13 avril 2006

La psychanalyse : un cas à part

Nu-au-Manequin-Paul-Delvaux"La Psychanalyse est à réinventer avec chaque patient" C.G.Jung

La psychanalyse, comme nous allons le voir, est la branche de la psychologie qui accorde le plus d'importance à l'existence de l'âme profonde dans l'inconscient. La psychanalyse est avant tout la science de l'auto-analyse et de l'auto-examen que l'on nomme également l'introspection. En ce sens qu'elle propose une méthode d'investigation de la vie psychique complète et profonde. Elle est également une théorie de la vie psychique. Sigmund Freud, son fondateur a appelé "métapsychologie" la partie théorique de sa psychologie. Sa méthode d'analyse, quant à elle, est généralement appelée la cure analytique, ou encore l'analyse personnelle. Enfin, le dernier champ d'investigation que la psychanalyse a investi est celui de la thérapeutique ; Freud s'est en effet attaché à suivre et à tenter de guérir tout particulièrement les cas de névrose et de psychose. Nous en donnerons la définition un peu plus bas.
Par ailleurs, la psychanalyse est la seule discipline qui a su apporter dans le domaine de la psychologie de la personnalité, de la psychopathologie et de la psychiatrie une grille de lecture globale du fonctionnement psychique humain. Freud a proposé ainsi une description de l'appareil psychique de l'homme en considérant différents niveaux ; le niveau structural, dynamique, économique et génétique. Pourtant la théorie freudienne reste largement critiquée et controversée. Les médias les plus pessimistes vont même jusqu'à évoquer le déclin de la psychanalyse. On lui reproche différentes choses : son manque de rigueur scientifique, le fait de s'appuyer uniquement sur des études de cas, on lui reproche également l'inefficacité de la cure, son aversion affichée de la femme, son pansexualisme (c'est-à-dire le fait de tout ramener à la sexualité)…

Des vérités dérangeantes
Sans même trancher sur la question du bienfondé ou pas de la théorie freudienne, ne devons-nous pas avant toute chose voir dans les multiples réactions de rejet qu'elle suscite, l'expression des défenses de l'homme que la psychanalyse a justement elle-même contribué à identifier ainsi qu'à expliquer clairement ? Car, inutile de tourner en rond, la psychanalyse fait montre du fier toupet de parler de vérités fort dérangeantes sur la question du fonctionnement profond de l'homme. Freud n'est-il pas le premier savant à avoir reconnu et à avoir porté à la connaissance de toute la planète la réalité de l'existence de conflits et de tension cachées siégeant à l'intérieur de l'homme ? Conflits, selon-lui, repérables principalement grâce à l'interprétation des rêves.
Citons par exemple le conflit entre le conscient et l'inconscient, la volonté et la contre-volonté, le conflit entre le moi et le ça, entre le surmoi et le ça, (nous verrons ces concepts dans le prochain billet), le conflit entre des sentiments et désirs opposés refoulés -éros et thanatos- gîtant aussi tout au fond de l'inconscient, le conflit entre le réel et l'imaginaire etc.

Les conflits selon Freud seraient à la fois pathogènes et "rédempteurs".
Pathogène parce qu'ils créent des troubles divers psychiques et physiques ; rédempteur parce que la présence de conflits sont aussi l'indication qu'il y a quelque chose dans la psyché qui est entrain de bouger, autrement dit "de passer à une autre forme" - qui est le sens littéral du mot "trans-former" -. Sans la présence de forces antagonistes, autrement dit, sans tension, ce serait la fin de la vie. L'énergie est mouvement et est toujours issue d'une tension. Il en va de même chez l'homme ; la vie a besoin de tensions pour pouvoir produire de l'énergie, et donc pour pouvoir avancer dans la vie, nous avons également besoin de ces tensions, le tout étant qu'elles ne soient ni trop fortes, ni trop faibles.

En simplifiant volontairement beaucoup, nous dirons qu'il existe deux grandes classes de conflits psychiques constatables chez l'homme : la névrose et la psychose :
Le névrosé est en conflit avec la réalité, il en souffre et négocie plus ou moins difficilement avec elle.
Le psychotique, lui rejette totalement la réalité. Il ne la voit plus et lui substitue autre chose à la place - cela peut-être des hallucinations par exemple -


Sur la souffrance
Le conflit majeur que vise à traquer la psychanalyse est donc celui qu'entretient chaque individu avec la réalité. L'homme est ainsi fait, qu'à moins d'avoir beaucoup grandi, il a du mal à accepter, ou à composer avec la réalité extérieure toujours en mouvement. Et d'ailleurs pour éviter d'avoir à faire cet effort, l'homme dispose de plein de mécanismes psychiques : refoulement, défenses, déplacement, transposition… pour pouvoir maintenir la réalité dérangeante loin de lui, préférant la plupart du temps lui substituer l'imaginaire ou des croyances.
La psychanalyse donc, vise en premier lieu à rétablir la personne dans sa vérité essentielle. Elle accompagne celui qui consulte dans sa croissance ; elle l'aide à trouver sa propre vérité inscrite dans la réalité véritable. La psychanalyse ne va pas découvrir pour vous votre réalité psychique propre mais elle va vous aider à la trouver vous-même et en vous-même.

Il est important de réaliser que toutes les maladies de l'âme sont dues majoritairement à des résistances et aux défenses que nous opposons au changement et à notre transformation naturelle. Car l'homme est ainsi bâti qu'il voudrait toute sa vie durant aimer et être aimé comme il l'entend ou comme ses parents lui ont fait entendre, c'est-à-dire, de préférence sans souffrance ; cela renvoie bien évidemment à la quête des retrouvailles avec le paradis perdu. Cependant, en voulant éviter une souffrance, l'homme qui résiste s'en crée une deuxième encore plus lourde à porter. Une souffrance qui est souvent dû au fait que nous avons perdu le chemin de notre âme... Prenons le cas d'une personne qui aurait développé un peu trop son pôle imaginaire ou narcissique ; La personnalité cesserait vite alors de se développer ; la personne resterait enlisée dans un état inconscient ; l'énergie étant bloquée, la souffrance de l'âme se ferait vite ressentir, en général, par le biais du corps. C'est ainsi que des troubles psychosomatiques peuvent fréquemment survenir car ce que la psyché ne peut traiter, elle demande en général au corps de s'en occuper. Voici un passage de l'ouvrage de Daniel Beresniak, "Comprendre la psychanalyse" :
Ce que l'esprit refuse, le corps doit l'assumer. Ce qui est refoulé ne peut plus s'adresser à l'esprit, mais "parle" au corps. Le corps réagit à un message refoulé au moyen de contractions, de vomissements, de paralysie, d'ulcères ou de bien d'autres troubles. Ce sont ces maladies que l'on nomme "psychosomatiques" parce que les problèmes psychiques, rejetés consciemment, sont pris en compte inconsciemment par le "soma", le corps. Le corps se substitue à l'esprit dans le traitement de l'émotion.

Réalité quand tu nous tiens
On ne peut guère négocier, ni tricher avec la réalité. Si d'aventure, nous nous risquions à le faire, un jour ou l'autre, il nous faudrait le payer très cher.
Cela me rappelle un mythe, le mythe de Lilith. Lilith est dans la tradition hébraïque, la première femme d'Adam, modelée, elle aussi avec la glaise du sol. Mais ce dernier, ne souhaite pas voir cette égalité de traitement consentie par le tout puissant potier créateur. Très vite, leur querelle s'amplifie : Adam se refusant à transiger avec son désir de supériorité et de pouvoir sur Lilith. Celle-ci décide alors de partir, de quitter le jardin d'Eden dans lequel, elle et Adam avaient été déposés. En clair, elle ne se soumet pas, malgré l'intervention de trois Archanges délégués tout spécialement pour tenter de la convaincre de rester auprès d'Adam. Le pire de l'affaire, c'est qu'Adam en refusant de se soumettre, lui aussi, mais à la réalité, a provoqué la venue d'un mal terrible. Puisque le mythe s'achève de la façon suivante : Eve, qui finalement devint la femme docile et consentante, parfaite et conforme aux souhaits d'Adam, aurait conçu son fils Caïn avec le fameux serpent qui fut envoyé secrètement par Lilith. Caïn, je le rappelle, est le premier fils d'Adam et Eve. Celui-ci assassina son frère Abel nous dit la Bible. En somme, le mythe fait ressortir l'idée suivante : Adam, sans même s'en rendre compte, en refusant de voir les choses comme elles sont fit naître sur la terre la plus cruelle des sauvageries de l'homme : la pulsion de meurtre.

L'aide du monde réel ou l'aide de "Dieu" ?
Il est temps que nous cessions de séparer ces deux mondes. Je crois personnellement, et la psychanalyse nous aide à prendre conscience de cela, que plus nous fermerons les yeux sur la vie réelle, plus nous nous couperons d'informations et de repères de la plus haute importance pour l'évolution de nos possibilités psychologiques. Avec le temps, j'ai appris que si nous zoomons un peu plus souvent le monde réel, celui-ci nous révélera des trésors de sens caché merveilleux ! Des portions du monde réel deviennent alors ce que l'on nomme parfois, guide, ange, dieu ; bref le monde contient en son sein, mille et un signaux et codes précieux, nommés parfois "la providence". Le réel, enfin, si nous l'aimions un peu plus, nous nous ressentirions bien moins perdu sur notre chemin. Et de fait nous renoncerions bien plus facilement à nos illusions. Nous ne savons pas voir tant que nous n'avons pas quitté nos croyances imaginaires et/ou idéologiques. Voilà pourquoi il est utile de s'auto analyser ; au moyen d'une psychanalyse, ou bien au moyen de tout autre méthode tout autant sérieuse.
Rien ne vaut mieux qu'un bon petit conte spirituel pour clore l"illutration de mon propos :



L'aide de Dieu

"Une inondation ravage le pays. Un homme s'est réfugié au premier étage de sa maison, qui est entourée par les eaux. D'autres hommes, dans une pirogue, s'approchent et proposent de l'emmener.
Il refuse en disant :
"Non, je fais confiance à Dieu ! Il ne permettra pas que les eaux emportent ma maison ! Allez-vous-en !

Les sauveurs s'en vont. Les eaux montent encore, si bien que l'homme se réfugie sur le toit de sa maison. Un hélicoptère s'approche alors, un cable est envoyé, des hommes font signe à l'isolé de saisir ce câble, de se laisser tracter.

Il refuse.

"Non, dit-il. Jamais ! Je fais toute confiance à Dieu ! Il ne permettra pas que mes prières soient vaines !"

L'hélicoptère s'en va.

L'eau monte encore, la maison est recouverte, l'homme est emporté et noyé.

Le voici en présence de Dieu à qui il dit, très amer :

"Mais comment as-tu pu permettre que ma maison soit détruite et que je perde la vie ? Moi qui te priais sans cesse ! Comment est-il possible que tu ne sois pas venu à mon secours ?

Qu'est-ce que tu racontes ?, lui dit alors Dieu. Je t'ai envoyé deux barques et un hélicoptère !".


Version moderne d'un conte traditionnel africain
présenté in "le Monde des religions" N°10.




Voilà ce que nous apprend la psychanalyse : le monde réel, l'autre et les autres représentent un enfer seulement si nous résistons trop au changement, autrement dit tant que nous ne renonçons pas à nos illusions et à nos attentes seulement narcissiques.

Je pense donc je ne suis pas
Il y a une dernière vérité fort dérangeante qui fut introduite par Freud, dont j'aimerais vous parler et qui ne relève non pas directement d'un conflit mais d'une connaissance insuffisante de soi : la psychanalyse nous apprend que le moi –ou celui qui dit "je" - n'est pas le seul maître à bord de la psyché humaine. C'est pourquoi d'ailleurs on a l'habitude, dans les manuels, de voir associé, le nom de Freud à celui de Nicolas Copernic, le célèbre astronome polonais qui révolutionna l'histoire de la connaissance du monde en affirmant que l'homme –entendre la terre donc - n'était point au centre de l'univers. Par son système héliocentrique, dans lequel la terre et toutes les autres planètes tournent autour du soleil, Copernic balaya définitivement la vision médiévale dans laquelle les hommes d'autrefois étaient restés enfermés. De même Freud en élaborant sa psychanalyse bouscula fortement les idées très ancrées dans les esprits depuis le cartésianisme sur le principe du dualisme légendaire qui sépare la raison pensante du corps comme perception de l'âme. Depuis Descartes, nous croyons tous que nous sommes seulement ce que nous pensons, ou ce que notre seule raison nous dicte que nous devons être. Or en introduisant la réalité de l'existence d'un inconscient s'exprimant à travers le corps, Freud se mit en quête de tordre le coup à la croyance en la primauté du moi, ou du "je" qui pense.

Cependant, les hommes se figurent trop souvent encore qu'ils sont tout ce qu'ils savent sur eux-mêmes ; et se sentent par là-même dispenser d'aller voir ce qui se passe du côté de la psychanalyse, médecine de l'âme, s'il en est, et discipline donc, à part et très mal comprise de la part des psychologues de laboratoire. Pourtant si ceux qui se sentaient dispensés de faire cette démarche la faisaient quand même, ils réaliseraient vite combien aller chercher la connaissance hors de soi- c'est ce que nous faisons tous au départ, la communauté scientifique à fortiori- revient inconsciemment à aller chercher la connaissance vers ce qui est en soi. Ces deux notions, l'intérieur et l"extérieur sont, hélas, trop souvent dissociées encore ; la santé, comme le rappelle aussi le psychanalyse Daniel Beresniak consiste à réunir ce qui est épars. Qu'attendons-nous pour commencer ?


à suivre...


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3 commentaires:

  1. Freud astronome de l'inconscient.

    Peut-être suffit-il de quelques phrases pour démystifier tout le parcours de celui qui voulu être l'égal de Copernic et Galilée réunis ? Celui qui aurait soi-disant réussi une « rupture épistémologique majeure » avec la psychologie de son temps sans toutefois en reprendre les travaux issus de la tradition de tests scientifiques qui l'a précédé. Celui enfin qui tout en travaillant dans un isolement qui fera de lui ce héros auto proclamé de sa nouvelle science privée, (laquelle n'est sortie que de l'auto-analyse de ses propres délires alimentés à doses massives de cette magique substance, la cocaïne, ainsi que d'autres inventions rocambolesques qui ont fait long feu depuis les travaux des historiens comme Jacques Bénesteau, Robert Wilcoks, Allen Esterson, Frederick Crews, Frank Cioffi, et tant d'autres encore), affirmera mordicus que cette imposture sans aucun précédent dans l'histoire des idées, était la science du psychisme, et pourquoi pas la « science des sciences »...

    Malgré l'héroïsme freudien, dès les débuts de la psychanalyse, de vives objections s'élevèrent contre les revendications de scientificité de son Père fondateur. Voici l'une de ses vaines protestations que nous livrent Borch-Jacobsen et Shamdasani dans leur Dossier Freud (p. 205) :

    « Vous savez que récemment les médecins d'une université américaine ont dénié à la psychanalyse le caractère d'une science en alléguant qu'elle ne pouvait fournir aucune preuve expérimentale. Ils auraient alors tout aussi bien pu faire la même objection à l'astronomie, car les expériences pratiquées sur les corps célestes sont particulièrement malaisées ». (S. Freud)

    Voici maintenant ce qu'écrit le Professeur J. Allan Hobson, professeur de psychiatrie à la Harvard Medical School et directeur du Laboratoire de neurophysiologie au Massachusetts Mental Health Center, et qui répond à la perfection à la protestation de Freud. Rappelons que le professeur Hobson est mondialement connu pour avoir démontré scientifiquement l'effondrement total du pilier central de la psychanalyse : la théorie des rêves. Il fut aussi celui qui invalida les travaux de Mark Solms, basés sur des I.R.M., en démontrant qu'ils ne confirmaient en rien les théories de Freud. Hobson reprend, dans cette citation, la prétention de Freud à comparer sa psychanalyse à une science équivalente à l'astronomie. Il écrit :

    « Freud remarque que certains médecins d'une université américaine non citée refusent déjà à la psychanalyse un caractère scientifique, parce qu'elle ne peut apporter de preuve expérimentale de ses postulats (1932). Il réplique en dressant un parallèle entre l'astronomie et la psychanalyse. Personne ne reprochant à l'astronomie de n'être pas scientifique parce qu'elle éprouve des difficultés à faire des expériences sur des corps célestes, il est donc injuste - aux yeux de Freud - de critiquer la psychanalyse parce qu'elle ne fait pas d'expérience sur l'esprit inconscient et ses idées.
    Si Freud a raison d'observer qu'en psychanalyse comme en astronomie on se trouve limité aux observations à distance, son analogie passe par-dessus deux critères fondamentaux de la science : la mesure et la prévision. L'astronomie effectue les deux, la psychanalyse aucune ». (J. Allan Hobson. « Le cerveau rêvant ». Gallimard, Paris, 1988. Page 80).

    Mais soyons reconnaissants et plus respectueux du génie, oublions les propos déstabilisants et récalcitrants du professeur Hobson, et marchons un moment sur les sentiers dorés de la légende freudienne...

    Freud, comme Galilée, possédait donc son télescope (la magie de l'interprétation alliée au symbolisme délirant). Il l'avait d'ailleurs fabriqué lui-même. Dès lors, il pouvait comparer ses objets de recherche à des étoiles ou à des planètes, certes inaccessibles pour des observations empiriques, mais possédant la même valeur intrinsèquement scientifique, croyait-il, que les astres de son modèle : Galilée.

    Comment donc faisait Freud pour « voir » dans son télescope tant d'étoiles, de planètes, ces objets merveilleux de l'univers encore inexploré dans lequel il croyait s'aventurer ?

    C'est fort simple, mais il nous faut quand même considérer que Sigmund Freud lui-même se plaçait très en avance sur son temps. Faisons de même.

    Il utilisa donc des « négatifs », c'est-à-dire ses propres préjugés, ses fantasmes, ses rêves, qu'il plaça sur l'œilleton de son fabuleux télescope, exactement comme si un charlatan de l'astronomie avait planqué une photo dedans pour mieux exposer au regard des autres le résultat extraordinaire de sa nouvelle découverte. A travers ces négatifs, Freud voyait donc tout ce qu'il voulait voir, et l'image projetée sur la lentille ne pouvait jamais le mettre en défaut. Ces « négatifs » étaient de véritables filtres du réel que Freud croyait découvrir de manière indépendante, comme Galilée. Ils étaient la réalité que Freud confondait allègrement avec le réel quand il ne la lui substituait pas totalement. Mais Ils possédaient eux aussi, une propriété extraordinaire que les plus grands artistes de la photographie ne leur renieraient pas encore aujourd'hui ou demain. C'était des négatifs qui ne pouvaient se tromper. Ils étaient auto-déformables à volonté, parce que les yeux de celui qui regardait à travers étaient également capables d'en modifier l'aspect. Comment était-ce possible ? Freud n'avait qu'à rêver, penser, fantasmer, délirer, ou prendre de la cocaïne, et ses idées lui venaient à l'esprit, elles lui disaient comment faire pour changer la nature du négatif à coller sur l'œilleton de son télescope dans un infernal et éternel retour circulaire sur lui-même, de ses projections vers l'expression de ses fantasmes délirants.

    On pourrait penser que les négatifs freudiens dont nous parlons, étaient en fait ses propres conjectures qu'il mettait à l'épreuve de l'observation, en bon poppérien qu'il fut, comme disent maintenant certains, en tentant d'enfourcher un mode de provocation nouveau...Mais Freud était tout sauf poppérien, et dans son état d'esprit, et dans ses façons de faire. Comme il le dit d'ailleurs lui-même, au lieu d'être un scientifique, il n'était qu'un Conquistador...Il ne se servit de ses préjugés et autres fantasmes (ses négatifs...) que pour observer d'abord en lui-même les choses de son propre esprit dans le cadre de ce qui allait constituer la matrice de toute la psychanalyse : sa propre auto-analyse introspective ! Comment pouvait-il alors prouver quoique ce soit de manière indépendante et intersubjective, en adéquation avec les célèbres injonctions épistémologiques de Karl Popper, sans même avoir le recul que lui aurait permit un observateur extérieur, que Freud, au contraire de Charcot dont il assista aux séances d'hypnose, acquis justement de répudier sans délai, dès l'Introduction à la psychanalyse ? Sur ce point, il me semble primordial de citer Freud :

    « La conversation qui constitue le traitement psychanalytique ne supporte pas d'auditeurs ; elle ne se prête pas à la démonstration. (...) Quant aux renseignements dont l'analyste a besoin, le malade ne les donnera que s'il éprouve pour le médecin une affinité de sentiment particulière ; il se taira, dès qu'il s'apercevra de la présence ne serait-ce que d'un seul témoin indifférent. (...) Vous ne pouvez donc pas assister en auditeurs à un traitement psychanalytique. Vous pouvez seulement en entendre parler et, au sens le plus rigoureux du mot, vous ne pourrez connaître la psychanalyse que par ouï-dire. Le fait de ne pouvoir obtenir que des renseignements, pour ainsi dire, en seconde main, vous crée des conditions inaccoutumées pour la formation d'un jugement. Tout dépend en grande partie de degré de confiance que vous inspire celui qui vous renseigne ». (S. Freud. Introduction à la psychanalyse. Petite Bibliothèque Payot, 1981, p. 8).

    Ces propos de Freud suscitent certains commentaires simples.

    - Freud reconnaît donc que le traitement psychanalytique n'est pas démontrable. Ce traitement repose donc entièrement sur une approche dogmatique et subjective du réel qu'il étudie, et les historiens ont démontré que Freud co-fabriquait une réalité, à partir de ce réel, toujours « à deux », afin que sa réalité cadre au mieux avec le réel, ou qu'il ne soit connaissable qu'à partir de la réalité qu'il avait complètement fabulé. Soit entre lui et ses motivations théoriques au cours de son auto-analyse ; ou soit encore entre lui et ses patients dans le cadre ultra secret de son cabinet ou du bureau où il rédigeait ses interprétations sans jamais les soumettre à aucun contrôle extérieur, quelqu'en soit la nature et à n'importe quel moment du processus.

    - Si le malade ne peut fournir à l'analyste des renseignements utiles à sa guérison qu'à la condition que s'instaure le fameux transfert, alors il devient rigoureusement impossible de garantir que les propos ou les associations prétendument libres du patient soient indépendantes des sentiments personnels qu'il éprouve vis-à-vis de son analyste et par suite qu'ils ne puissent dépendre de son influence, de quelque nature qu'elle soit.

    - Si comme l'affirme récemment Daniel Widlöcher, la méthode des associations libres reste encore la méthode de recherche scientifique de la psychanalyse, il est clair que d'une part, dans le cas de la psychanalyse, l'objet même de la recherche se confond entièrement avec la méthode, et, d'autre part, que cet objet est toujours intimement lié à l'expérimentateur, qu'il ne peut être indépendant de lui. La recherche en psychanalyse a donc ceci de particulier qu'elle représente le cas où le scientifique ne peut jamais se départir d'un contact direct, permanent, et subjectif avec son objet de recherche, ce qui le place, d'entrée de jeu, hors du champ de toute véritable recherche scientifique...Freud aggrave encore le cas de la méthode analytique en précisant que les objets de recherche n'apparaissent plus si, justement, il n'y a même que le soupçon d'un contrôle indépendant !

    Mais c'est la dernière partie de cette citation de Freud qui nous semble encore la plus significative et riche en enseignements sur la façon dont Freud lui-même entrevoyait sa propre position de géniteur de la psychanalyse. De tels propos, confirment très clairement les critiques les plus dévastatrices formulées par Bénesteau, Borch-Jacbosen et Shamdasani, parce que Freud, non seulement exclut tout possibilité de preuve scientifique véritable, et enfonce encore le clou du subjectivisme et de sa position de gourou auto-proclamé, de sorcier, en écrivant que ce n'est que par ouï-dire et grâce à la seule confiance que l'on a en sa seule personne, que l'on peut avoir connaissance de la psychanalyse. C'est exactement comme si Galilée n'avait jamais été confronté au Cardinal de Bellarmin, lequel lui aurait fait entièrement confiance, seulement par ouï-dire ! Voilà justement ce qui a manqué à Freud pour qu'il puisse se comparer à Galilée. Certes des contradicteurs se sont exprimés par la suite, mais contrairement à ce qu'affirment les légendes freudiennes ils ont accueilli plutôt favorablement ses théories, et surtout ces disciples des premières heures n'ont jamais contesté la règle freudienne de l'isolement et du subjectivisme en acceptant de se transformer en prosélytes de sa nouvelle doctrine. Mais j'aurais dû comparer Freud à Einstein. Il suffit d'imaginer Einstein, écrivant sa théorie de la relativité, faisant ses propres tests, sans aucun contrôle, écrivant un beau livre où il affirme la valeur scientifique de ses recherches, puis demandant à tout le monde de le croire tout bonnement sur parole, de lui faire entièrement confiance, et en plus, de transmettre sa bonne parole, par le simple jeu du bouche-à-oreille, et aussi en interdisant toute réunion à plusieurs, dans des laboratoires, pour vérifier ses théories...

    Avec la toute dernière phrase de Freud, on se demande comment certains freudiens aient pu s'indigner des critiques démontrant que pour s'attaquer à la psychanalyse, il faut s'attaquer au personnage freudien. En effet, puisque la psychanalyse est née à partir du seul Sigmund Freud, dans le cadre intime de son auto-analyse, et si, partant de cette matrice, le reste du monde, ne pourra la connaître désormais que par ouï-dire sur la base d'une confiance totale dans le Père fondateur ; alors si la police du passé (Borch-Jacobsen & Shamdasani ; mais aussi Bénesteau, Sulloway, Ellenberger, Cioffi, Crews, Van Rialler,...) met en évidence que Freud a menti, fabulé, suggéré, contrefait, etc., le lien de confiance qui lie Freud à tous ses lecteurs et auditeurs est rompu, et si ce lien est rompu c'est tout l'édifice qui s'effondre.

    Voici encore d'autres propos de Freud, tirés du même livre, page 9 et 10 :

    « Et, maintenant, vous êtes en droit de me demander : puisqu'il n'existe pas de critère objectif pour juger de la véridicité de la psychanalyse et que nous n'avons aucune possibilité de faire de celle-ci un objet de démonstration, comment peut-on apprendre la psychanalyse et s'assurer de la vérité de ses affirmations ? (...) On apprend d'abord la psychanalyse sur son propre corps, par l'étude de sa propre personnalité. (...) Il va s'en dire que cet excellent moyen ne peut toujours être utilisé que par une seule personne et ne s'applique jamais à une réunion de plusieurs ».

    Commentaires : Freud reconnaît donc qu'il n'existe aucun moyen de vérifier de manière objective les affirmations de la psychanalyse. Pourtant il affirmera que c'est bien une science faisant de lui l'égal de Galilée, Copernic ou Newton. Il faut donc apprendre la psychanalyse, en ayant d'abord entendu la bonne parole freudienne par ouï-dire, puis à l'aide de ses négatifs, les poser sur son propre télescope de l'âme pour y redécouvrir les délires de Freud à la lumière fournie par les visions du Maître. Et surtout ne pas se réunir à plusieurs, ce qui évitera le risque que les nouveaux disciples ne pensent à quelque moyen de contrôle indépendant, intersubjectif, ou une discussion critique sur le vif. Freud était vraiment astucieux. Sachant pertinemment que sa méthode n'était ni scientifique, ni objective et qu'elle ne pouvait être démontrée, il se trouva devant un cruel dilemme : dois-je dire que je suis un scientifique ou un Conquistador ? Tout le poussa à choisir la deuxième voie, la soif de pouvoir, de gloire et d'argent étant nettement plus forte chez lui que tous ces petits scrupules rationnels et scientifiques. Mais pour que la mayonnaise puisse monter, il avait besoin d'un autre énorme coup de poker : faire accepter que chacun travaille séparément sur ses théories, et puis revienne devant lui pour parfaire son dressage. Surtout pas de laboratoire de recherche, (jamais de réunion à plusieurs, comme il l'écrit si bien), que chaque individu face seul son propre dressage, en acceptant de devenir un clone de la pensée du Maître, totalement dépendant de lui. Totalitarisme...

    Personne n'a jamais eu vent des variables indépendantes que Freud a pu manipuler, seul, et dans sa propre tête, afin de prouver les fondements de la psychanalyse, tout simplement parce qu'il n'est pas possible qu'un individu s'introspectant lui-même tout en décidant seul de la manière de s'introspecter, et, de surcroît, en pensant que ses méthodes d'introspection sont inédites, puisse recourir à d'autres variables ne dépendant que de lui-même et de ses propres préjugés les plus intimes. Il n'était donc évidemment pas question de pouvoir manipuler la moindre variable indépendante ou hypothèse alternative dans des conditions aussi isolées, subjectives et partiales que furent celles de l'auto-analyse de Sigmund Freud. On peut même dire qu'en pareil cas, il ne s'agit même plus d'une méthode...

    Et quand bien même Freud aurait-il tenté de manipuler un concept ou une variable issus de la recherche scientifique qui le précédait, bref, de quelque chose d'extérieur, apriori à sa propre personne, puis dans sa propre personne, cela ne pouvait pas davantage tenir lieu de méthode valide pour prouver quoique ce soit. Car, l'élément fondamental est l'isolement délibéré et le rejet explicite et répété de tout contrôle indépendant, de toute discussion critique, que ce soit avant, pendant, ou après ses prétendues recherches ou autres expérimentations. On ne pourrait, par exemple, comparer Freud à certains de ces pionniers de la recherche médicale qui s'injectent un virus pour en mesurer les effets. Car dans cette situation, une bonne partie des éléments de l'expérimentation est extérieure au sujet, est empirique, mesurable, donc objectivable, prédictible, et contrôlable de manière indépendante. Dans le cas de Freud, tout, absolument tout s'est déroulé dans l'intimité la plus hermétique et légendaire d'autant qu'à son époque, Freud ne pouvait disposer d'instruments qui, sur la base de ses goûts originaux pour la neurologie, par exemple, lui aurait permis de tenter d'objectiver ses investigations (I.R.M. ; scanner ; électro-encéphalogramme ; etc...). Enfin, il n'y a jamais eu, dans aucun des livres que Freud a pu écrire, le moindre compte rendu de recherches quantitatives et statistiques sur ses délires théoriques, et, encore moins, le moindre protocole de recherche expérimentale, méthode qu'il rejeta d'ailleurs de la manière la plus claire en réponse à Saul Rosenzweig : « J'ai examiné avec intérêt vos études expérimentales en vue de la vérification des propositions psychanalytiques. Je ne peux pas accorder une très grande valeur à ces confirmations, car la profusion d'observations fiables sur lesquelles reposent ces assertions [psychanalytiques] les rend indépendantes de toute vérification expérimentale » (In Borch-Jacobsen & Shamdasani, Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse. Pages 204 - 205).

    ...Mais le télescope aussi était très spécial. Il était né et demeurait dans la tête de Freud. Personne d'autre que lui ne pouvait le manipuler, le vérifier, ni bien sûr, en avait pu contrôler la fabrication. Il se présentait comme le tout premier du genre, et n'était pas l'objet indépendant dont tout scientifique a un impérieux besoin. Il lui permettait de découvrir dans son esprit ce que son esprit lui indiquait de voir, tout en étant né de son seul esprit... Merveilleux.

    Une fois que l'aventure intérieure fut terminée, il tenta alors d'orienter son télescope vers d'autres sujets que lui-même. Et là, chose merveilleuse, les négatifs fonctionnaient aussi. Freud retrouvait sans arrêt des confirmations de ce qu'il voulait voir. Et surtout, il interdisait à quiconque de modifier les réglages du télescope qu'il avait légué. On ne pouvait en modifier la position, ni même en changer les négatifs sans respecter les préceptes du Maître. Il fallait toujours se référer au Maître qui orientait toujours le regard et même l'inconscient de ceux qui étaient initiés puis autorisés à manipuler le télescope. Ceux qui voulait regarder ailleurs, qui ne voyait pas les objets du Maître, ou qui prétendaient voir le contraire de ce que le Maître indiquait de voir, ceux-là, tels d'infâmes hérétiques étaient excommuniés du Cercle des initiés ou bien étaient considérés comme des malades, car leurs esprits pervertissaient l'esprit du Maître, lequel tout en enfantant le télescope avait dû se purifier au même instant de toutes les perversions et autres névroses qui circulairement auraient empêché cette naissance. La lunette magique permettant de voir les premières névroses connues et observées par le génie freudien ne pouvait elle-même être pervertie par ces mêmes névroses que Freud soigna seul en lui-même pour autoriser sa propre naissance ! Naissance qui ne s'autorisa donc que d'elle-même (Borch-Jacobsen). Freud imagina donc seul et sans témoin qu'il y avait des névroses dans son âme, afin de pouvoir les soigner, et se montrer en premier vainqueur de l'inconscient qu'il avait lui même fabulé. Il est permis de penser que même un serpent se mordant la queue n'aurait pu aller aussi loin que lui pour fermer le cercle, et que c'est à force de se torturer ainsi l'esprit pour y chercher, en vain, une substantifique moelle, que Freud devint enclin à nous faire avaler des couleuvres...

    Freud avait donc perçu l'immense danger qui menaçait la crédibilité de son télescope une fois qu'il fut ainsi sortit de sa propre tête d'où il était manipulé par ses propres pensées. Il n'était pas à mettre entre toutes les mains. Ce télescope ne devait donc pas sortir du Monde 2, subjectif et freudien pour risquer de subir les affres et autres assauts du Monde 3 de la connaissance objective. Il fallait donc que chaque prochaine tête dans laquelle il devait être inséré, fut le plus possible semblable à la sienne. Des initiés, un Comité Secret, une bague d'alliance, et d'autres rites sectaires (H. Ellenberger ; Bénesteau) gage de fidélité absolue, tant par l'esprit que par le corps, étaient devenus logiquement nécessaires. Ainsi, le télescope restait toujours la propriété du Maître, de son Monde 2, à jamais dépendant de sa propre personne, lui qui avait été le premier et unique témoin de l'auto-fabrication de l'œil universel...Et qu'arriva-t-il après la mort du Maître lorsque Lacan entreprit de débarrasser l'auto-analyse de Freud de ce morceau de névrose qui portait un préjudice si décisif à la légende ? « L'œil était dans la tombe et regardait Sigmund »...

    Ce télescope n'en tolérait aucun autre, sinon c'eût été avouer clairement que l'Esprit du Maître s'était peut-être trompé, donc avait été pervertit, à sa source, par le Maître lui-même, puisqu'il avait été le seul témoin de sa naissance (Borch-Jacobsen ; Lacan ; Haddad). Le Maître était devenu un "Dichter" (Borch-Jacobsen ; "Le sujet freudien"), voire un Duce, ou une sorte de Führer, ne tolérant personne d'autre que lui et obligeant tous ses initiés, non seulement à porter toujours le même uniforme de l'Esprit, à se promener partout avec cet uniforme au même pas cadencé et avec l'arrogance intellectuelle de ceux qui pensent avoir triomphé sans partage, mais aussi à se muer en "Big brothers" du tout un chacun dans le monde. Tous les "Big brothers", clones de Freud, avaient maintenant pour mission de ramener l'immense troupeau humain sur les chemins humiliants et infantilisants de la reconnaissance de leurs prétendues névroses. La victoire totale de cette véritable blitz krieg de la psychologie qu'avait entamé Sigmund Freud, lançant ses "hordes sauvages" à l'assaut de la civilisation, était consommée lorsque d'autres non initiés devenaient à leur tour des "Big brothers" capables de superviser ou de soigner (y compris et surtout contre leur gré) toute brebis égarée qui ne se serait pas encore prosternée devant le nouvel Esprit du temps (Hegel).

    Freud et son télescope réussit à concevoir et à mettre en branle un système totalitaire parfait. « Les formes de l'organisation totalitaire (...) sont destinées à traduire les mensonges de la propagande, ourdis à partir d'une fiction centrale (...) en réalité agissante ; à édifier, même dans des circonstances non totalitaires, une société dont les membres agissent et réagissent conformément aux règles d'un monde fictif. » (Hannah Arendt. « Le système totalitaire », Seuil, 1972, p. 91). La fiction centrale de Freud c'est son postulat déterministe faramineux et la théorie de l'inconscient qui lui est associée. Fiction parce que ce déterminisme-là, aussi extrémiste, ne peut avoir aucune valeur explicative, descriptive ou prédictive. Un tel déterminisme ne peut donner lieu à aucune loi causale qui puisse être corroborée ou réfutée par l'expérience. Elle n'a donc aucune prise sur le réel, et ne peut être fondée à partir de lui. Elle est centrale, enfin, parce que comme l'ont remarqué d'autres grands penseurs comme Levy-Strauss ou Bouveresse, elle organise toute la psychanalyse de la théorie à la pratique thérapeutique fondée sur l'interprétation des associations dites libres, en passant par l'infernale mauvaise foi des freudiens et leur goût immodéré pour les acrobaties rhétoriques. En effet, comment voulez-vous que quelqu'un qui pense que tout ce qu'il propose se justifie sur la base d'un déterminisme capable d'exclure tout hasard et tout non-sens, ne puisse être éternellement porté à aussi penser qu'il doit toujours avoir raison, et à avoir le dernier mot sur tout...? Mensonges et propagande légendaire sur le rêve princeps de l'injection faite à Irma (Wilcocks), et sur Anna O. ; mensonges et propagande légendaire sur tous les autres grands cas traités par Freud (Ellenberger ; Bénesteau) ; mensonges et propagande encore sur sa correspondance, sur son auto-analyse, sur ses données cliniques, sur tout. Le mensonge dans le cas de la psychanalyse est à l'image de son créateur : lui aussi, il est pour ainsi dire « total ».

    Le prolongement logique de la fiction centrale de la psychanalyse c'est son fameux « télescope », l'auto-analyse et l'interprétation délirante et dogmatique. Enfin, à partir des affirmations d'Elisabeth Roudinesco, laquelle n'hésite pas à déclarer que la France est la chasse gardée de la psychanalyse, et que c'est en France que la psychanalyse a le mieux investit tous les secteurs de la société, nous pouvons considérer que la psychanalyse a bien réussi, en des circonstances non-totalitaires, à édifier une société (qu'elle a donc massivement infiltrée voire infectée) où ses membres agissent et réagissent conformément aux règles de ce monde fictif qu'est le déterminisme psychique absolu et prima faciae de l'utopie totalitaire freudienne et de tous les concepts et autres théories qui en découlent. Cette vision d'un pays si profondément infiltré par la culture freudienne nous est bien confirmée par les propos d'un psychanalyste, Pierre-Henri Castel, dans son livre intitulé « A quoi résiste la psychanalyse ? ». Il écrit : « Enfin, il serait trompeur de croire que la langue et la vie de tous les jours, en incorporant tant d'expressions freudiennes dans la justification de nos attitudes psychologiques (Untel refoule, dénie, et pensez aux nuances hystériques qu'on sait si bien détecter dans la sexualité ou l'agressivité d'autrui), prouvent par là le caractère acquis, voire indéracinable du savoir freudien (...) » (p. 3).

    Quelle machine bizarroïde que ce télescope freudien... Tout cet attirail engendra, telle une boîte de Pandore, d'autres fictions et tous les autres mensonges. Elle engendra aussi la désinformation et le terrorisme intellectuel pour protéger les légendes dont ils étaient le ciment (Bénesteau). Dans ces conditions, l'indépendance d'esprit et le jugement critique des futurs initiés devaient être exclus, excommuniés, et placés dans les goulags prévus à cet effet (névrosés résistants ; antisémites masqués ; etc.). « Au centre de ce mouvement [totalitaire], tel un moteur qui lui donne l'impulsion, se trouve le Chef. Il est coupé de la formation d'élite par le cercle intérieur des initiés qui répandent autour de lui une aura de mystère impénétrable correspondant à sa « prépondérance intangible ». (...) Toute sa hiérarchie a été entraînée à une seule fin - communiquer rapidement la volonté du Chef à tous les échelons. Cela accompli, le Chef est irremplaçable parce que toute la structure compliquée du mouvement perdrait sa raison d'être sans ses commandements. (...) La tâche suprême du Chef est d'incarner la double fonction qui caractérise toutes les couches du mouvement - d'agir comme défenseur magique du mouvement contre le monde extérieur ; et en même temps, d'être le pont qui relie le mouvement à celui-ci. » (Hannah Arendt, ibid, p. 101-102). Revoilà donc notre Freud, au centre de sa propre création et lui donnant toujours l'impulsion par ouï-dire (Introduction à la psychanalyse). On retrouve aussi notre cercle d'initiés que Freud constitua, avec des disciples fidèles et soumis. Il fallait aussi répandre la psychanalyse à tous les échelons de la société, puis à la Terre entière. Et quel mystère impénétrable que cette fameuse et immaculée auto-analyse entourée de tant de glorieuses légendes qui nous ont fait de Freud un génie scientifique, véritable héros de son temps et de ceux à venir ! Quel mystère impénétrable autour de ses archives freudiennes bloquées jusqu'en 2052 et qui furent bloquées jusqu'à il y a peu, pour 2113 (Borch-Jacobsen ; Bénesteau)..Pour le reste on retrouvera sans peine la fonction de nos Big brothers freudiens. « On appelé les mouvements totalitaires « des sociétés secrètes établies au grand jour ». (...) Les sociétés secrètes, elles aussi, forment des hiérarchies suivant les degrés « d'initiation », elles règlent la vie de leurs membres selon une croyance secrète et fictive qui fait que toutes choses semblent être autres, elles adoptent une stratégie de mensonge cohérent pour tromper les masses non initiées (...) [le] Chef est entouré, ou est censé être entouré, d'un petit groupe d'initiés, eux-mêmes entourés par les semi-initiés qui forment tampon contre l'hostilité du monde profane. » (Hannah Arendt, ibid., p. 103-104). Comité secret de Freud, cercle d'initiés encore, et on sait aussi que la passe, comme l'écrivait Lacangourou, était en fait l'initiation à la psychanalyse. Une croyance secrète et fictive qui fait que toutes choses semblent être autres, écrit Arendt. En effet, pour les freudiens, tout ce qui n'est pas la psychanalyse de Freud et qui prétend parler des mêmes objets, est autre, c'est-à-dire indigne de respect et de reconnaissance. Et Freud s'employa à constamment discréditer les autres disciplines concurrentes de la sienne pour affirmer sa psychanalyse qui devait être la seule à parler de son objet (Borch-Jacobsen et Shamdasani). Une stratégie de mensonge cohérent...A ce sujet, on doit une étude incontournable à Jacques Bénesteau. Et puis cette hostilité du monde profane ; hostilité légendaire elle aussi dans l'histoire du freudisme, n'est-elle pas constituée de nos névroses de résistances à cette fiction qu'est la théorie de l'inconscient de Freud ? L'on pourrait trouver encore bien d'autres indices de la ressemblance frappante du système freudien avec la description que fit Hannah Arendt du système totalitaire.

    La légende freudienne était donc en marche, plus rien ne pouvait l'arrêter. Et les clones de Freud disséminés de par le monde, allaient répéter de manière roborative les milles et unes équations nécessaires au maniement du télescope. Mieux que cela, certains affirmèrent qu'il suffisait désormais de lire les maniements de l'appareil dans quelque livre du Maître pour être, comme lui, possédé par cet appareil, voir comme le Maître, puis devenir, à son tour, un clone du Maître prêt à aller prodiguer les saintes paroles avec la même ferveur, et se faire le Big brother de son prochain, employé à le superviser, si nécessaire contre son assentiment. Suivant l'exemple du Maître ne s'autorisant que de lui-même, les doublures de Freud s'arrogeaient ainsi le droit de s'autoriser aussi d'elles-mêmes, en vase clos, où qu'elles soient, avec n'importe qui, en toutes circonstances, du névrosé à l'individu normal, et maintenant envers et contre tous ceux qui les identifient comme de dangereux charlatans. Comble de l'horreur.

    De temps à autre, pourtant, il y avait des défauts dans les négatifs que le Maître plaçait sur l'œilleton de son télescope, comme si soudain ils étaient devenus réfutables. Alors il suffisait à notre génie de se mettre à rêver avec une bonne paluchée de coke pour changer son regard, ce qui modifiait la structure des négatifs pour qu'ils puissent à nouveau lui permettre de lire les faits à partir de leur propre lumière...

    Ainsi, la boucle était toujours bouclée. Et les récalcitrants rétifs aux absurdités et autres délires du Maître, eux aussi, pouvaient la boucler...

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  2. Méphisto Phélès, Freud, et le Démon de Laplace.



    Avant de vous présenter ce dialogue entre le Diable et une internaute nommée Kasia, voilà une citation de Renée Bouveresse, tirée de son Que sais-je ? intitulé « les critiques de la psychanalyse » (c'est le N° 2620). En lisant les propos de Renée Bouveresse on a envie de penser que pour ce qui est du Diable, elle aurait pu être, contre Kasia, son avocat...

    « (...) L'autre postulat pratique que la psychanalyse a beaucoup contribué à diffuser est celui selon lequel on ne peut résoudre les difficultés de l'existence si l'on n'a pas commencé par faire l'effort de se découvrir et de se comprendre soi-même. C'est là un préjugé qui tend à faire oublier cette évidence que dans la majorité des cas la solution de nos problèmes passe par une transformation réelle des situations dans lesquelles nous sommes placés, et que cette transformation ne peut s'obtenir que par l'action. L'auto-analyse, utile dans certains cas particuliers, peut être dans d'autres cas superflue ou même démobilisatrice, quand elle ne devient pas dans certaines circonstances source de difficultés psychologiques spécifiques : il y a des hommes qui souffrent de trop se regarder, et qui cherchent en vain évidemment, à échapper à cette souffrance par un surcroît de conscience. Le rêve d'une connaissance de soi garantissant le succès dans l'existence semble bien être un rêve idéaliste et naïf, inspiré par le désir d'éviter certains risques vitaux qu'il paraît pourtant nécessaire à tout homme d'assumer. » (Page 86).

    Diabolique, Madame Bouveresse ! Et merci pour votre clarté de vue ! Autorisons-nous un très bref commentaire : si, d'une part, c'est par l'introspection de son propre inconscient psychique, guidée par un sherpa freudien, que l'on dénouerait les liens inconscients et refoulés qui nous empêchent de vivre (comme aiment à l'ânonner les analystes et ceux pour qui ça a marché), et si, d'autre part, il est tout à fait rationnel de critiquer la psychanalyse dans ce rêve idéaliste et naïf d'une connaissance si profonde de soi-même, on peut aussi demander aux analystes de comprendre ce qui les poussent à croire à un tel rêve idéaliste et naïf lequel est justement au fondement de leur théorie ! Ainsi l'argument de l'inconscient se retourne exactement contre lui-même : l'inconscient tel que l'a conçu Freud dévore la psychanalyse avant même qu'elle n'ait pu naître ! Est-ce possible ? Bien sûr que non, nous voulons dire, en jouant, certes, sur une ambiguïté, qu'il n'est pas possible pour une théorie d'être réfutée sans d'abord avoir pu vraiment proposer un contenu qui puisse l'être. Il n'est donc pas possible que la psychanalyse ait pu seulement exister avec cette théorie de l'inconscient, c'est-à-dire, en étant réellement capable d'être dotée de pouvoirs descriptifs, explicatifs et prédictifs qui soient testables, donc réels. Ce qui se passe donc, comme nous l'avons si souvent martelé sur ce blog, c'est que la psychanalyse est un projet qui échoue, par nature, avant même d'avoir pu commencer.

    Laissons maintenant la parole à Merleau-Ponty (cité par Renée Bouveresse dans son indispensable ouvrage), afin de mieux comprendre le piège de la méthode qui consisterait à prétendument pouvoir faire le vide en soi pour mieux préparer un travail introspectif dans l'inconscient psychique, qui soit épuré de toute suggestion, et surtout de toute co-fabrication entre l'analysé et l'analyste :

    « C'est des deux côtés la même illusion rétrospective, on introduit en moi à titre d'objet explicite tout ce que je pourrai dans la suite apprendre de moi-même ». (In : Phénoménologie de la perception, p.436).

    Merleau-Ponty semblait donc, lui aussi, nous dire ceci : lorsque l'on cherche en soi des refoulés freudiens, on ne risque pas de ne pas trouver ce que l'on cherche. Si je veux chercher en moi des conflits jungiens, je suis sûrs d'en trouver. Tous les faits que j'observe en moi, et qui ne sont lus qu'à la lumière de la théorie qui me permet justement de les relever, ne pouvaient donc m'être étrangers dès le départ. Si donc les freudiens peuvent toujours trouver ce qu'ils cherchent dans les pensées de tout individu et qui soit conforme à leur théorie, c'est donc que leur théorie n'a aucune valeur prospective (donc aussi prédictive, descriptive et explicative), elle n'est qu'une illusion.



    Méphisto Phélès et Kasia au sujet du « vide »...

    Réponse à Kasia, au sujet de votre prétendue capacité à « faire le vide » pour mieux « ressentir », et, in fine, comprendre ce qu'est l'analyse.

    Oh, Kasia, du fin fond des enfers je te parle, je t'appelle, et j'exhorte ta clémence. Daigne m'écouter un instant. N'aie pas peur, approche, et discutons un moment.

    Tu as parlé du « vide ». Instinctivement, j'ai compris le « Néant » (que j'adore, moi, le Prince des Ténèbres). Mais laissons cela de côté et revenons à cette « matière » bien plus terrestre qu'est ce « vide » dont tu parles, oh, Kasiaaa...

    Ainsi, vous, les humains, vous seriez capables de faire le « vide » en vous-mêmes, pour justement mieux ressentir ce que vous avez...en vous-mêmes. Mais n'allez pas plus loin, ce que vous avez de plus sûr, en vous-mêmes, je le dis en passant, c'est Moi, votre Maître, et non mon frère et sa pitoyable inspiration.

    Mais supposons que je vous laisse en paix, derechef, et que cette fois, vous soyez seuls, et pour de bon, avec « vous-mêmes » et ce vide qui y règnerait.

    Si donc vous êtes enfin parvenu (et par le biais de ma très haute bienveillance), à faire « le vide » en votre âme, c'est donc qu'il n'y reste strictement plus rien, oh, Kasiaaa..Vous touchez enfin au « Néant », et, sans que vous le sachiez vraiment, aux Ténèbres aussi. Vous voyez, tout nous rapproche toujours. Ah, Kasia, je vous comprends, « pourquoi la chose, plutôt que rien ». Tiens, tiens, de Freud à Heidegger, n'y aurait-il qu'un pas, ma chère Kasia ? Curieux non ?...

    C'est aussi pour cela que je suis le Maître. Car, comme Freud, mon royaume est irréfutable. Car dès que l'on croît utiliser un moyen autonome pour m'éviter, on finit toujours par me retrouver sur son chemin. Si Freud ou ses modestes et serviles gnomes vous demandent de « faire le vide », afin de mieux « ressentir », c'est parce qu'il croît, qu'ainsi « vidés », vous serez le réceptacle idéal pour ses fantasmes et ses délires. Et, Diable, il a raison !

    Croyez-vous ?... Hélas, même Freud ne peut rien contre moi, Méphisto Phélès, Prince des Ténèbres.

    Si donc vous réussissiez vraiment à faire ce vide qui vous importe tant, je vous le redis, il n'y aurait donc plus rien en vous. Ni émotions, ni souvenirs, ni mots, ni chants, ni pleurs, ni crainte, ni désir, ni attentes, ni théories, ni opinions, plus rien, oh Kasiaaa...Le Nihilisme individuel le plus totalitaire. Aaahh....j'aime ça !!

    Il n'y aurait donc aussi, plus aucune conscience, et plus aucun inconscient. Plus rien. Le vide. Où donc Freud pourrait-il alors chercher cet inconscient, ce refoulé, oui, cet « autre » qui ne serait pas moi, et qui, de ce fait, m'insulte, chère Kasia...

    Partant de cette situation pour le moins scabreuse, comment feriez-vous donc pour faire émerger du « ressenti », à partir du Néant, sans que l'on vous suggère totalement, les mots, les souvenirs, les mimiques mêmes de ce « ressenti » qui ne sera pas le vôtre, et dans sa totalité ?

    Et puis, pour « faire le vide », quel mode d'emploi ? Celui de Freud assurément ! Ah ! J'ai compris, Kasiaaa...Vous êtes diabolique vous aussi ! Qu'est-ce que je vous disais : on revient toujours à moi. C'est fort bien, ça, continuez, continuez...

    Vous devez commencer par parler de vos parents, de vos rêves, de votre sexualité ? Ou bien devez-vous dire « tout ce qui vous passe par la tête » ? Autrement dit, faire des « associations libres » ? Mais comment les formuler si, au préalable, vous vous êtes « vidés » de tous vos mots et de votre mémoire, donc de toute possibilité d'expression, vous trouvant ainsi rabaissée au stade de l'amibe, et encore... ?

    Vous voyez, Kasia, « faire le vide » est logiquement impossible.

    S'il ne vous reste en vos pensées que celles vous indiquant comment vous devez faire le vide, alors, de toute évidence, votre pensée n'est pas vide à cet instant. Votre pensée...se guide par un préjugé méthodologique.

    Comme c'est vous-même qui guidez votre propre pensée à se vider, c'est encore vous qui choisirez dans le moindre détail, tout le ressenti que vous créerez pour la circonstance. Mais comment choisirez-vous à partir de rien, Kasia, faut-il le répéter ? Il vous faudra un préjugé, une hypothèse, n'importe quoi d'autre si vous voulez, pour vous aidez dans votre choix. Il n'y a donc pas de « vide » qui pourra servir de base de recherche à votre ressenti, chère amie. Votre mémoire vous sera nécessaire, sauf si vous êtes subitement devenue une grenouille de laboratoire que l'on vient de décérébrer d'un coup d'aiguille, ou bien encore une de ces momies vivantes que l'on peut voir déambuler dans les salles obscures de certaines sectes. Justement, puisqu'on en parle, la psychanalyste Maria Pierrakos, les décrit bien ces gens qui ont été victimes de la psychanalyse lacanienne et qui, je cite, « se sont complètement exilés d'eux-mêmes ». Et cette mémoire dont je parlais, et qu'il vous faut pour vos futures pérégrinations psychiques, rend-elle pour autant « nécessaire » la théorie de l'inconscient telle que Freud la voyait ? Assurément non. Car cet inconscient-là, qui serait régit pour un démon encore plus démoniaque que celui de Laplace, n'est qu'une lubie, le plus grand délire conceptuel de toute la psychanalyse.

    Si c'est un guide freudien qui doit vous accompagner dans votre voyage intérieur, il ne vous montrera que ce que son « savoir » lui indique. Si c'est un guide jungien, vous verrez des objets jungiens dans votre mémoire, et ainsi de suite. Car aucun de ces « guides du voyage intérieur » ne peut travailler sur des éléments de preuve indépendante. Et le guide freudien reste le pire entre tous, je le connais bien. Parce que c'est le seul qui prétend ne jamais se tromper en excluant par avance tout le « hasard intérieur » (Freud) et le non-sens.

    Avec un tel guide qui prétend justement retrouver exactement la route de votre inconscient vous ne pourrez que vous perdre dans un dédale infini de mots, de symboles, un « univers éclaté » ou toutes les choses peuvent s'annuler les unes par rapport aux autres suivant le bon vouloir de votre guide ou plutôt son aptitude à vous suggérer. Il faut donc que je cite encore Maria Pierrakos, une sacrée diablesse : « On peut dire en effet qu'il s'agit de libérer le sujet des liens qui l'empêchent de vivre. Mais le résultat de certaines analyses n'est-il pas, au bout de bien des années, de voir ces liens remplacés par une toile d'araignée de mots qui peu à peu perdent leur sens premier pour en avoir un double, un triple, une multitude ; et le sujet qui était dans un monde cohérent de souffrance se trouve dans un univers éclaté où le tout et le rien s'équivalent, pour ne pas dire le tout et le n'importe quoi. On est obligé alors d'accepter la définition de la psychanalyse par Houellebecq : "la psychanalyse est ce qui transforme une connasse en pétasse !" Je reprocherai à cette définition d'être trop restrictive : pourquoi les femmes seulement ? L'effet sur certains hommes a été encore plus ravageur. Ecoutons François Perrier parler de ce qu'il appelle les suicides libidinaux : "on a vu errer dans les milieux analytiques, des gens complètement dévastés, acculés à se refabriquer un narcissisme d'emprunt ficelé avec des concepts lacaniens; à se faire une vie libidinale d'emprunt, de type pervers, dans la recherche de l'excitation ou du donjuanisme, et qui se sont complètement exilés d'eux-mêmes ».

    L'introspection analytique, n'est donc qu'une invitation au voyage vers la folie. Un voyage hélas sans retour pour certains...

    Votre sherpa freudien ne vous mènera, quand il le souhaitera, qu'à trouver des confirmations de ce que vous cherchez...à deux, puisque vous acceptez ses itinéraires dès le départ, dans votre pensée en essayant de l'ignorer. Mais là, vous ne jouez qu'à un jeu que Freud vous demande implicitement (ou souvent fort explicitement) de jouer « à deux » avec vous : celui de l'inconscient, et pourquoi pas aussi, celui de la folie, comme l'écrit si bien un certain Borch-Jacobsen (cf. « Folie à plusieurs »).

    On ne peut s'introspecter à partir d'un prétendu « vide ». Il faut un préjugé. Ce préjugé vous indique avant même d'avoir commencé ce que vous devez trouver. Et comme c'est vous-même qui cherchez...en vous, vous ne pouvez éviter de trouver toujours ce que vous cherchez. On est proche du 7° cercle ?...

    C'est Kant qui avait bien montré que l'introspection ne mène qu'à la folie. Cette folie, Freud l'a vécue lui-même avec son auto-analyse, dont il admit l'échec complet et qui pourtant est bien connue comme étant la matrice originelle de toute l'entreprise freudienne. Mais cette matrice est, elle aussi, autant viciée que celui qui la porte, selon les termes du psychanalyste Gérard Haddad qui nous raconte un Lacan préoccupé à remettre la psychanalyse sur ses pieds, c'est-à-dire à liquider post mortem, un « morceau de névrose » que Freud n'aurait pas liquidé dans son auto-analyse, laquelle ne serait donc plus pure et immaculée comme le veut la sacro-sainte légende. Faut-il y voir là mon œuvre ? Et pourquoi pas !

    Donc Kasia, moi, Méphisto Phélès, je sonne le glas de votre argument.

    On ne peut « faire le vide », surtout s'il s'agit de « ressentir ». Car si l'on y parvient, on élimine aussi le matériau à partir duquel pourrait émerger le « ressenti ». Bien sûr vous pouvez piquer quelqu'un pendant son sommeil profond (là où il peut vraiment « faire le vide »), et le faire sursauter. Mais ce n'est pas de cela que nous parlions, bien entendu. Nous parlions de la possibilité de « faire le vide », en étant au départ, totalement conscient.

    L'esprit humain, n'est pas un seau vide qui se remplit passivement, contrairement à ce que vous croyez, Kasia. Vous êtes constamment actifs. Et cette action nécessite une mémoire en partie inconsciente, cela, je veux bien en convenir. Seulement, cette mémoire inconsciente, ne peut, comme le croyait Freud, vous déterminer en excluant tout hasard et tout non-sens, c'est-à-dire tout risque d'erreur. Ce sont-là des idées « diaboliques » qui relèvent du Démon de Laplace. Et je m'y connais dans ce domaine. Freud, pauvre créature humaine qu'il fut, n'a pu avoir été aussi fort que moi, Méphisto Phélès. Moi seul maîtrise le hasard, le passé, le présent et l'avenir dans lequel je peux lire !...Seul le Prince des ténèbres que je suis, peut prédire et décider du sens de l'Histoire.

    Si vous avez un « autre » qui est en vous et qui agit selon ses propres règles, et à votre insu, cet « autre », ne peut donc être démoniaque (laplacien, ou ultra-déterministe si vous voulez). Il n'y a que moi, qui puisse l'être, dois-je vous le rappeler ?


    Aucun homme n'a en lui une intelligence diabolique qui dépasserait sa propre personne, fut-elle « inconsciente ». Nous ne pouvons avoir en nous ce « super-ordonnateur » de nous-même, car, comme le disait ce sale suppôt de la Vérité que fut Karl Popper, aucun prédicteur, ne peut s'auto-prédire lui-même.



    Diaboliquement vôtre...


    Méphisto Phélès.

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  3. Méphisto Phélès, Freud et le Démon de Laplace (suite et fin).



    Freud interprétait les nombres et les mots isolés, en soulignant à gros traits que c'étaient les « meilleurs exemples » du déterminisme psychique inconscient et absolu. Il écrivit, noir sur blanc, dans le chapitre 12 de « Psychopathologie de la vie quotidienne », intitulé, je cite « Déterminisme, croyance au hasard et superstition » que, je cite encore, « Nous ne serons donc pas étonnés de constater que l'examen analytique révèle comme étant parfaitement déterminés, non seulement les nombres, mais n'importe quel mot énoncé dans les mêmes conditions » (PUF, page 269). Il écrit aussi, page 275 - 276, je cite : « Ce qui me distingue d'un homme superstitieux, c'est donc ceci : Je ne crois pas qu'un événement, à la production duquel ma vie psychique n'a pas pris part, soit capable de m'apprendre des choses cachées concernant l'état à venir de la réalité ; mais je crois qu'une manifestation non-intentionnelle de ma propre activité psychique me révèle quelque chose de caché qui, à son tour, n'appartient qu'à ma vie psychique ; je crois au hasard extérieur (réel), mais je ne crois pas au hasard intérieur (psychique). C'est le contraire du superstitieux : il ne sait rien de la motivation de ses actes accidentels en actes manqués, il croit par conséquent au hasard psychique. »

    Si de telles fariboles sont valides, alors il est permis que Méphisto Phélès demande certaines choses à Freud, outre tombe :

    Sigmund, lève-toi, et réponds-moi :

    « Si tous les nombres sont parfaitement déterminés comme tu l'affirmes, en excluant tout le hasard possible, ainsi que tout le non-sens, je te demande, pour moi, Méphisto, d'interpréter d'abord ce nombre, que j'ai diaboliquement composé à ton intention : 6894506414164454545454654685555555556467814317154154165. Est-ce « moi », ou « l'autre », Sigmund ? En tout cas, j'espère pour toi, que ce n'est pas mon frère, sinon tu auras à faire à « moi ».

    « Si tu prétends un déterminisme aussi strict sur les nombres, tes meilleurs exemples (tu aurais dû essayer les mouches...), et si tu connais mon inconscient, alors, prédit avec l'exactitude la plus absolue, le prochain nombre que je vais librement formuler, et en prédisant la place de chaque membre qui le compose, sans te tromper d'un seul. Sinon, je te fais empaler sur un tournebroche, et griller jusqu'à la fin des temps. Ainsi, tu auras une idée moins métaphysique du déterminisme et de ton libre-arbitre. »

    « Enfin, Sigmund, mon ami, si tel est bien ton déterminisme, si tu es vraiment plus fort que mon enfant, le Démon de Laplace, que j'adore par-dessus tout, alors prédit aussi, sans te tromper sur la place d'une seule et unique lettre, le prochain mot absurde et aussi long que je voudrais que je te soumettrai. Sinon, du fond de ta tombe, j'enverrais l'âme de Lacan venir te tourmenter sans fin à chercher ce qui, en toi, ne fut pas résolu... »

    Méphisto Phélès.

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