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13 avril 2006

La psychanalyse : un cas à part

Nu-au-Manequin-Paul-Delvaux"La Psychanalyse est à réinventer avec chaque patient" C.G.Jung

La psychanalyse, comme nous allons le voir, est la branche de la psychologie qui accorde le plus d'importance à l'existence de l'âme profonde dans l'inconscient. La psychanalyse est avant tout la science de l'auto-analyse et de l'auto-examen que l'on nomme également l'introspection. En ce sens qu'elle propose une méthode d'investigation de la vie psychique complète et profonde. Elle est également une théorie de la vie psychique. Sigmund Freud, son fondateur a appelé "métapsychologie" la partie théorique de sa psychologie. Sa méthode d'analyse, quant à elle, est généralement appelée la cure analytique, ou encore l'analyse personnelle. Enfin, le dernier champ d'investigation que la psychanalyse a investi est celui de la thérapeutique ; Freud s'est en effet attaché à suivre et à tenter de guérir tout particulièrement les cas de névrose et de psychose. Nous en donnerons la définition un peu plus bas.
Par ailleurs, la psychanalyse est la seule discipline qui a su apporter dans le domaine de la psychologie de la personnalité, de la psychopathologie et de la psychiatrie une grille de lecture globale du fonctionnement psychique humain. Freud a proposé ainsi une description de l'appareil psychique de l'homme en considérant différents niveaux ; le niveau structural, dynamique, économique et génétique. Pourtant la théorie freudienne reste largement critiquée et controversée. Les médias les plus pessimistes vont même jusqu'à évoquer le déclin de la psychanalyse. On lui reproche différentes choses : son manque de rigueur scientifique, le fait de s'appuyer uniquement sur des études de cas, on lui reproche également l'inefficacité de la cure, son aversion affichée de la femme, son pansexualisme (c'est-à-dire le fait de tout ramener à la sexualité)…

Des vérités dérangeantes
Sans même trancher sur la question du bienfondé ou pas de la théorie freudienne, ne devons-nous pas avant toute chose voir dans les multiples réactions de rejet qu'elle suscite, l'expression des défenses de l'homme que la psychanalyse a justement elle-même contribué à identifier ainsi qu'à expliquer clairement ? Car, inutile de tourner en rond, la psychanalyse fait montre du fier toupet de parler de vérités fort dérangeantes sur la question du fonctionnement profond de l'homme. Freud n'est-il pas le premier savant à avoir reconnu et à avoir porté à la connaissance de toute la planète la réalité de l'existence de conflits et de tension cachées siégeant à l'intérieur de l'homme ? Conflits, selon-lui, repérables principalement grâce à l'interprétation des rêves.
Citons par exemple le conflit entre le conscient et l'inconscient, la volonté et la contre-volonté, le conflit entre le moi et le ça, entre le surmoi et le ça, (nous verrons ces concepts dans le prochain billet), le conflit entre des sentiments et désirs opposés refoulés -éros et thanatos- gîtant aussi tout au fond de l'inconscient, le conflit entre le réel et l'imaginaire etc.

Les conflits selon Freud seraient à la fois pathogènes et "rédempteurs".
Pathogène parce qu'ils créent des troubles divers psychiques et physiques ; rédempteur parce que la présence de conflits sont aussi l'indication qu'il y a quelque chose dans la psyché qui est entrain de bouger, autrement dit "de passer à une autre forme" - qui est le sens littéral du mot "trans-former" -. Sans la présence de forces antagonistes, autrement dit, sans tension, ce serait la fin de la vie. L'énergie est mouvement et est toujours issue d'une tension. Il en va de même chez l'homme ; la vie a besoin de tensions pour pouvoir produire de l'énergie, et donc pour pouvoir avancer dans la vie, nous avons également besoin de ces tensions, le tout étant qu'elles ne soient ni trop fortes, ni trop faibles.

En simplifiant volontairement beaucoup, nous dirons qu'il existe deux grandes classes de conflits psychiques constatables chez l'homme : la névrose et la psychose :
Le névrosé est en conflit avec la réalité, il en souffre et négocie plus ou moins difficilement avec elle.
Le psychotique, lui rejette totalement la réalité. Il ne la voit plus et lui substitue autre chose à la place - cela peut-être des hallucinations par exemple -


Sur la souffrance
Le conflit majeur que vise à traquer la psychanalyse est donc celui qu'entretient chaque individu avec la réalité. L'homme est ainsi fait, qu'à moins d'avoir beaucoup grandi, il a du mal à accepter, ou à composer avec la réalité extérieure toujours en mouvement. Et d'ailleurs pour éviter d'avoir à faire cet effort, l'homme dispose de plein de mécanismes psychiques : refoulement, défenses, déplacement, transposition… pour pouvoir maintenir la réalité dérangeante loin de lui, préférant la plupart du temps lui substituer l'imaginaire ou des croyances.
La psychanalyse donc, vise en premier lieu à rétablir la personne dans sa vérité essentielle. Elle accompagne celui qui consulte dans sa croissance ; elle l'aide à trouver sa propre vérité inscrite dans la réalité véritable. La psychanalyse ne va pas découvrir pour vous votre réalité psychique propre mais elle va vous aider à la trouver vous-même et en vous-même.

Il est important de réaliser que toutes les maladies de l'âme sont dues majoritairement à des résistances et aux défenses que nous opposons au changement et à notre transformation naturelle. Car l'homme est ainsi bâti qu'il voudrait toute sa vie durant aimer et être aimé comme il l'entend ou comme ses parents lui ont fait entendre, c'est-à-dire, de préférence sans souffrance ; cela renvoie bien évidemment à la quête des retrouvailles avec le paradis perdu. Cependant, en voulant éviter une souffrance, l'homme qui résiste s'en crée une deuxième encore plus lourde à porter. Une souffrance qui est souvent dû au fait que nous avons perdu le chemin de notre âme... Prenons le cas d'une personne qui aurait développé un peu trop son pôle imaginaire ou narcissique ; La personnalité cesserait vite alors de se développer ; la personne resterait enlisée dans un état inconscient ; l'énergie étant bloquée, la souffrance de l'âme se ferait vite ressentir, en général, par le biais du corps. C'est ainsi que des troubles psychosomatiques peuvent fréquemment survenir car ce que la psyché ne peut traiter, elle demande en général au corps de s'en occuper. Voici un passage de l'ouvrage de Daniel Beresniak, "Comprendre la psychanalyse" :
Ce que l'esprit refuse, le corps doit l'assumer. Ce qui est refoulé ne peut plus s'adresser à l'esprit, mais "parle" au corps. Le corps réagit à un message refoulé au moyen de contractions, de vomissements, de paralysie, d'ulcères ou de bien d'autres troubles. Ce sont ces maladies que l'on nomme "psychosomatiques" parce que les problèmes psychiques, rejetés consciemment, sont pris en compte inconsciemment par le "soma", le corps. Le corps se substitue à l'esprit dans le traitement de l'émotion.

Réalité quand tu nous tiens
On ne peut guère négocier, ni tricher avec la réalité. Si d'aventure, nous nous risquions à le faire, un jour ou l'autre, il nous faudrait le payer très cher.
Cela me rappelle un mythe, le mythe de Lilith. Lilith est dans la tradition hébraïque, la première femme d'Adam, modelée, elle aussi avec la glaise du sol. Mais ce dernier, ne souhaite pas voir cette égalité de traitement consentie par le tout puissant potier créateur. Très vite, leur querelle s'amplifie : Adam se refusant à transiger avec son désir de supériorité et de pouvoir sur Lilith. Celle-ci décide alors de partir, de quitter le jardin d'Eden dans lequel, elle et Adam avaient été déposés. En clair, elle ne se soumet pas, malgré l'intervention de trois Archanges délégués tout spécialement pour tenter de la convaincre de rester auprès d'Adam. Le pire de l'affaire, c'est qu'Adam en refusant de se soumettre, lui aussi, mais à la réalité, a provoqué la venue d'un mal terrible. Puisque le mythe s'achève de la façon suivante : Eve, qui finalement devint la femme docile et consentante, parfaite et conforme aux souhaits d'Adam, aurait conçu son fils Caïn avec le fameux serpent qui fut envoyé secrètement par Lilith. Caïn, je le rappelle, est le premier fils d'Adam et Eve. Celui-ci assassina son frère Abel nous dit la Bible. En somme, le mythe fait ressortir l'idée suivante : Adam, sans même s'en rendre compte, en refusant de voir les choses comme elles sont fit naître sur la terre la plus cruelle des sauvageries de l'homme : la pulsion de meurtre.

L'aide du monde réel ou l'aide de "Dieu" ?
Il est temps que nous cessions de séparer ces deux mondes. Je crois personnellement, et la psychanalyse nous aide à prendre conscience de cela, que plus nous fermerons les yeux sur la vie réelle, plus nous nous couperons d'informations et de repères de la plus haute importance pour l'évolution de nos possibilités psychologiques. Avec le temps, j'ai appris que si nous zoomons un peu plus souvent le monde réel, celui-ci nous révélera des trésors de sens caché merveilleux ! Des portions du monde réel deviennent alors ce que l'on nomme parfois, guide, ange, dieu ; bref le monde contient en son sein, mille et un signaux et codes précieux, nommés parfois "la providence". Le réel, enfin, si nous l'aimions un peu plus, nous nous ressentirions bien moins perdu sur notre chemin. Et de fait nous renoncerions bien plus facilement à nos illusions. Nous ne savons pas voir tant que nous n'avons pas quitté nos croyances imaginaires et/ou idéologiques. Voilà pourquoi il est utile de s'auto analyser ; au moyen d'une psychanalyse, ou bien au moyen de tout autre méthode tout autant sérieuse.
Rien ne vaut mieux qu'un bon petit conte spirituel pour clore l"illutration de mon propos :



L'aide de Dieu

"Une inondation ravage le pays. Un homme s'est réfugié au premier étage de sa maison, qui est entourée par les eaux. D'autres hommes, dans une pirogue, s'approchent et proposent de l'emmener.
Il refuse en disant :
"Non, je fais confiance à Dieu ! Il ne permettra pas que les eaux emportent ma maison ! Allez-vous-en !

Les sauveurs s'en vont. Les eaux montent encore, si bien que l'homme se réfugie sur le toit de sa maison. Un hélicoptère s'approche alors, un cable est envoyé, des hommes font signe à l'isolé de saisir ce câble, de se laisser tracter.

Il refuse.

"Non, dit-il. Jamais ! Je fais toute confiance à Dieu ! Il ne permettra pas que mes prières soient vaines !"

L'hélicoptère s'en va.

L'eau monte encore, la maison est recouverte, l'homme est emporté et noyé.

Le voici en présence de Dieu à qui il dit, très amer :

"Mais comment as-tu pu permettre que ma maison soit détruite et que je perde la vie ? Moi qui te priais sans cesse ! Comment est-il possible que tu ne sois pas venu à mon secours ?

Qu'est-ce que tu racontes ?, lui dit alors Dieu. Je t'ai envoyé deux barques et un hélicoptère !".


Version moderne d'un conte traditionnel africain
présenté in "le Monde des religions" N°10.




Voilà ce que nous apprend la psychanalyse : le monde réel, l'autre et les autres représentent un enfer seulement si nous résistons trop au changement, autrement dit tant que nous ne renonçons pas à nos illusions et à nos attentes seulement narcissiques.

Je pense donc je ne suis pas
Il y a une dernière vérité fort dérangeante qui fut introduite par Freud, dont j'aimerais vous parler et qui ne relève non pas directement d'un conflit mais d'une connaissance insuffisante de soi : la psychanalyse nous apprend que le moi –ou celui qui dit "je" - n'est pas le seul maître à bord de la psyché humaine. C'est pourquoi d'ailleurs on a l'habitude, dans les manuels, de voir associé, le nom de Freud à celui de Nicolas Copernic, le célèbre astronome polonais qui révolutionna l'histoire de la connaissance du monde en affirmant que l'homme –entendre la terre donc - n'était point au centre de l'univers. Par son système héliocentrique, dans lequel la terre et toutes les autres planètes tournent autour du soleil, Copernic balaya définitivement la vision médiévale dans laquelle les hommes d'autrefois étaient restés enfermés. De même Freud en élaborant sa psychanalyse bouscula fortement les idées très ancrées dans les esprits depuis le cartésianisme sur le principe du dualisme légendaire qui sépare la raison pensante du corps comme perception de l'âme. Depuis Descartes, nous croyons tous que nous sommes seulement ce que nous pensons, ou ce que notre seule raison nous dicte que nous devons être. Or en introduisant la réalité de l'existence d'un inconscient s'exprimant à travers le corps, Freud se mit en quête de tordre le coup à la croyance en la primauté du moi, ou du "je" qui pense.

Cependant, les hommes se figurent trop souvent encore qu'ils sont tout ce qu'ils savent sur eux-mêmes ; et se sentent par là-même dispenser d'aller voir ce qui se passe du côté de la psychanalyse, médecine de l'âme, s'il en est, et discipline donc, à part et très mal comprise de la part des psychologues de laboratoire. Pourtant si ceux qui se sentaient dispensés de faire cette démarche la faisaient quand même, ils réaliseraient vite combien aller chercher la connaissance hors de soi- c'est ce que nous faisons tous au départ, la communauté scientifique à fortiori- revient inconsciemment à aller chercher la connaissance vers ce qui est en soi. Ces deux notions, l'intérieur et l"extérieur sont, hélas, trop souvent dissociées encore ; la santé, comme le rappelle aussi le psychanalyse Daniel Beresniak consiste à réunir ce qui est épars. Qu'attendons-nous pour commencer ?


à suivre...


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