En alchimie on appelle cela la nigredo.
Une partie des dépressions contemporaines peuvent être comprises comme des nigredo spontanées, survenant lorsque l’ancienne organisation psychique n’est plus viable.
Mais dans un monde ayant perdu ses repères symboliques et sa fonction collective de contenance, cette descente n’est plus reconnue comme un processus de transformation.
Privée d’un féminin interne suffisamment opérant pour contenir et métaboliser l’expérience, la nigredo devient alors vécu de vide absurde, d’échec personnel ou d’effondrement.
Ce n’est pas la descente elle-même qui est pathologique, mais l’absence de cadre psychique et symbolique permettant de la traverser comme une étape nécessaire de la transformation.
Ce qui pourrait aider à mieux comprendre — et parfois à mieux traverser — une dépression, ce serait donc de se situer davantage du côté du sens de l’expérience que du seul symptôme à faire taire.
Dans la psychologie des profondeurs, « symboliser » ne signifie pas intellectualiser, mais apprendre à écouter, ressentir et reconnaître le sens vivant de ce qui se passe intérieurement.
Or notre esprit moderne, formé à l’analyse, à la performance et au contrôle, est rarement entraîné à cette forme d’écoute intérieure.
Enfin, il existe un mythe très ancien de Mésopotamie, datant du troisième millénaire avant notre ère, intitulé La descente d’Inanna.
Ce récit offre une figuration à la fois mythique et imaginale de la descente nécessaire de la conscience dans l’obscurité, comparable à la nigredo des alchimistes : une descente de l’esprit dans la matière afin qu’il puisse s’y transformer. C’est précisément ce qui semble parfois se jouer dans certaines dépressions contemporaines.
Comme si, depuis ces temps immémoriaux, l’âme humaine portait déjà la mémoire de ce chemin : celui que le Moi doit traverser lorsqu’il accepte de descendre dans l’obscurité afin de devenir plus incarné, plus humble, et finalement plus humain.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire