En réaction à la psychanalyse, de nombreuses
thérapies se sont développées depuis les années 60. L’impératif d’efficacité qu’impose le modèle
médical scientifique actuel a promu au plus haut rang les thérapies comportementales et cognitives
(TCC).
Traitement court, ciblé, formalisé, les thérapies cognitives tentent de
corriger les schémas de pensées pathologiques. Tout le contraire d’une
psychanalyse qui vise une transformation du patient en profondeur, non dirigée
et sur la durée,
Il existe toutefois une différence de taille à
l’intérieur même des thérapies inspirées par la psychanalyse. Si la
psychanalyse de Freud, cherche à expliquer le présent en questionnant beaucoup
le passé (en priorité les fantasmes pervers et infantiles) la psychanalyse
jungienne reste, elle, centrée dans l’actuel. En ce sens, elle se trouve plus
proche de la démarche cognitive.
Dans son ouvrage La guérison psychologique
Jung souligne "le motif vrai de la névrose, c’est dans l’actuel qu’il
faut le chercher, la névrose existant et s’épanouissant dans le présent. Elle
est entretenue et même en quelque sorte récréée à nouveau".
La névrose sous entend Jung, surfe sur la
tension des contraires nécessaire à la vie, laquelle existe et se renouvelle
éternellement. Les TCC ont très bien identifié ce processus répétitif dans la
cognition que restituent les symptômes jadis qualifiés de névrotiques
(dépression, anxiété, obsessions). Là s’arrête la comparaison ; car la
vision jungienne appréhende les symptômes de la névrose non comme une
répétition vide de sens pour le Moi, mais comme une possibilité de guérison, ou
de faire entrer la partie de notre personnalité emprisonnée, interdite,
honteuse, voire parfois dissociée.
"Ce que le malade doit apprendre, écrit Jung, ce n’est pas
comment on se débarrasse d’une névrose mais comment on l’assume et la supporte.
Car la maladie n’est pas un fardeau superflu et vide de sens, elle est
nous-mêmes en tant qu’ "autre" qu’on cherche à évincer par exemple
par des désirs infantiles de commodité, ou par peur ou par tout autre motif. De
la sorte, on fait du « Moi" comme Freud dit excellemment "un antre de peur"qu’il ne serait jamais devenu si l’on ne se défendait
pas névrotiquement contre soi- même.
Lorsque le moi est un "antre de
peur" c’est que l’individu s’enfuit devant lui même sans en rien vouloir
connaître. La technique corrosive de la psychanalyse (freudienne) qui déprécie
et lacère la fibre humaine s’attaque en premier lieu à cet autre aspect de
notre personnalité, que nous portons en nous et que nous craignons ; elle
espère paralyser de façon durable cet adversaire. On ne doit pas chercher à
annihiler une névrose ; on doit s’efforcer d’apprendre ce à quoi elle
vise, ce qu’elle enseigne, sa signification et son but. Il faut même apprendre
à lui être reconnaissant, sinon l’essentiel échappe et l’on a manqué l’occasion
de connaître ce qu’on est en réalité.
Une névrose n’est réellement réduite que lorsque l’évolution thérapeutique a
liquidé la fausse attitude du moi. Ce n’est pas la névrose qu’il s’agit de
guérir, celle elle qui nous guérit. Lorsque l’homme est malade, la maladie
représente la tentative de la nature de le guérir".
Peut être que nous les thérapeutes, devrions-nous
plus souvent interroger la présence de fantaisies, imaginations et troubles
divers, les tenir comme représentants et témoins de ce que le Moi désire
fuir, fuir du Soi ou de sa totalité. Il est plus facile et rapide, certes, de chercher à appliquer une
technique pour résoudre un problème, diminuer des symptômes. Mais n’est-ce pas entretenir également la fuite en avant chez les patients ? De plus, une technique ne pourra jamais remplacer la
personnalité du thérapeute, capable en grande partie, de
mettre en ordre ce qui doit l’être chez les patients quand le thérapeute lui même
est déjà mis en ordre.