18 août 2006

Le monde de l'inconscient Jungien

«L’homme occidental devrait redécouvrir ces puissances psychiques au lieu d’attendre que ses humeurs, sa nervosité et ses idées insensées viennent lui montrer de la façon la plus douloureuse qu’il n’est pas seul maître dans sa maison »
On peut dire, à bon droit, que la découverte de l'inconscient freudien a permis que soit enfin prise très au sérieux la réalité de l'existence des profondeurs inconscientes de la nature humaine. Dans le monde d'avant Freud, qui se plaisait à exalter majoritairement les puissances de la réalité sensible, cette découverte a manifestement apporté beaucoup de bien. Certes, le sens de l'inconscient freudien est resté très confiné, notamment au rôle de siège des pulsions sexuelles. L'inconscient de Freud désigne, comme je l'ai déjà indiqué, exactement tout le refoulé, autrement dit les instincts et les pulsions non compatibles avec le comportement moral qu'exige de nous le conscient ; car ce fut là les attentes initiales de notre famille et de notre entourage. Freud concevait par exemple, la folie comme étant l'expression d'un dysfonctionnement des instincts qui aurait démarré à l'enfance. C'est un peu comme si les forces inconscientes, tenues trop longtemps à l'écart, se mettaient un beau jour, puis durant toute la vie, à dicter à la conscience certains comportements anormaux, ou symptômes énigmatiques [1]. Il n'est pas faux de dire que l'inconscient renferme des éléments psychologiques de la personne qui auraient été bannis à cause de l'éducation.
Toutefois limiter la conception de l'inconscient à l'activité plus ou moins perturbatrice et stagnante des pulsions sexuelles, relève sans doute d'un homme, Freud, qui n'a su, hélas, dépasser la problématique de sa propre psychologie personnelle. Car la sexualité n'est bien sûr, qu'un des instincts biologiques, à côté de pas mal d'autres. Pourquoi donc, l'inconscient désignerait-il les déroulements du destin de ce seul instinct ?

atlantis - Josephine WallIl en est tout autrement dès que nous abordons l'inconscient jungien. Beaucoup plus vaste et varié, ce dernier renferme absolument tout ce qui existe dans la nature humaine : aussi bien les vices que les vertus. "L' inconscient est neutre, il n'est rien que nature, aussi spirituel que chthonique" nous dit Jung.
Le problème est que l'on nous a longtemps habitués à rester très méfiant à l'égard de ce que l'on appelle la nature. "On" représente en premier lieu la doctrine chrétienne. N'enseigne-t-elle pas que la nature humaine est essentiellement mauvaise ? Mais même les psychologues les plus éclairés et avertis tel que Freud ont donné une idée fort désagréable des arrière-plans et des profondeurs psychiques qui dorment au fond de la nature humaine. Or, ainsi que l'indique Jung "l'esprit est rempli des plus étranges contradictions. Nous louons la "sainte maternité" et ne pensons pas à la rendre responsable de tous les monstres humains, criminels, aliénés dangereux, épileptiques, idiots, et infirmes.

Il est clair que la notion d'inconscient touche à des aspects totalement irrationnels de la vie. Croire en son existence implique d'admettre qu'une chose et son contraire puissent cohabiter ensemble et en même temps être issus d'une seule et même source. Autant dire que l'inconscient nous confronte à vivre des expériences et des situations qui sont aux antipodes de ce que notre raison consciente a l'habitude de rencontrer. C'est pourquoi, en général, la personnalité consciente a tendance à rejeter ce qui n'est pas accordé au rationnel ; parmi ces rejetons, donc, nous citerons l'inconscient et les phénomènes qui s'y déroulent.

Les contenus de l'inconscient
L'inconscient est infini, et nous ne pourrons jamais en déceler exactement la nature réelle. Toutefois, grâce aux très nombreuses années d'expériences psychologiques et psychiatriques accumulées par Jung et ses successeurs, nous savons sur lui, déjà beaucoup de choses.

Outre les tendances infantiles, fortement soulignées dans la théorie freudienne, et qui se trouvent effectivement fréquemment mises en plein relief [2], l'inconscient recèle "tous les matériaux psychiques qui n'ont pas atteint l'intensité qui permettraient de franchir le seuil du conscient". Ce seuil demeure infranchi, nous dit Jung, non pas uniquement à cause du mécanisme du refoulement, mais parce qu'aussi certains éléments n'ont pas atteint un niveau de tension psychologique suffisant dans le conscient. Ce pourquoi nous dit Jung, ces contenus ont glissé d'eux-mêmes, sous le seuil du conscient.

En résumé, se retrouvent dans l'inconscient[3], donc :

Les contenus inconscients accessibles : éléments dont nous pourrions tout aussi bien avoir conscience tels que : avoir conscience de la position de son corps dans l’espace, de certains gestes ou de certaines expressions de son visage. Il y a une foule de choses que nous faisons sans porter notre conscience dessus : regarder sa montre l’y ranger, fermer sa porte à clé...

Les contenus inconscients médiatement accessibles : les mots qu’on a sous le bout de la langue. Ou bien le nœud qu’on fait à son mouchoir. Ou bien quand l’inconscient se met à élaborer des souvenirs d’enfances à cause d’une sensation bien particulière.

Dans la catégorie des contenus inaccessibles, nous trouvons enfin,
- les souvenirs de l'enfances : "« la conscience enfantine, considérée avec le recul du temps, ressemble à un archipel d’images isolées émergeant des flots »".
- Les symptômes névrotiques qui indiquent la présence de contenus inconscients que le sujet ne peut ni préciser, ni définir.
- Des états dont on est la proie : des sentiments, des humeurs d’une tonalité bien déterminée mais difficiles à décrire car ils plongent leurs racines dans des sphères qui sont hors de portée pour la conscience
- Et enfin, ce qui n’a jamais été conscient ; un bon exemple en est : les idées créatrices qui jaillissent dans notre esprit.

à suivre...



Notes
[1]Il faut garder présent à l'esprit que c'est en tentant de remonter aux sources de la folie que Freud a découvert une justification détaillée à sa conception de l'inconscient.
[2]On parlera dans ce cas de "réminiscences de la vie infantile"
[3]source "Dialectique du Moi et de L'inconscient" & "l'homme à la découverte de son âme".



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4 commentaires:

  1. Sans doute mais toute la problématique humaine est uniquement contenus Dans la dernière catégorie celle de l'inaccessible.

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  2. Oui c'est sans doute vrai...C.G. Jung, à propos de l'inaccessible, a souvent souligné qu'il n'est pas possible de décrire la vie de la psyché inconsciente au moyen de catégories conscientes claires et logiques. Mais heureusement qu'il y a les symboles….

    ysabelle

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  3. Je ne suis pas d'accord,nous n'avons pas encore suffisamment étudier l'inconscient des malades.La pathologie mentale est un dérèglement qui libère l'inconscient "malencontreusement" mais, c'est l'aubaine pour l'étudier.L'inconscient est énorme, c'est tout ce qui n'est pas conscient,il détient le possible du conscient qui n'est pas apparu,il est capable de changer radicalement la personnalité de l'individu,il tire les ficelles de l'individualité.

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    1. Rebonjour Véronique,
      Oui l'inconscient est immense, et il s'agit de découvrir dans ses propres profondeurs les forces ordonnatrices du Soi et comme le disait Jung de l'exprimer aux moyens par exemple des idées, de l'art, des actions...L'inconscient est la mère de la conscience et c'est proche de ce que vous exprimez.

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