vue amené par Carl Gustav Jung. En sorte que les prochains billets ou dossiers qui suivront et que je posterai sur ce blog assigneront une place princière à l'œuvre de Carl Gustav Jung. Il est, semble-t-il, l'un des rares savants à avoir su montrer avec évidence et même avec une rigueur scientifique toute particulière, combien l'activité religieuse et l'activité psychique dans l'homme se situaient sur la même ligne. On sait de plus que l'ensemble de son travail qui a consisté surtout à mettre en lumière les processus intérieurs dans l'homme reposait essentiellement sur des observations libres et concrètes. Et bien qu'on l'ait traité injustement, je pense, de mystique, ses écrits n'ont jamais pris l'allure d'une quelconque profession de foi, non plus d'affirmations métaphysiques et ni même d'énoncés dogmatiques. Toute son œuvre mobilise chez le lecteur, certes, beaucoup le cœur mais sans jamais y plaquer ni leurre, ni illusion. Ingrédients, hélas, systématiques ou que l'on est habitué à retrouver dès lors que la question religieuse est envisagée.
Je perçois personnellement son travail comme une œuvre de vérité toute intérieure et toute entière qui se dévoile, se déroule et se dit dans une très grande clarté de langage et justesse de vue.

Pour ma part, par exemple, l'émotion toujours présente et vive que j'aime à retrouver dans chacun de ses livres m'apporte toujours une grande joie au cœur ainsi qu'un sentiment heureux et toujours renouvelé de reconnaissance et résonance intérieure supérieure à tout ce que j'ai déjà pu ressentir. Une des raisons et non des moindres à cela est que cet auteur a largement contribué à me faire prendre très au sérieux l'existence en moi-même d'une réalité intérieure "palpable" si je puis dire, dotées quoiqu'il en soit de ses codes, alertes, et tourments terrestres parfois aussi.

Examinons un instant et en guise de mise en bouche le problème religieux qu'il m'intéressera d'aborder dans mes petits billets que je distillerai au fil du temps dans ce lieu.

Alberto Martini - le paradis -Il y a, disons-le clairement, un lien évident entre ce que l'on nomme dieu, le monde des cieux ou de l'au-delà, et l'inconscient. Partant, cela suggère que le monde d'en haut n'exclut pas le monde d'en bas. Pour celles et ceux qui ont lus un tant soit peu la psychanalyse freudienne, il est plus facile de souscrire à cette idée. Sachant que pour Freud l'inconscient représente résolument le réservoir de la vase noire humaine. Par contre pour les freudiens qui ont intégré et retenu tout particulièrement la dialectique freudienne du ça et du Surmoi, et notamment qui ont projeté tout leur idéal sur l'existence d'un monde d'en haut seulement meilleur auront beaucoup plus de mal à admettre ladite proposition.
À vrai dire, et sans rentrer volontairement trop dans les détails pour l'instant, ni l'une ni l'autre de ses deux conceptions ne me semble fausse, je les trouve, prises isolément, tout simplement incomplètes...
À mes yeux, une comparaison entre le monde de l'au-delà et l'inconscient existe bien ; je conçois cette proposition comme juste car je considère les représentations du monde de l'au-delà comme étant une des figurations possibles du monde de l'inconscient, ou l'inconscient lui-même.
Mais alors, si le monde de l'au-delà en lui-même n'existe pas vraiment si ce n'est seulement en soi, qu'est-ce que l'inconscient ? L'inconscient selon moi, et ainsi il en va de l'inconscient jungien, représente toutes les données de la vie qu'il ne nous est pas encore donné de connaître , soit parce qu'elles demeurent encore inaccessibles à notre état de conscience soit parce qu'elles ne parviennent pas à accéder directement à la conscience pour tout un tas de raisons que je détaillerai plus tard. Par contre, l'inconscient n'est jamais entièrement opaque puisque nous pouvons en connaître plein de petits bouts grâce à la production de symboles, symptômes, rêves, fantaisies…Les symboles religieux par exemple révèlent ou sont le reflet de nombreuses portions dominantes de l'espace psychique des individus. À ce titre, il est intéressant de noter que l'homme primitif s'est mis très tôt à manifester le besoin d'exprimer des croyances et des pratiques religieuses - autrement dit de projeter au dehors de lui des portions puissantes de sa psyché - alors même que l'acquisition de la pensée consciente n'existait point encore chez lui.
Si l'inconscient traite des données ou facteurs de la vie non encore connus - à bien distinguer du "tu" - le connu lui demeure concentré dans la personnalité consciente ou le moi. Evidemment une masse importante des objets connaissables par la pensée dirigée reste susceptible d'être découverte par le moi. Mais, il s'agit dans ce cas précis de connaissance intellectuelle et non pas de connaissance immédiate et intuitive qui relève, elle, de la manifestation de l'inconscient. Par ces explications on est donc conduit à mieux comprendre pourquoi l'intuition n'a pas vraiment les coudées franches dans l'univers du moi. En fait, notre capacité intuitive fonctionne bien mieux lorsque nous permettons à notre inconscient d'exister, non pas à notre insu mais avec discernement et abandon.
Ecoutons cette phrase de Jung qui résume parfaitement cet aspect de l'inconscient : "l'inconscient c'est la nature qui ne trompe jamais ; nous seuls nous nous trompons".
En d'autres termes cela revient à dire que la connaissance réside à l'intérieur de soi et qu'elle peut se mettre à couler librement à condition de posséder un robinet en trés bon état.
Le robinet intact, c'est uniquement une très grande confiance en soi-même qui peut nous l' apporter. La tâche est rude en effet, car aussi, avant de pouvoir laisser s'exprimer librement ce que "l'on sait déjà", on doit se débarrasser des vieilles peaux mortes du passé qui encombrent beaucoup le passage à une connaissance véritablement vivante en soi.
Sans ce "nettoyage" des vieilles peaux, se mettre à faire confiance à ce que l'on ressent, aux mouvements - surtout lorsqu'ils sont incessants - du cœur, ne résout rien. On peut toujours, me direz-vous, suivre - et c'est l'option choisie par bon nombre d'individus - la voie de la raison qui permet d'éviter pas mal d'écueils, il est vrai.
D'un autre côté, il est vrai aussi que plus nous repousserons cette connaissance intérieure en gestation, plus nous serons névrosés et malades donc. C'est pourquoi, seule la confrontation avec son inconscient permettra de résoudre ces différents conflits.
Il n'y a pas que des contenus morts dans l'inconscient. Ce constat découlant d'observations extrêmement empiriques se trouve un peu partout répandu dans l'œuvre de Jung. Le pouvoir de la vie opère dans l'inconscient ; tout semble avoir été prévu de même que nous avons l'habitude de dire que la nature a tout prévu.
Il y a quelque chose à l'intérieur de l'homme qui est prévu pour nous faire aller vers notre libération et réalisation ou individuation. Se ressentir heureux et en harmonie avec son soi et le grand soi de l'univers, n'est-pas cela aussi le bonheur ? Jung a fait trés sérieusement l'inventaire des forces qui dorment dans les profondeurs de l'inconscient . Je pense à la pulsion de guérison par exemple. Tout traitement psychothérapeutique qui se respecte devrait emmener précisément chaque patient à trouver à l'intérieur de lui-même cette pulsion salvatrice.
Jouons ainsi donc au vrai Jeu de la vie, et non pas au jeu du chat et de la souris avec la vie. Grâce en partie au grand tout vivant auquel nous appartenons, grâce aussi à la réaffirmation incessante du vouloir-vivre de l'espèce, comme l'a indiqué Schopenhauer, une existence équilibrée et accomplie est possible.
Le vouloir-vivre-mieux réside dans l'inconscient : car en fait c'est quand l'homme n'est pas suffisamment conscient que tout va mal. Voilà pourquoi il est fort important de s'intéresser à l'inconscient !

Pour terminer enfin ce premier billet, voici un extrait* du très répandu et néanmoins moins connu épicurisme qui place en réalité la jouissance et le plaisir de l'homme dans l'absence de trouble dans l'âme, et l'exercice permanent du discernement. Je pense que cette posture de vie s'acquiert beaucoup plus vite au moyen de l'élargissement du regard que procure l'inconscient :

"Partant, quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, il ne s'agit des plaisirs déréglés ni des jouissances luxurieuses ainsi que le prétendent ceux qui ne nous connaissent pas, nous comprennent mal ou s'opposent à nous. Par plaisir, c'est bien l'absence de douleur dans le corps et de trouble dans l'âme qu'il faut entendre. Car la vie de plaisir ne se trouve pas dans d'incessants banquets et fêtes, ni dans la fréquentation de jeunes garçons et de femmes, ni dans la saveur des poissons et autres plats qui ornent les tables magnifiques, elle est dans un raisonnement vigilant qui s'interroge sur les raisons d'un choix ou d'un refus, délaissant l'opinion qui avant tout fait le désordre de l'âme"
(*Extrait de Lettre à Ménécée, d'Epicure, traduction de Pierre Pénisson, Hatier "Classique Hatier de la philosophie"1999)



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1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

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10:43 PM  

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