16 juin 2026

Jung et Morin : penser l’humain dans la complexité des origines

 

À l’occasion du décès d’Edgar Morin, il est difficile de ne pas penser à Jung. 

L’un était sociologue et philosophe de la complexité, l’autre psychiatre et explorateur de l’inconscient. 

Pourtant, ils partagent quelque chose : leur refus de réduire l’être humain à une seule dimension. 

La plupart des disciplines offrent souvent des explications fragmentées, certes essentielles. Cependant, certaines pensées cherchent également à établir des liens. C’est le cas de celles de Morin et de Jung. 

La pensée de jung par exemple est nettement plus complexe que les approches sociologiques, anthropologiques ou psychodynamiques. En parlant des archétypes, il ne se contente pas de décrire des souvenirs du passé ou des représentations culturelles transmises de génération en génération. Il évoque des structures psychiques profondes qui semblent avoir toujours été présentes depuis les premiers jours de l’humanité et qui se renouvellent constamment dans chaque existence unique. 

C’est peut-être ce qui me fascine le plus chez lui. Les archétypes ne sont pas des images fixes. Ils ressemblent davantage à des moules invisibles capables d’accueillir des contenus toujours nouveaux. Chaque vie humaine leur donne une expression particulière, chaque époque les réinvente, chaque individu les colore de son histoire. 

D’une certaine manière, ils constituent une mémoire des grandes expériences humaines : la naissance, la séparation, l’amour, la perte, la transformation, la mort. 

Non pas une mémoire personnelle, mais une mémoire plus vaste, qu’on peut qualifier de transpersonnelle. 

Lorsque Jung s’intéresse aux mythes, aux symboles religieux ou au drame divin, il ne cherche pas seulement à comprendre le passé. Il tente de saisir ce qui, dans ces récits, continue à parler à l’âme humaine aujourd’hui. 

Comme si certaines questions fondamentales ne cessaient jamais de revenir : d’où venons-nous ? Quel sens donner à notre existence ? Par moment, sa démarche me semble proche de celle des sciences qui interrogent les origines de l’univers. 
Bien sûr, l’astronomie ne répond pas aux mêmes questions que la psychologie analytique. Mais toutes deux participent à cette immense interrogation humaine sur le commencement, ou l’originaire dirait la psychanalyse. . 

L’œuvre de Jung, tout comme celle de Morin, nous enseigne que la vie ne se limite pas à traverser le temps, mais qu’elle consiste également à s’engager dans une histoire infiniment plus vaste que nous. 

Jung et Morin ont introduit une pensée complexe et englobante qui permet, je trouve, de donner encore plus de densité à la vie. Une densité intérieure qui donne encore plus envie de préserver et d’aimer la vie, et donc de s’aimer et d’aimer les autres. Même s’il y a la fameuse question du mal qui a beaucoup habité Jung...


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