Voici l’un de mes posts de 2015, revu, corrigé
et expliqué ; je tentais alors de m’exprimer sur le sujet du
féminin dans les femmes : sur son état actuel et son devenir futur possible
pour la femme et pour l’homme. Je ne suis pas parvenue à bien me faire
comprendre sur le sujet. Je cherchais à dire que les femmes qui n’ont pas
encore trouvé leur nature féminine ne recevaient pas toujours de l’aide de
la part de leurs partenaires de l’autre sexe, a fortiori lorsque ces
derniers ne cherchaient pas à découvrir leur propre féminin intérieur ou
inconscient. D’un côté, le discours et la vision toute masculine qui assurent
l’ordre nécessaire du monde extérieur depuis deux millénaires ont
permis de propulser une bonne partie des femmes au rang de sexe gagnant, pour
ce qui concerne leur réussite professionnelle, or d’un autre côté, dans leur
rapport avec les femmes, la plupart des hommes n’aident guère les femmes à
bien se comprendre.
L’émancipation
des femmes depuis les six dernières décennies s’est montrée spectaculaire. Bien
plus actives et visibles qu’hier, les femmes modernes ont beaucoup gagnés en
autonomie, indépendance, compétence, prestige et initiative. Leur réussite
s’observe surtout dans le domaine professionnel et social, et touche, certes,
bien plus les femmes de milieux aisés. Mais pourquoi les femmes sont-elles
tentées pour la plupart d’entre elles de suivre des modèles de
penser et d’être masculins ? Pourquoi les femmes ne s’appuient- elles pas
davantage sur leur propre nature féminine pour progresser
dans leur vie ; une nature qu’il conviendra de définir. Nous
savons et voyons que cette nature est dans leur être conscient et sexué, alors
pourquoi donc les femmes ne s’en servent-elles pas davantage dans
leurs implications extérieures diverses et
variées ?
"Les
femmes ne peuvent échapper à la réalité que voici : les femmes embrassent une
profession d’homme, elles étudient et travaillent à la manière des hommes et
font ainsi quelque chose dont le moins qu’on puisse dire est que cela ne
correspond pas entièrement à leur nature de femme. Quand on vit ce qui est le propre
du sexe opposé, on vit en somme, dans son propre arrière-plan, et c’est
l‘essentiel qui est frustré. L’homme devrait vivre en homme et la femme en
femme".
Jung
pointe ici la contradiction des actions chez les femmes ; elles
réussissent de la même manière que celle des hommes, mènent études et carrières
non pas d’une manière qui s’inspire de leur être essentiel féminin, mais d’une
manière qui emprunte aux traits de leur masculin inconscient. Donc,
il ne veut pas dire que la femme ne devrait ni travailler ni étudier, il
souligne, je pense, simplement que la femme fait vivre de manière
essentielle pour réussir « son arrière-plan » c’est-à-dire
son inconscient. Pourquoi son inconscient, car la femme, comme tout être
humain, femme ou homme donc, réuni l’instinct masculin et féminin. La femme a
un inconscient typé masculin et l’homme un inconscient typé féminin, Jung en
parle en termes de principe, ou d’éléments masculins et féminins et donne le
nom d’animus à l’instinct masculin inconscient, chez la femme, et le nom
d’anima à l’instinct féminin inconscient chez l’homme. Ces deux grands
principes ou instincts président au devenir essentiel de n’importe quel être
humain conscient. Qu’il soit du sexe féminin ou masculin. La grande confusion
que l’on fait souvent, lorsqu’on lit Jung c’est de confondre genre ou
comportement social et instinct ou archétype[1] .
Ces deux
instincts, en contraste marqué, semblent inconciliables, pourtant ils attendent
de pouvoir vivre en harmonie un jour dans la femme et dans l’homme comme force
et partenaire intérieur.
C’est pourquoi j’avais cité, dans mon texte initial, ces lignes de
Jung : "La femme
sait de plus en plus que l’amour seul lui donne la plénitude de développement,
de même que l’homme commence à saisir que l’esprit seul donne à sa vie son sens
le plus noble et tout deux, au fond, cherchent le rapport spirituel qui les
unira, parce que l’amour a besoin, pour se compléter de l’esprit et l’esprit,
de l’amour ». L’homme
et la femme aspirent à être entier, mais doivent avant cela résoudre le
problème difficile de l’absence de conscience de leur anima et
animus.
Mais revenons
à la nature féminine de la femme, nature que nous ne faisons qu’effleurer bien
sûr, tant il y aurait à écrire. En quelques mots tout de même, de
quelle nature féminine parle-t-on ?
La nature
féminine dont il est question ici n’a rien à voir avec les caractères que l’on
attribue habituellement aux femmes tels que le charme, la douceur,
l’amabilité. Ou bien d’autres qualités apaisantes et rassurantes attribuées
depuis fort longtemps aux femmes par le discours masculin. La nature féminine
dont parle la psychologie analytique jungienne correspond à l’anima chez l’homme,
c’est-à-dire à l’instinct féminin, au principe féminin, ou dit encore à Éros,
c’est-à-dire l’amour en tant qu’instinct et pris dans le sens de relation
sentimentale et d’érotisme et à ne pas confondre avec la sexualité.

« Cela
n’a rien de particulièrement surprenant, puisque la femme est infiniment plus
« psychologique » que l’homme. Lui se contente, le plus souvent, de
la seule logique. Tout ce qui est « spirituel »,
« inconscient » etc., lui répugne, lui paraît indécis, vague ou
maladif. Il veut l’objectif, ou le réel, non des sentiments et des fantaisies
qui porte à faux ou dépassent le but. Au contraire, la femme veut, la plupart
du temps, savoir ce que l’homme sent à propos d’une chose, plutôt que de
connaître la chose elle-même. Pour elle, est seul utile ce en quoi l’homme ne
voit que futilités, ou impédimenta. Aussi est-il naturel que ce soit la femme
qui présente la psychologie la plus immédiate et la plus riche et bien des
choses peuvent se remarquer très clairement chez elle, qui ne sont, chez
l’homme que des processus indécis d’arrière-plan, dont il ne veut même pas
convenir. Or la relation humaine, contrairement aux explications objectives et
aux conventions, passe par le spirituel, domaine intermédiaire, qui va du monde
des sens et des affects jusqu’à l’esprit, empruntant à l’un et à l’autre sans
rien perdre cependant de son étrange nature particulière ». Jung poursuit
en disant « il est nécessaire que l’homme s’aventure sur ce terrain, s’il
veut apporter à la femme une certaine compréhension ».
Il faut
comprendre, selon moi, que le féminin a besoin de devenir plus conscient chez
l’homme ce qui aiderait en même temps grandement les femmes à affirmer
davantage leur nature féminine, au lieu de faire qu'elles s'appuient principalement sur leur
animus[2].
La femme, tout comme l’humanité et son lieu de vie, la planète ont grandement
besoin de réveiller ce féminin encore trop méconnu et évité par les hommes qui
ne connaissent de lui pas grand-chose. En général le féminin inconscient de
l’homme se retrouve à l’extérieur projeté sur une femme ou bien à l’intérieur,
sous forme d’humeur ou d’émotion à dégager.
Et voici
pourquoi en conclusion de mon article de 2015, j’écrivais :
Pour
comprendre l’importance de la réalisation de son Éros, la femme a besoin, comme
l’indique Jung que l’homme s’aventure sur le terrain de ce qu’il répugne le
plus : à savoir son propre féminin inconscient, autrement dit le spirituel,
l‘inconscient, ou tout ce qui lui paraît flou, trop psychologique, érotique
(confondu souvent avec la sexualité). L’homme préfère, hélas s’en tenir à la
froide logique ce qui n’arrange guère les affaires de la femme. Or, en ne
développant pas un peu plus son éros, il n’aidera guère la femme à mieux
comprendre et récupérer sa part de féminité naturelle perdue. Et s’il ne fait
rien, il faut s’attendre à ce que la femme continue à s’appuyer sur son animus,
un animus qui tant qu’il ne sera pas utilisé autrement, risque de réserver de
rudes épreuves à sa belle, dans le but inconscient pour la femme de
« l’aider » à mieux se réveiller et à se révéler à elle-même.
Ainsi, le
progrès vers l’autonomie sociale réalisée par la femme d’aujourd'hui, qui est
apparue principalement sous la contrainte de faits économiques a largement
contribué à améliorer la qualité de vie des femmes, mais il ne parle pas du changement et de l’évolution dans le vécu du
féminin qui restent à venir aussi bien chez l’homme que chez la femme.
Illustrations
Gaëlle BACQUET
Références
Problème de
l’âme moderne – La femme en Europe – Jung
Les mystères
de la femme – Esther Harding
La femme et
son ombre – Silvia Di Lorenzo
Conférence de
Sylvie Chevallier de la SFPA du 30/03/19 intitulée l’animus dans les
contes de fées
[2] Le point d’appui des femmes dont je
fais référence et qui est abondamment souligné par Jung dans ses écrits,
concerne l’animus défensif de la femme, lequel animus s’est
constitué au fil du temps, par la violence du
long assujettissement des femmes par le logos de pouvoir
masculin ; les femmes du temps de Jung mais encore aujourd’hui s’en
servent inconsciemment comme une arme redoutable contre les hommes. (Voir
conférence de Sylvie Chevallier de la SFPA du 30/03/19 intitulé l’animus
dans les contes de fées).
Superbes dessins de Gaëlle ! J'adore vraiment.
RépondreSupprimerCoucou Anna, je lui transmets le message !
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