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01 janvier 2014

Quel avenir pour les relations amoureuses modernes ?


Mais qu’est-ce qui est entrain de changer dans le domaine de l’expérience amoureuse aujourd’hui ? Pourquoi dans un monde très attaché au progrès, les relations amoureuses conduisent encore à tant de souffrance, de déceptions, de déchirures, d’instabilités, et de malentendus ? Qu’est-ce qui ne progresse pas dans ce domaine ?  
 
Pour les sociologues[1] ce qui ne change pas est que ce sont toujours les femmes qui trinquent le plus. Cela malgré la lutte livrée par les féministes sur le plan sexuel et sacrificiel. Elles souffrent de ce que devient l’amour aujourd’hui : un marché sans aucune régulation. « Les hommes ont plus de choix et sont plus longtemps sur le marché de l’amour. Cela a amené chez eux un effacement de la volonté de s’engager dans une relation durable ». Et lorsque l’offre devient abondante, c’est le zapping ! Les économistes parlent « d’incapacité à former une préférence stable ». En psychanalyse on aurait plutôt tendance à évoquer la présence d’un infantilisme persistant.

Les femmes les plus en peine sont, certes, celles qui cherchent un amour stable. Mais toutes les femmes devraient en fait, se sentir concernées par les métamorphoses de l’amour, car l’amour reste un thème féminin, et comme disait Jung « la femme seule, sait que l’amour seul lui donne la plénitude du développement».

La question que je me pose aujourd’hui est, si l’amour est si fortement influencé par la culture de la consommation, qui est la culture du grand choix sexuel, du jetable, de la satisfaction des besoins élémentaires et utilitaires,  qui n’obligent en rien les hommes et les femmes qui se rencontrent à se marier, ni à s’engager durablement comment vont s’effectuer les métamorphoses que permet leur Eros ?

Eva Ilouz nous dit que la relation amoureuse est le seul domaine où aucune exigence n’est clairement posée, alors que dans tous les autres, il existe des règles d’éthique élémentaires et des arbitres. D’un point de vue psychanalytique, ce vide d’éthiques et de règles mes fait penser au fonctionnement d’un Eros, la vie érotique, seul, sans le Logos, l’esprit. Et je trouve cela de plus en plus inquiétant. Car le tableau de la situation de l’amour que dressent les sociologues se vérifie tous les jours sur le terrain. Les femmes, jeunes et moins jeunes, souffrent souvent en silence ; chantonnent le ’tous les mêmes » de Stromae, ou bien encore cherchent sans trouver parce qu’elles n’ont pas assez chercher longtemps (voir le film «Jamais le premier soir » d’Alexandra Lamy.    

Le domaine de l’intime et de l’éternel, l’amour donc, change de visage, l’amour inconditionnel n’existera bientôt plus sauf avec les enfants. Dés la moindre contrariété ou mésentente, on se sépare, on jette l’éponge. Ce n’est plus l’amour, en tant que valeur et sentiment mais le calcul de plaisirs et de peines qui guident la durée d’une relation.

Si la relation amoureuse ne dure pas, si les moindres effort sont écartés, comment Eros peut-il s’inscrire dans la réalité, et ainsi se transformer ?

Enfin, si le vécu de l’amour ressemble de plus en plus à un marché n’est-ce pas le signe que le vécu de l’amour se masculinise beaucoup ? Les femmes ne se sont-elle pas déjà appropriées massivement les valeurs masculines économiquement et socialement ? En pensée psychanalytique, nous dirions qu’elles ont laissé agir leur partie masculine inconsciente. Les hommes possèdent certes une contrepartie féminine inconsciente, mais elle a encore beaucoup besoin de passer par l’intermédiaire des femmes pour exister. Finalement, la poursuite de la transformation d’Eros ne dépend t-elle pas en grande partie des femmes, ou autrement dit du développement de l’individualité féminine ?



[1] Eva Illouz – Pourquoi l’amour fait mal. L’expérience amoureuse dans la modernité. Seuil, 2012




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