Au-delà des bénéfices indéniables de cette mesure dans le long chemin vers l’égalité, voici ce que, au plan psychique, la question de l’argent que l’on gagne m’inspire.
L’argent n’est jamais neutre psychiquement.
Il est le symbole d’une valeur haute, étroitement liée à l’intensité de la libido psychique — cette énergie vitale qui anime nos désirs, nos choix, nos engagements.
Si l’argent fait honte, s’il gêne, s’il suscite de la culpabilité, c’est souvent parce qu’il oblige à une confrontation difficile : reconnaître ce que nous sommes réellement — avec nos forces et nos zones d’ombre — plutôt que de nous réfugier dans l’image idéalisée de nous-mêmes que nous cherchons à défendre.
C’est pourquoi certaines mesures en apparence « techniques », comme la transparence des salaires, ne sont pas seulement sociales ou économiques.
Elles constituent, pour beaucoup, une exposition psychique brutale, car elles touchent directement au sentiment de valeur, à la légitimité, à la honte, à la rivalité, à la reconnaissance.
L’argent devient alors un miroir.
Il révèle notre rapport au pouvoir, au manque, à l’abondance, au désir, à l’autorisation d’exister pleinement.
Mais lorsque l’argent est désidéalisé — libéré du fantasme de toute-puissance comme de la honte — lorsqu’il est regardé lucidement et assumé, il peut devenir un révélateur précieux.
Il reflète la qualité de notre lien à la vie et notre capacité à incarner notre énergie dans la réalité.
En ce sens, l’argent fonctionne comme la libido humaine :
ce qui brille le plus, et ce qui se cache le plus.
Et c’est souvent là que commence le véritable travail psychique.
