01 février 2013

Freud, le père de la Libido



La libido : l'énergie de la pulsion sexuelle.
Selon Freud, la libido est l'énergie psychique - ou l'énergie présente dans la psyché -de la pulsion sexuelle. L'énergie des pulsions sexuelles contaminerait, toujours selon Freud, une bonne partie de l'activité psychique normale provoquant ainsi la cause du conflit psychique le plus répandu et qui porte le nom de Névrose.

La pulsion
Mais avant d'aller plus loin, voyons quel sens précis Freud donnait au mot pulsion. La pulsion pour lui, désigne la poussée qui naît de l'intérieur d'une personne, qui part d'une source et qui se dirige toujours  vers un but déterminé. Sa source est toujours un état d'excitation corporelle. Et les zones excitées ou bien excitables dans le cadre des pulsions sexuelles, Freud les a appelées, les zones érogènes du corps. Elles correspondent à des zones du corps à partir desquelles sont susceptibles d'émaner des pulsions sexuelles. Quant au but de la pulsion, correspond la décharge, ou le passage à l'acte qui normalement reste soumis au contrôle de la conscience !
Et c'est sur le trajet allant de la source au but, que la pulsion devient psychiquement active ; ce qui signifie que la poussée se psychise au moment où le but qu'elle contient en son sein se déclenche, inscrivant par là même la pulsion dans une double existence, psychique et somatique ; c'est pourquoi on a l'habitude de dire que la pulsion est un concept limite entre la psyché et le corps. Et en effet, ne nous méprenons pas, la pulsion est avant tout un concept, ou si vous voulez, une invention opératoire ayant servi à Freud à bâtir une théorie sur la vie et le développement psychique, fortement copiée sur l'évolution de la pulsion sexuelle observée chez le jeune enfant. Elle lui a permis également de montrer combien “la vie sexuelle” intervenait de façon massive dans la psyché de l'Homme et pouvait ainsi se trouver à l'origine de nombreux conflits internes qui exposent la personne à des troubles ou maladies psychiques. Retenons donc, à propos de la pulsion, l'idée de poussée de l'intérieur, ou pour être encore plus précis, de quantum d'énergie qui pousse vers une direction déterminée. Dans sa manifestation, la pulsion qui est toujours sexuelle chez l'homme, c'est ainsi du moins qu'on la remarque le mieux, la pulsion devient ensuite une poussée vers un objet d'amour ou de désir, sa source reste toujours l'excitation d'une zone érogène et son but l'abolition de cette excitation. Ce qui est le propre de toute pulsion instinctive. La libido est donc l'énergie d'une pulsion psycho-physique pour Freud. Par la pulsion, l'instinct sexuel se retrouve représenté dans la psyché en devenant, fantasmes, fantaisies, désirs etc. Rajoutons également que quand l'instinct se psychise, la personne développe aussi la possibilité de le rendre conscient, et donc de mieux diriger et se servir autrement de l'énergie de la pulsion.

Quand les besoins et le père, obligent
Freud pour des besoins théoriques, je pense, a surtout mis l'accent sur la formation des désirs enfouis et refoulés donc, dans la psyché humaine à cause du conflit sévissant entre le moi (la censure) et les pulsions sexuelles. Sa vision de la vie de la pulsion lui a permis en fait de théoriser sa métapsychologie. Pour lui, l'énergie de la pulsion sexuelle (la libido) a comme but humain de devenir utilisable par le moi, en se désexualisant. Par exemple cette énergie, par l'abandon du but sexuel permet au moi de s'identifier avec le parent du même sexe. Rappelons que l'identification de l'enfant au parent du même sexe inscrit l'enfant dans l'ordre symbolique du monde réel. Ce déplacement de la libido Freud l'a appelé le narcissique secondaire ; celui-ci fait entrer en jeu la libido du moi et non plus la libido tout court. Le moi se prend en somme comme objet. Et c'est ainsi que peu à peu, toute la libido se transforme en libido d'objet. Autrement dit, elle se trouve toujours dirigée ou vers soi-même ou vers quelqu'un. Pour Freud, la libido doit toujours se décharger vers l'extérieur, vers un objet extérieur, c'est lorsqu'elle se dirige vers l'intérieur (appelé la régression) que commencent les dégâts…

Au service du ÇA
Car lorsqu'elle régresse, la libido se dirige vers le refoulé et surtout le terrible, ça. Le ça dans la théorie freudienne est le grand réservoir contenant toutes les énergies des pulsions, et surtout les pulsions sexuelles. La libido dans ce cas de figure fonctionne en étant au service du ça et non du moi comme cela doit normalement se produire. Le ça contient pour Freud des comportements sexuels très primitifs. La pratique de l'inceste, les perversions et autres aberrations sexuelles  dont certaines sont visibles chez le jeune enfant.

La sublimation
Toutefois, lorsque le moi se développe normalement, l'énergie sexuelle parvient mieux à se désexualiser jusqu’à provoquer l'apparition d'une instance supérieure nommée le Surmoi. Le phénomène de désexualisation de la libido est ce que Freud a autrement appelé la Sublimation. Par exemple le développement cognitif ou de la pensée est nettement amélioré grâce notamment à la sublimation des impulsions érotiques. Mais même lorsque l'identification et la sublimation ont bien été menées, le combat continue tout de même à faire rage dans les couches profondes du ça. Le feu du combat entre les pulsions opposées ne semble donc jamais s’éteindre puisque les patients de Freud étaient des adultes principalement.

Le jeu des tensions pulsionnelles
Freud a introduit une autre idée à propos de l'activité pulsionnelle, celle de l'impossibilité pour toutes les pulsions de s'unir. Il semble que pour Freud, cette impossibilité constitue la vie même. La tension des forces contraires permet la vie et son expression psychique, la conscience. Sans ce balancier, le déséquilibre, ou le chaos surviendrait. Donc sans tension, pas de vie. On retrouve la même idée chez Jung.
Tenant compte du jeu des tensions pulsionnelles, Freud dût modifier un peu sa théorie sexuelle initiale. Au début, il considérait que la pulsion d'autoconservation (du moi) s'opposait à la pulsion sexuelle ou de reproduction (de l'espèce) et constituait la source du conflit psychique majeur de l'homme. Puis pour de nouveaux besoins théoriques, il affirma que toute l'activité psychique était sous-tendue par deux grandes forces contraires, la pulsions de vie (comprenant l'Eros ou la libido) et la pulsion de mort (Thanatos, ou l'instinct de mort).

Contexte personnel, culturel et historique
de la théorie freudienne
Si Freud n'a pas fait évoluer davantage sa théorie, c'est, selon moi, parce qu'il est passé à côté du facteur spirituel qui semble aussi exister en germe dans la psyché. Rappelons que pour Freud le principe spirituel était un principe secondaire et annexe, qui naissait par l'influence de l'éducation surtout venant du père, et non pas d'un instinct de sagesse présent dans les couches profondes de la psyché humaine. La doctrine freudienne mettait à l'intérieur de l'homme, le refoulé - les passions et les pulsions - et le ça, grand réservoir des pulsions archaïques. Rien de très reluisant en comparaison en effet. Ce n'est qu'en développant une substructure, le surmoi que l'homme pouvait espérer s'extraire de la fange du ça, et acquérir et développer des qualités spirituelles. Ce qui veut dire aussi beaucoup grâce à l'éducation des parents. Mais l'apport essentiel que nous lui devons est d'avoir éclairé le phénomène de la sublimation ; celle-ci survient après que la libido ait modifié son but et changé d'objet. L'idée de modification ou de transformation dans la psyché d'une énergie instinctive en pensée ou en acte créatif, par exemple, est majeure et on la doit incontestablement à Freud ; on lui doit surtout son introduction dans le domaine de la connaissance psychologique.
Car le principe de transmutation de l'énergie existe depuis fort longtemps, les textes anciens alchimiques et ésotériques en parlaient bien avant la doctrine freudienne.

Si Freud n'a pas expliqué les choses autrement, c'est sans doute parce que sa propre orientation psychologique ne l'inclinait pas à le faire. Freud a élaboré sa doctrine tout en portant lui-même, un très gros complexe père. C'est d'abord en lui même que sévissait le combat entre des pulsions non éduquées et les tables de la loi extérieure, celle provenant du père. De plus, il était juif et l'on sait combien, dans cette communauté, la loi du père, c'est-à-dire extérieure à l'homme, tient une grande place, de même que la prédominance du monothéisme, ou la croyance en un Dieu unique lui seul capable de sauver et racheter l'humanité de tout, a dû peser beaucoup dans l'élaboration de sa théorie. Malheureusement, le Surmoi est une structure telle que la doctrine freudienne l'a présentée qui existe à l'extérieur de la personne (la loi paternelle est dictée par une tierce personne le père ou son représentant, et est externe à la personne) tout comme dans le dogme chrétien, on représente Dieu par une image extérieure. C'est Jung qui a montré que le Dieu des Chrétiens est en fait un archétype divin projeté à l'extérieur. Ce que Freud n'a pas compris selon moi, c'est que l'homme porte Dieu en lui-même, ou son archétype divin dans sa psyché. Pour les gnostiques monter ou descendre cela revenait au même. Pas pour  Freud. Il n'a pas vu que la sexualité était dans son essence numineuse ou carrément un instinct numineux divinement puissant. Il a saisi son action importante dans une vie humaine mais non son sens profond ainsi que sa vocation initiatique pour l'évolution spirituelle de l'homme. D'ailleurs les idées de Freud sont nées vers la fin de l'époque victorienne ô combien puritaine. Depuis nous nous mettons bien moins à refouler nos pulsions sexuelles, est-ce que pour autant l'état de santé psychique de l'homme s'est amélioré ? Je ne le pense pas. La naissance de la psychanalyse, et plus tard les événements de mai 68 ont abouti à la libération du sexe. On a libéré le sexe, mais pas la sexualité, et ne parlons pas de la libido ! La pensée commune est loin, très loin, de s’imaginer que l'homme peut transporter en germe des forces spirituelles !
En clair, sans l'Eros ou la puissance de l'amour, il y a un travail ou une transformation profonde que la psyché humaine ne peut pas accomplir. Et d’ailleurs dans le domaine thérapeutique, n'est-ce pas grâce beaucoup au transfert que s'obtiennent les meilleures cautérisations et rémissions psychiques ? N'oublions pas, non plus que, la psyché qui héberge les expériences intimes et fortes de la vie affective, est le vase préparateur pour la mise au monde de l'âme, autrement dit de la personnalité profonde et entière. Il y a des expériences qui révèlent notre soumission à l'instinct, et tant que l'instinct reste rivé sur des buts trop égoïstes, son énergie ne peut être rendue utilisable autrement ou bien devenir libre pour servir des buts désintéressés ou spirituels. Seule la marche rétrograde de l'énergie (c'est-à-dire dirigée vers l'intérieur) permet de réaliser certaine défixation, voire, allez selon les personnes, jusqu'à rencontrer des archétypes divins puissants. L'Eros ou l'instinct sexuel sont liés aux mystères de la vie et de la mort, ainsi qu'à l'éveil de la psyché. À la mort et à la renaissance d'un autre moi. Un moi qui a fusionné avec l'âme et les abysses de sa sagesse…



06 janvier 2013

La psychanalyse jungienne


En changeant le titre de mon blog, j’ai souhaité montrer mon désir de faire connaître un peu mieux la branche de la psychologie que C.G.Jung représente. Non pas que j’abandonne mon désir de parler de l’inconscient – loin s’en faut - je souhaite simplement inscrire davantage mon propos à l’intérieur du champ de la psychologie analytique de Jung.  
Pourquoi l’appeler alors  la psychanalyse jungienne ?
Nous savons tous que la psychanalyse est très étroitement liée au nom de Freud. La psychanalyse est bien sa création. Et qu’a t-il créer ?  Une méthode de soin fondée sur la parole, une série de conceptions psychologiques, une théorie du conflit ; conflit essentiellement psychosexuel, et qui montre au final la puissance du désir – ce qui n’est pas peu. Nous savons aussi que Freud a payé de sa personne pour pouvoir inventer la psychanalyse. Puisque sa propre analyse a constitué le chantier de sa grande découverte : la terre noire de l’inconscient. Il a su admirablement démontrer la logique « du système psychique » incluant la vie de l’inconscient. L'inconscient, cet inconnu et grand ravisseur de vérité dont on préfère ne rien savoir.  La psychanalyse freudienne, ou bien devrait-on dire la méthode freudienne, permet de sonder l’inconscient dont le contenu est constitué par tout le refoulé.

La psychanalyse jungienne établit un tout autre rapport avec l’inconscient. Jung avait une perception beaucoup plus positive de l’inconscient.
Voici ce qu’écrit Jung dans Problèmes de l’âme moderne :
« Il semblerait que la cause des névroses serait la suivante : elles apparaitraient parce que des souvenirs et des tendances pénibles, appelés contenus incompatibles, seraient refoulés de la conscience et rendus inconscients par suite d’une sorte de ressentiment moral reposant sur des influences de l’éducation. Dans ces conditions, l’activité inconsciente de l’âme, ce qu’on appelle l’inconscient, apparaît surtout comme un réceptacle de tous les contenus gênants pour la conscience ainsi que de toutes les impressions oubliées. Mais d’autre part, on ne peut pas non plus se fermer à la constatation que ces contenus incompatibles proviennent de tendances inconscientes ; ce qui signifie que l’inconscient n’est pas uniquement un réceptacle, mais simplement la matrice de ces choses dont la conscience voudrait bien se débarrasser. Nous pouvons même avancer encore d’un pas : l’inconscient produit aussi, on les créant de nouveaux contenus. Tout ce que l’esprit humain n’a jamais créé est issu de contenus qui furent en dernier lieu des germes inconscients. Tandis que Freud insistait tout spécialement sur le premier aspect, j’ai souligné le dernier sans cependant mettre en doute l’existence du premier.  Il n’est certes pas sans importance que l’homme élude et cherche le plus possible à éviter ce qui lui est désagréable et par conséquent oublie volontiers ce qui ne lui convient pas ; il me semble cependant beaucoup plus important de rechercher ce qui constitue effectivement l’activité positive de l’inconscient ».

La psychanalyse jungienne insiste donc sur l’aspect positif et créateur de l’inconscient. Et propose ainsi une pratique clinique qui diffère de la doctrine freudienne. 

22 décembre 2012

Une publication très recommandable





Un numéro spécial du Point dédié à Jung a vu le jour en ce mois de Décembre. Dans ces pages, on y trouve l'ensemble des concepts jungiens,  l’œuvre du maître, sa vie, ses continuateurs ainsi qu' un lexique des termes. Le tout servi par de très belles illustrations. Bref, réjouissons-nous de constater que la pensée jungienne soit mise, une fois n’est pas coutume, sous les feux de la rampe par une revue consensuelle. 

09 février 2007

Quand la révolution des consciences passe par l' investigation tranquille de l'inconscient


The power of prayer - by Akiane -Jacques Chirac appelait, hier, à "une révolution des consciences pour sauver la terre" ; s'il n'était pas à la tête d'un système devenu quasiment inoxydable, je pense qu'il aurait pu poursuivre et dire "sauver par la même notre terre intérieure, soit notre âme".
Les deux, la planète et notre âme, sont liées bien évidemment. La notion "terre" tout comme celle de "matière", est comme l'écrivait Marie-Louise Von Franz, "une simple représentation archétypique parmi d'autres, dérivée de l'archétype de la Grande Mère". Je rappelle que les représentations typiques de cet archétype, comme l'a exprimé Jung, sont celles de la mère, de la grand-mère, de la nourrice, de la bonne d'enfants, de l'aïeule, de la déesse, de la Vierge Marie, de la Sophia. Elle est également le paradis, le royaume de Dieu, l'Eglise, le morceau de terre, le ciel, la terre, la forêt, la mer, les eaux stagnantes, les enfers, la lune, le champs, le jardin, l'arbre, la fleur, le mandala…
Psychologiquement, elle désigne en fait un élément protecteur, bienveillant, qui "donne support", qui fertilise et qui nourrit.

Cette présentation de la terre me place à des années lumières du discours politique actuel, je sais ; et pourtant, à bien y regarder, je trouve très regrettable que le chef de l'Elysée lance cet appel seulement maintenant alors qu'il est, dans les esprits, pratiquement éjecté du pouvoir…Car son expression "révolution des consciences" me semblait être une formule toute trouvée pour frapper les esprits et tenter ainsi, un tant soit peu, de sauver notre société très déglinguée !

Pour ma part, je vais continuer à tenir un discours très anachronique, médiatiquement parlant, et vous (re)dire juste quelques instants tous les espoirs que je place sur l'existence très méconnue de l'inconscient spirituel. La révolution des consciences chez l' homme doit passer, selon moi, par la découverte de celui-ci. Je ne pense pas que son champ de connaissance soit uniquement réservé à une classe d'initiées ou d'érudits élus.

Dans un monde où les institutions en place encadrent de moins en moins le citoyen dans ses choix, décisions et réflexions, il n'est que temps, je pense de se mettre à accroître la connaissance que nous pouvons avoir de nous-mêmes. Dans le langage de la psychologie des profondeurs, cela signifie : établir une relation consciente avec son inconscient. Les cas cités par Jung dans lesquels les personnes qu'il suivait, arrivaient par exemple "à s'affranchir elles-mêmes de l'esclavage où leurs problèmes les maintenaient, et atteignaient des niveaux supérieurs de développement et d'intégration psychiques", sont innombrables. L'existence d'une réalité spirituelle psychique au sein de l'inconscient collectif ne peut plus être mise en doute. Je veux parler bien entendu du processus naturel d'individuation qui constitue la méthode de guérison que Jung n'a cessé de décrire et de commenter. L'inconscient est le siège d'une réalité transpersonnelle. Ce processus permet d'atteindre la pleine maturité, et la guérison par l'expression de la totalité de sa personnalité. Ce processus, principe-clef de sa méthode est dépeint pas Jung comme étant inconscient et autonome. Le mental conscient ne peut choisir quand le processus endormi dans l'inconscient se réveillera. Ce processus survient tout seul et de lui-même. Son déclenchement peut aussi nous être signifié par les rêves, bien sûr.

Voilà ce qu'écrivit Jung
"L'art de laisser les choses arriver d'elles-mêmes, l'action par l'inaction – laisser les choses se faire d'elles-mêmes, comme le disait Maître Eckart, devint pour moi la clé de la porte d'accès à la voie. Nous devons être capable de laisser les choses se produire d'elle-même dans la psyché. Chez nous, il s'agit d'un art que la plupart des gens ignorent totalement. La conscience ne cesse d'interférer, d'aider, de corriger et de nier, ne laissant jamais se développer en paix le processus psychique".

L'inconscient, en s'unissant à la conscience, peut nous guider vers notre Soi, ce processus tranquille qui consiste à construire une individualité réunifiée et stabilisée dans sa totalité. Mais comment réagira l'individu qui se voit embarqué dans un tel processus ? Est-ce qu'il va se braquer, se crisper, résister au changement, feindre de ne rien voir, afin de bien s'assurer que tout est bien resté comme avant ? Ou bien plutôt va t-il s'accorder le droit et le courage d' entrer dans la vraie quête de l'être.

Bien évidemment, avant que l'on se sente directement concerné ou appelé vers cette transformation de soi, on fait bien d'œuvrer pour une croissance écologique à l'échelle mondiale, laquelle assurera un meilleur avenir à notre planète-terre. Mais à l'intérieur de nous-même, je pense que si l'on portait davantage d'écoute à ce qu'a à nous dire notre inconscient spirituel, alors nous nous mettrions à avoir bien moins, tous et toutes une peur bleue et angoissée de ce que l'avenir, sous toutes ses formes, nous réserve….



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20 octobre 2006

L'inconscient collectif ou le continent perdu de la mémoria


The Untold Story - Josephine Wall - <br />Vous avez sans doute compris ma démarche : elle consiste à regarder l'inconscient non pas sous son aspect négatif, c'est-à-dire comme "une poubelle de sensation mal digérées" et gênantes mais comme la grande et vaste mémoire de l'âme. Cette âme, j'oublie souvent de le souligner, qui est aussi en correspondance avec le corps. C'est cela l'inconscient collectif : l'inscription dans une grande région de la psyché du passé collectif et imaginal. Outre les contenus faisant référence au passé, il existe aussi dans l'inconscient des contenus qui font référence au futur. Et parmi les dominantes de l'inconscient provenant du futur, il y a le Soi que j'ai déjà décrit très succinctement et qui fera l'objet d'un billet particulier. Des éléments du passé et du futur peuplent donc, parfois en se mélangeant, le grand territoire de l'inconscient collectif. Voilà pourquoi l'étude de l'inconscient est rendu parfois très difficile. Entre le passé et le futur réside le présent, dont la gestion est confiée au conscient qui a à sa charge l'expression par exemple de la volonté, et que nous étudierons aussi dans un billet à part.
L'on comprendra mieux alors, pourquoi lorsque certains contenus inaccessibles pénètrent ou font irruption dans la conscience, cela peut causer beaucoup de désordres en lieu et place de la psyché consciente. Parfois, cela peut déboucher sur la folie.
C'est d'ailleurs par le biais de la folie qu'a été découvert l'inconscient. (voir le billet : Les méandres de la découverte de l'inconscient Freudien)

Nous savons que Freud, par son traitement par la parole, recueillit de ses patients un grand nombre de souvenirs composés d'évènements traumatisants de l'enfance. Comme les patients s'exprimaient en quelque sorte sans frein, il apparut très vite à Freud que les souvenirs de ses patients étaient dépositaires pas seulement de réalités, mais de fantaisies aussi. Autrement dit lorsqu'on laissait s'exprimer librement les malades, ces derniers en arrivaient à évoquer des scènes ou des personnages qui ne faisaint pas parties de leurs vécus personnels. Dans le langage psychiatrique, on appelle cela des idées délirantes, des hallucinations, des fantaisies.
Freud dû se rendre à l'évidence ; tout ne pouvait pas découler des évènements traumatisants de l'enfance ; il existait bien un au-delà de la vie personnelle, un au-delà qu'il finit par nommer "le ça". Pour lui enfin, la manifestation des fantaisies et des hallucinations exprimait un phénomène névrotique, c'est-à-dire que si les fantaisies déboulaient dans la conscience, c'était parce que le conscient n'exerçait plus un contrôle vigil suffisant. Sauf si bien sûr le patient parvenait à sublimer les énergies du "ça", autrement dit à les diriger vers une activité sociale, vers des valeurs affectives élevées etc.

Jung analysa très tôt tout autrement les fantaisies de ses malades. Très vite il compris que Freud avait incontestablement redécouvert un continent fort ancien, la fameuse mémoria[1] de Saint Augustin. Les malades exprimaient en réalité, à travers leurs fantaisies des formes de pensées archétypiques et mythologiques. L'étude des productions pathologiques – les idées délirantes, les hallucinations etc - ont permis ainsi de redécouvrir la mémoria, ou, pour dire les choses autrement le continent enfoui de l'âme. Car quand nous commençâmes à nous identifier au moi volitif et rationnel, à l'époque de la psychologie des lumières (au 17è) nous perdîmes tout contact avec la mémoria qui avait commencé déjà en fait avec Platon. Puis avec Saint Augustin. C'est comme cela que la mémoria devint inconsciente.

Voici un extrait de Saint Augstin s'exprimant sur elle, la mémoria, et tiré du livre de James Hillman, "Le mythe de la psychanalyse" – Ed imago –
"La memoria, (ou l'inconscient comme Jung l'appela), est à la fois "dans mon esprit" et bien au-delà de moi et de la portée de mon esprit../.. Grande est la puissance de la mémoire ; elle est je ne sais quoi d'effrayant ô mon Dieu, une suite infinie d'abîmes profonds et cela, c'est l'esprit, et c'est moi-même. Que suis-je donc, mon Dieu, quelle nature suis-je ?."

Il fallu attendre l'étude des maladies mentales, donc, pour découvrir la face perdue de notre âme. Une face qui peut sembler déroutante tant la mémoria impersonnelle (l'inconscient collectif de Jung) paraît incommensurablement riche d'innombrables variétés d'éléments. Kant l'appelait "le champ des idées obscures de l'homme". Platon parlait de réminiscences de l'âme. Il y aurait bien sûr un parallèle intéressant à faire avec la notion hindoue du karma.
De toute façon, rien ne naît de rien ; l'invention d'un esprit qui ne soit qu'une tabula rasa[2], a servi je pense à évacuer, au plus vite, le problème de l'âme ainsi que le poids effrayant de sa mémoire qui se faisait ressentir.

Hymne aux Fantaisies et à l'imagination
Je voudrais enfin vous faire découvrir un texte pêché encore dans le livre de James Hillman, un texte que je trouve terriblement émouvant et touchant. Il restitue enfin aux fantaisies qui peuplent notre monde intérieur, leurs vraies places, leurs vraies fonctions, la juste manière dont nous devrions les traiter, les aimer et les écouter : aujourd'hui encore, alors que le continent de la mémoria n'est plus totalement englouti, on a trop tendance à les dévaloriser, à les mal juger, et à les qualifier de pathologiques….Mais ce sont des bouts de notre âme qui s'expriment à travers eux ! N'oublions jamais cela.
Jung disait qu'une partie de l'inconscient, notre âme, donc, aime à s'exprimer par des images, (par la mythologie donc), parce que cette forme d'expression convient à la nature de l'âme. Le mode d'expression imagé, fantaisiste, symbolique, ou métaphorique, est le langage de l'âme, et c'est aussi ce que l'on appelle la pensée imaginale, ou encore la pensée imaginative. Elle est, nous verrons ceci plus tard, le langage qui est utilisée par l'astrologie. Elle est une pensée qui relève plus de l'art que d'un savoir conceptuel. Nous étudierons d'ailleurs la pensée imaginative dans le prochain billet.

Bon, comme convenu, je laisse à présent la parole à James Hillman :

"Mais ne feignons pas de croire que la fantaisie est la facilité. Lorsque les patients de Freud s'allongèrent et se mirent à se remémorer, ils trouvèrent leurs fantaisies gênantes. Freud aussi les trouva embarrassantes. Seuls avec l'autre et ses imaginations, locuteur et auditeur évitaient de se regarder. Leurs yeux ne se croisaient pas. Pourquoi ce trouble à raconter, et pourquoi sommes-nous gênés d'entendre les histoires intimes de l'imagination d'autrui ? La vie intérieure serait-elle vraiment une affaire à cacher avec des feuilles de vigne ?
Cette honte témoigne de l'importance de nos fantaisies. Au jourd'hui on la qualifie professionnellement de "résistance" ; mais quelle fonction la résistance accomplit-elle ? Il est vrai que je me défends de narrer mes rêveries, mes haines brûlantes, mes désirs, mes peurs et leur incontrôlable imagerie. Mes imaginations sont comme des blessures ; elles révèlent ma pathologie. La résistance me protège. Les fantaisies sont incompatibles avec mon moi courant, et c'est parce qu'elles sont incontrôlables et "fantasmatiques" – à savoir, éloignées du rapport à la réalité du moi – que nous les ressentons comme étrangères. Notre volonté et notre intelligence ne nous gênent pas de la même façon ; à vrai dire, nous en exhibons fièrement les résultats. Mais nous avons tendance à tenir caché et enfermé en nous ce qui naît de l'imagination. L'imagination est un monde intérieur – non pas spatialement intérieur – mais contenu, ésotérique, aspect interne de la conscience. Ces affections et fantaisies forment l'aspect imaginal ou inconscient de nos actes et de nos pensées. Cette part de l'âme que nous gardons pour nous devient fondamentale dans l'analyse, la confession ou la prière, entre amants et amis, dans la création artistique, pour ce que nous entendons par "dire la vérité", et enfin, pour notre destin. Ce que nous retenons celé dans notre monde imaginal ne se réduit pas aux images et aux idées, étant aussi des fragments vivants de l'âme ; quand ceux-ci sont énoncés, un peu d'âme passe avec eux. Lorsque nous contons nos imaginations, nous révélons notre âme. La honte que nous ressentons concerne moins le contenu de la fantaisie que sa simple existence ; la révélation de l'imagination est la mise à jour de l'esprit incontrôlable et spontané, part divine et immortelle de l'âme, la memoria Dei. C'est la honte du sacrilège que nous éprouvons ; la révélation de nos fantaisies dévoile le divin, et en conséquence nos fantaisies nous sont étrangères parce qu'elles ne nous appartiennent pas. Elles sortent du fond transpersonnel de la nature, de l'esprit ou du divin, alors même qu'elles sont personnalisées à travers notre vie et poussent notre personnalité à des actes mythiques."

à suivre...



Notes
[1]Le parallèle entre l'inconscient et mémoria nous dit Hillman s'inspire du livre brillant et passionnant de Frances Yates, The art of Memory. Cet ouvrage montre qu'il existe un art de la mémoire.
[2]Tabula rasa est un concept philosophique qui fut utilisé par Locke pour signifier que l'esprit désigne uniquement de la volonté et des connaissances apprises.


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28 septembre 2006

L'inconscient Jungien : une structure par couches


Dans le précédent billet, j'ai présenté brièvement le double découpage catégoriel proposé par Jung lui-même, afférent au vaste domaine des contenus de l'inconscient à savoir – les contenus accessibles et les contenus inaccessibles - En se plaçant dans une approche de ce type, l'on évite ainsi de confiner le champ de la connaissance de l'inconscient au seul domaine des réalités banales et quotidiennes à savoir les lapsus, les fausses perceptions, les oublis momentanés, les processus de dénégation et de refoulement. Il n'est pas question de mettre en doute l'existence de ces désordres et états psychiques involontaires et irrationnels survenant chez les personnes humaines fréquemment - lesquels ont été, du reste, brillamment exposés par Freud dans son célèbre manuel "Psychopathologie de la vie quotidienne [1]"- Il convient simplement d'analyser d'une façon toute particulière les contenus inaccessibles de l'inconscient, en ce sens où ceux-ci recèlent des germes de contenus de nature spirituelle propre à déclencher le processus d'auto guérison tel qu'il a été expliqué à maintes reprises par Jung dans ces textes. Le "miracle" de l'harmonisation des contenus conscients et inconscients s'obtient notamment lorsque nous laissons le processus naturel et spirituel de l'individuation se dérouler en paix. Je reviendrai à cette question dans la suite de mon exposé. Pour l'instant, tournons-nous encore une fois vers le descriptif général des contenus dits inaccessibles de l'inconscient suivant une perspective exclusivement jungienne.

L'inconscient personnel
Les contenus inaccessibles représentent, en fait, ce que Jung a nommé les couches de l'inconscient personnel et celles de l'inconscient collectif.
En simplifiant beaucoup, nous dirons que les couches de l'inconscient personnel concernent le vécu personnel et renferment en particulier tous les éléments psychologiques difficilement appréhendables par le conscient : toutes les tendances infantiles, les fragments du temps passé laissés en jachères, les contenus mentaux désagréables ainsi que tous les complexes habituels [2]. L'inconscient personnel contient pour une bonne partie aussi l'ombre qui figure les côtés sombres du sujet humain ; autrement dit la nature animale qui vit en nous, celle que nous désirons plutôt nier et qui obéit de façon absolue à l'instinct. Il est pour moi absolument hors de doute que nous aurons une nature animale tant que nous posséderons un corps physique. En général, l'ombre, ou le côté négatif de notre nature dans le mental conscient apparaît sous les traits d'un adversaire intérieur de taille, voire la plupart du temps plutôt monstrueux. Un adversaire, quoi qu'il en soit qu'il nous faudra bien un jour faire rentrer pacifiquement dans l'ensemble de notre propre nature si nous voulons être complets. Intégrer notre côté négatif revient, en fait, à instaurer une bonne entente avec nos forces instinctives ; l'instinct n'est jamais négatif en soi. Il réclame, certes, d'être affûté, plutôt beaucoup que pas assez même, mais nous ne devons toutefois jamais perdre de vue que la sphère des instincts et des pulsions est chargée massivement d'énergie ; une énergie dont il serait regrettable de se priver tant les forces qui découlent d'elle sont profitablement réutilisables en terme de volonté et de motivation par le conscient Car quoiqu'en pense notre échelle de valeurs morales, les instincts sont à ranger du côté de la Vie, et de l'âme donc.

L'inconscient collectif, les archétypes et le Soi
Les couches plus profondes et plus archaïques, connues sous le nom de "psyché super-individuelle", ou encore "impersonnelle", Jung les a nommées l'inconscient collectif. C'est la psyché inconsciente commune à toute l'humanité ; Tout comme le corps humain révèle une anatomie commune, par-delà toutes les différences raciales, la psyché possède de son côté au-delà de toutes distinctions culturelles et conscientes, un substrat collectif, nous dit Jung. De plus, nous savons grâce à ce dernier que la psyché collective est la demeure des nombreuses images originelles, lesquelles ont servi depuis les temps les plus anciens notamment à la formation des représentations des Dieux et Déesses, alors même que ceux qui les ont pensées, soit les hommes primitifs, n'avaient jamais rencontré physiquement ces différentes représentations. De nos jours, le flot infini d'images et de formes de l'inconscient collectif émerge toujours à la conscience à l'occasion de rêves ou encore d'états mentaux anormaux.

Dans cet océan d'images, nous dit également Jung, ce sont formés les archétypes, sorte de silhouettes mortes, c'est-à-dire non vécues individuellement ; celles-ci sont semblables à des sédimentations d'expériences vécues. Jung utilise le vocable "sédimentation" ou celui de "précipitation" d'expériences humaines parce que la notion d'archétype amenée, par Jung, renvoie précisément au comportement humain qui se répète depuis des éternités. Les images mythologiques, par exemple, sont les marqueurs du condensé de la moyenne historique – autre expression que Jung utilise pour désigner le contenu de l'inconscient collectif – les plus notablement remarquables. L'inconscient collectif contient, donc, tout notre passé collectif non vécu, mais susceptible de produire des représentations, au sein duquel - et c'est précisément l'aspect de la psychologie jungienne qui m'intéresse le plus - pourra émerger le Soi [3]. Le Soi est exactement parallèle au "devenir ce que l'on est", c'est-à-dire au fait de devenir une pierre du grand édifice que constitue le tout vivant. L’on comprendra alors mieux, d’après ce qui vient d’être dit, pourquoi pour pouvoir devenir soi-même, nous devons aussi veiller à ne pas trop se laisser envahir par nos jérémiades égoïstes et ne pas non plus trop se murer dans le passé et les évènements personnels et/ou familiaux qui n'expriment que la petite partie de la personnalité.

Jung ne cessera de répéter, tout au long de son œuvre, que pour contacter notre soi, il faut plonger dans l'inconscient collectif - ce plongeon symbolique fait référence, bien évidemment, à la confrontation avec l'inconscient -
Dans cette idée, Jung conçoit l'inconscient comme une matrice créatrice d'avenir. Mais cela sous entend aussi que pour pouvoir en quelque sorte re-naître dans un futur indéterminé et à jamais indéterminable, car ici ce sont seules les lois de la Vie qui décident - il faut accepter de se perdre pendant un petit temps au moins, dans la mer parfois très dangereuse des forces irrationnelles et chaotiques – cette idée exprime d'ailleurs le célèbre "retour aux royaumes des mères" souligné par le Docteur Faust dans l'œuvre de Goethe – Le thème de la renaissance symbolique se trouve de même évoqué dans les textes de la Bible, à travers l'image de l'immaculée conception relative à la Vierge Marie. Puisque Jung n'a pas manqué de faire la remarque suivante[4] : La conception virginale signifie qu'un contenu de l'inconscient est né sans la participation naturelle d'un père humain (c'est-à-dire sans la participation du conscient).
Au passage, je signale, que là où la théologie chrétienne échoue à apporter une voie d'explication plausible et sensée aux grandes idées mystérieuses et étranges dont les textes sacrés sont pleins, la psychologie jungienne, unique dans son espèce réussie, je trouve, magistralement. Elle apporte enfin un sens profond et vivant, repérable dans son corps et dans sa psyché, aux différents thèmes et objets solennels présents dans toute croyance religieuse.

Enfin il importe de souligner que dans le Soi, réside notre "noyau divin". C'est pourquoi aussi les images de l'inconscient collectif possèdent une puissante force d'attraction et de fascination. Nous étudierons, bien entendu, cela avec plus de détails dans les prochains petits billets…



Notes
[1]Psychopathologie de la vie quotidienne – Edition petite bibliothèque Payot -
[2]Les complexes habituels de l’individu sont les points sensibles de la psyché contenant notamment des thèmes affectifs refoulés, susceptibles de provoquer des troubles permanents dans notre vie psychique, ou même les symptômes d’une névrose.
[3]Le Soi est l'archétype de la totalité transcendante.
[4]Lire "Métamorphose de l'âme et ses symboles" Edition Buchet/Chastel


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18 août 2006

Le monde de l'inconscient Jungien

«L’homme occidental devrait redécouvrir ces puissances psychiques au lieu d’attendre que ses humeurs, sa nervosité et ses idées insensées viennent lui montrer de la façon la plus douloureuse qu’il n’est pas seul maître dans sa maison »
On peut dire, à bon droit, que la découverte de l'inconscient freudien a permis que soit enfin prise très au sérieux la réalité de l'existence des profondeurs inconscientes de la nature humaine. Dans le monde d'avant Freud, qui se plaisait à exalter majoritairement les puissances de la réalité sensible, cette découverte a manifestement apporté beaucoup de bien. Certes, le sens de l'inconscient freudien est resté très confiné, notamment au rôle de siège des pulsions sexuelles. L'inconscient de Freud désigne, comme je l'ai déjà indiqué, exactement tout le refoulé, autrement dit les instincts et les pulsions non compatibles avec le comportement moral qu'exige de nous le conscient ; car ce fut là les attentes initiales de notre famille et de notre entourage. Freud concevait par exemple, la folie comme étant l'expression d'un dysfonctionnement des instincts qui aurait démarré à l'enfance. C'est un peu comme si les forces inconscientes, tenues trop longtemps à l'écart, se mettaient un beau jour, puis durant toute la vie, à dicter à la conscience certains comportements anormaux, ou symptômes énigmatiques [1]. Il n'est pas faux de dire que l'inconscient renferme des éléments psychologiques de la personne qui auraient été bannis à cause de l'éducation.
Toutefois limiter la conception de l'inconscient à l'activité plus ou moins perturbatrice et stagnante des pulsions sexuelles, relève sans doute d'un homme, Freud, qui n'a su, hélas, dépasser la problématique de sa propre psychologie personnelle. Car la sexualité n'est bien sûr, qu'un des instincts biologiques, à côté de pas mal d'autres. Pourquoi donc, l'inconscient désignerait-il les déroulements du destin de ce seul instinct ?

atlantis - Josephine WallIl en est tout autrement dès que nous abordons l'inconscient jungien. Beaucoup plus vaste et varié, ce dernier renferme absolument tout ce qui existe dans la nature humaine : aussi bien les vices que les vertus. "L' inconscient est neutre, il n'est rien que nature, aussi spirituel que chthonique" nous dit Jung.
Le problème est que l'on nous a longtemps habitués à rester très méfiant à l'égard de ce que l'on appelle la nature. "On" représente en premier lieu la doctrine chrétienne. N'enseigne-t-elle pas que la nature humaine est essentiellement mauvaise ? Mais même les psychologues les plus éclairés et avertis tel que Freud ont donné une idée fort désagréable des arrière-plans et des profondeurs psychiques qui dorment au fond de la nature humaine. Or, ainsi que l'indique Jung "l'esprit est rempli des plus étranges contradictions. Nous louons la "sainte maternité" et ne pensons pas à la rendre responsable de tous les monstres humains, criminels, aliénés dangereux, épileptiques, idiots, et infirmes.

Il est clair que la notion d'inconscient touche à des aspects totalement irrationnels de la vie. Croire en son existence implique d'admettre qu'une chose et son contraire puissent cohabiter ensemble et en même temps être issus d'une seule et même source. Autant dire que l'inconscient nous confronte à vivre des expériences et des situations qui sont aux antipodes de ce que notre raison consciente a l'habitude de rencontrer. C'est pourquoi, en général, la personnalité consciente a tendance à rejeter ce qui n'est pas accordé au rationnel ; parmi ces rejetons, donc, nous citerons l'inconscient et les phénomènes qui s'y déroulent.

Les contenus de l'inconscient
L'inconscient est infini, et nous ne pourrons jamais en déceler exactement la nature réelle. Toutefois, grâce aux très nombreuses années d'expériences psychologiques et psychiatriques accumulées par Jung et ses successeurs, nous savons sur lui, déjà beaucoup de choses.

Outre les tendances infantiles, fortement soulignées dans la théorie freudienne, et qui se trouvent effectivement fréquemment mises en plein relief [2], l'inconscient recèle "tous les matériaux psychiques qui n'ont pas atteint l'intensité qui permettraient de franchir le seuil du conscient". Ce seuil demeure infranchi, nous dit Jung, non pas uniquement à cause du mécanisme du refoulement, mais parce qu'aussi certains éléments n'ont pas atteint un niveau de tension psychologique suffisant dans le conscient. Ce pourquoi nous dit Jung, ces contenus ont glissé d'eux-mêmes, sous le seuil du conscient.

En résumé, se retrouvent dans l'inconscient[3], donc :

Les contenus inconscients accessibles : éléments dont nous pourrions tout aussi bien avoir conscience tels que : avoir conscience de la position de son corps dans l’espace, de certains gestes ou de certaines expressions de son visage. Il y a une foule de choses que nous faisons sans porter notre conscience dessus : regarder sa montre l’y ranger, fermer sa porte à clé...

Les contenus inconscients médiatement accessibles : les mots qu’on a sous le bout de la langue. Ou bien le nœud qu’on fait à son mouchoir. Ou bien quand l’inconscient se met à élaborer des souvenirs d’enfances à cause d’une sensation bien particulière.

Dans la catégorie des contenus inaccessibles, nous trouvons enfin,
- les souvenirs de l'enfances : "« la conscience enfantine, considérée avec le recul du temps, ressemble à un archipel d’images isolées émergeant des flots »".
- Les symptômes névrotiques qui indiquent la présence de contenus inconscients que le sujet ne peut ni préciser, ni définir.
- Des états dont on est la proie : des sentiments, des humeurs d’une tonalité bien déterminée mais difficiles à décrire car ils plongent leurs racines dans des sphères qui sont hors de portée pour la conscience
- Et enfin, ce qui n’a jamais été conscient ; un bon exemple en est : les idées créatrices qui jaillissent dans notre esprit.

à suivre...



Notes
[1]Il faut garder présent à l'esprit que c'est en tentant de remonter aux sources de la folie que Freud a découvert une justification détaillée à sa conception de l'inconscient.
[2]On parlera dans ce cas de "réminiscences de la vie infantile"
[3]source "Dialectique du Moi et de L'inconscient" & "l'homme à la découverte de son âme".



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12 juillet 2006

Les méandres de la découverte de l'inconscient Freudien

Kinuko Y. CraftMême s'il plaisait beaucoup à Freud d'être reconnu sous la bannière d'un très grand "découvreur", tout le monde sait cela à présent ; la découverte de l'inconscient ne date pas de lui. L'inconscient des philosophes s'est chargé bien avant Freud de faire entendre sa voix lointaine et profonde depuis l'arrière-plan de l'activité psychique consciente. Le savoir légué par de nombreux philosophes sur l'inconscient (Lire) a montré que ce dernier pouvait être vu soit comme une force vitale soit comme une absence de perception. D'aucuns diront que la signification à caractère mystique de l'inconscient, qu'elle soit d'hier ou d'aujourd'hui n'a pas grand-chose à voir avec l'inconscient tel qu'il fut invoqué par Freud. Etant admis également que l'inconscient tel qu'il est passé dans les moeurs d'aujourd'hui ne désigne pas non plus l'inconscient freudien. Ainsi sommes-nous en droit de nous demander : y a-t-il eu réellement une 'trouvaille' freudienne ? Si oui, quelle est-elle et comment est-elle arrivée ? À ces deux questions, je tâcherai de répondre dans ce qui va suivre.

Les débuts de la pratique
Les débuts de la psychanalyse et donc de l'hypothèse sur l'inconscient freudien doivent beaucoup à un stage déterminant que Freud effectua à l'hôpital parisien de la Salpêtrière où officiait le très célèbre neurologue Jean Martin Charcot. Cela se passait en 1885. Et à cette époque, dans le milieu psychiatrique l'on remettait souvent sur le tapis de la discussion les causes de l'hystérie[1]. La manifestation polymorphe des symptômes de cette drôle de névrose rendait difficile la probabilité d'une simple affection organique du cerveau comme cause et origine de l'hystérie. Maladie inclassable donc, qui plongeait les malades dans des états particulièrement bizarres et énigmatiques, l'hystérie et ses symptômes physiques - comme la perte de connaissance, le raidissement du corps, les grimaces théâtrales finissaient par trahir aux yeux des psychiatres l'expression d'exagérations et de simulations intentionnelles. D'ailleurs pour "punir" de leur soi-disant- mensonges, ces malades, les psychiatres en vinrent à se désintéresser peu à peu d'eux. Sauf Charcot qui prit par contre leurs cas très au sérieux. Au départ, ce dernier donnait comme cause des symptômes pathologiques de l'hystérie la dégénérescence d'origine héréditaire du système nerveux. Or, comme on pouvait faire apparaître et disparaître les symptômes de ce tableau clinique - surtout les paralysies – lorsque le patient était en état hypnotique, il devint évident que l'origine des symptômes de l'hystérie devait provenir non pas de causes organiques, mais de causes entièrement psychologiques.

Voici ce qu'écrivit Freud à sa fiancée le 24 novembre 1885 : "Charcot, qui est l'un des plus grand médecin et dont la raison confine au génie, est tout simplement en train de démolir mes conceptions et mes desseins. Il m'arrive de sortir de ses cours comme si je sortais de Notre Dame, tout plein de nouvelles idées sur la perfection…La graine produira-t-elle son fruit ? Je l'ignore ; mais ce que je sais, c'est qu'aucun autre homme n'a jamais eu autant d'influence sur moi."

Exalté par les théories de Charcot, Freud décida donc d'ouvrir son cabinet médical, et de pratiquer l'hypnose sur ces patients, cela contre l'avis même des maîtres viennois qui voyaient d'un très mauvais œil les travaux que menait le neurologue parisien. Quelque temps plus tard, même si Freud s'irritait souvent de la précarité des résultats qu'il obtenait dans sa pratique, il put toutefois étudier plusieurs cas cliniques devenus fort célèbres [2] qui le mirent, lui et son ami médecin et psychiatre Breuer, sur la voie d'une très grande découverte pour la nouvelle psychologie : "la cure par la parole", dite aussi la méthode cathartique[3]. En effet, un jour une de ses patientes lui suggéra de la laisser parler librement. Freud accepta, l'écouta et pu ainsi découvrir chez sa patiente que la verbalisation de l'affect et des émotions, jusqu'alors oubliées et que seule l'hypnose permettait de révéler, pouvait lui apprendre tout ce qui était nécessaire de savoir pour pouvoir traiter le problème de sa malade, notamment l'existence du lien entre le traumatisme et les symptômes récurrents.

Freud découvrit qu'en fait, l'hystérie provenait de blessures psychologiques dont l'impression pénible dit aussi affect[4] restait à l'état inconscient pendant de longues années. En clair, l'hystérique souffre de vieux souvenirs traumatiques oubliés et devenus des idées fixes à l'insu même des malades. Comme cause du trauma psychique, il pouvait s'agir par exemple d'une grosse frayeur, de la disparition d'un proche ou de tout évènement pénible survenu dans l'enfance. À un moment ou à un autre, les souvenirs pénibles et oubliés reviennent à la surface sous la forme de symptômes… Le symptôme venant signifier, dans ce cas, la présence de résidus émotifs de tout l'affect bloqué c'est-à-dire non liquidé. Car Freud a montré également quel mécanisme précis présidait à la formation des troubles psychiques et physiques dans la névrose d'hystérie, mais qui est valable également pour tous les gens normaux. En quelques mots, lorsque, chez le malade, l'évènement déclenchant - le traumatisme psychique donc - a pu provoquer ou déclencher chez lui une réaction d'énergie[5], par exemple une crise de larme, ou une décharge de colère ; alors seulement, l'évacuation d'une grande partie de l'affect déplaisant pouvait avoir lieu. Aprés cela, normalement aucun futur symptôme d'hystérie n'auvait de chance de se manifester.
Par contre, si l'affect est resté attaché aux souvenirs, s'il n'y a eu aucune décharge, par exemple si on n'a pas pu se venger, ne fut-ce qu'en paroles - si on a rien pu dire suite à une très grosse déception ou humiliation – dans ce cas, aucun effet réellement cathartique ne saurait être engrangé. Cela signifie que les souvenirs endossant une lourde charge émotive sont susceptibles alors de provoquer l'apparition de phénomènes hystériques.

J'ai fait le choix de faire quelques petits arrêts sur image sur le cheminement de l'étude de l'hystérie - lire pour plus d'arrêts encore le livre "Etude sur l'hystérie" de Sigmund Freud et Joseph Breur, Ed. Puf - car il est clair que ces études ont joué un rôle capital dans la genèse des présuppositions d'idées qui constitueront la base du développement de la psychanalyse. De plus ce cheminement de la découverte des causes de l'hystérie constitue, bien entendu, l'échelon initial de la méthode psychanalytique que Freud mettra au point touche par touche.
Il ne fait aucun doute que la preuve sur l'existence de l'inconscient fut apportée à Freud par l'hypnose. Car si, en état d'hypnose, le malade se souvient d'incidents ou de scènes douloureuses qu'il oublie aussitôt lorsqu'il redevient conscient, cela prouve alors (pour Freud) que l'inconscient existe bien.
L'inconscient freudien est donc l'endroit où sont stockés tous les souvenirs pénibles. Il contient tous les contenus mentaux refoulés, oubliés parce que bannis par l'éducation. Il est tout "le retenu", tout ce que l'on garde en soi. Ce contenu finissant un jour ou l'autre par créer des symptômes[6] ; voilà ce que nous ont appris les premières trouvailles freudiennes.

La découverte du refoulement
Mais les conclusions de Freud font également ressortir le constat suivant : les malades, à l'état de veille, n'ont jamais consenti facilement à livrer leurs souvenirs traumatisants et inconscients. Cela ne manqua pas de suggérer à Freud l'idée qu'il devait exister une force psychique qui cherche à s'opposer à la prise de conscience par le malade de la représentation pathogène, dès lors que l'on essaie de ramener à sa conscience des souvenirs inconscients. "Cette force qui maintient à l'état morbide, on l'éprouve comme une résistance opposée au malade". Freud a appelé ce processus psychique que lui a permis de découvrir l'hystérie "refoulement"
Selon Freud encore, "Les mêmes forces qui aujourd'hui s'opposent à la réintégration de l'oublié dans l'inconscient sont assurément celles qui ont, au moment du traumatisme, provoqué cet oubli et qui ont refoulé dans l'inconscient les incidents pathogènes". En d'autres mots, cette force de répulsion est celle-là même qui s'est manifestée par un rejet lors de la genèse du syndrome.
Il semblerait en dernière analyse, que ce processus inconscient fait à la fois de rétention et de rejet des souvenirs se maintient tant que ce qui doit être su par le conscient ne se passe pas alors que c'est lui-même, le conscient, ou encore ce que Freud à appeler "la censure", qui l'empêche de passer.
Nul doute que l'inconscient de Freud constitue le pire ennemi et adversaire du développement conscient des hommes. Quelle différence avec l'inconscient de Jung, chez lequel les deux, le conscient et l'inconscient existent dans un rapport permanent d'équilibre et de compensation !

L'hégémonie de la sexualité
Enfin, le dernier aspect des découvertes freudiennes d'importance est la question sexuelle. Freud en 1895, a finalement rectifié l'hypothèse d'une origine traumatique de l'hystérie. En effet, les découvertes qu'il réalisa toujours à partir de l'observation de nombreux cas cliniques ainsi que celles qu'il fit au cours de son auto-analyse, l'ont conduit à cesser de voir comme facteur déclanchant des symptômes hystériques des évènements traumatiques banals ; à la place il vit l'intervention d'évènements sexuels. Voici un court extrait de ce qu'il écrivit à son ami Fliess :
"J'ai trouvé en moi des sentiments d'amour envers ma mère et la jalousie envers le père, et je pense maintenant qu'ils sont un fait universel de la petite enfant. Si c'est ainsi, on comprend alors la puissance du roi Œdipe".
Il constata de même chez ses patients, qu'à la source de tout traumatisme psychique on retrouve en général, toujours bien enfouis, des évènements sexuels remontants de la petite enfance.
Freud signale aussi :"A savoir que ce sont les désirs inéluctables et refoulés de l'enfance qui ont prêté leur puissance à la formation de symptômes sans lesquels la réaction aux traumatismes ultérieurs aurait pris un cours normal."
Cette phrase de Freud est très importante, car elle explique qu'en somme c'est parce qu'il existe tout au fond de la personne une vieille tendance au refoulement sexuel que le traumatisme actuel ne peut être liquidé normalement. En somme la source du traumatisme psychique réside pour Freud toujours dans le passé de l'enfance au cours duquel les fixations infantiles et les désirs d'inceste ont pris racine. L'inconscient freudien se trouve toujours mis en rapport avec le passé personnel des malades de même qu'avec un lieu depuis lequel la sexualité semble tout orchestrer d'une main invisible aux yeux du malade. C'est elle, la sexualité qui cause la maladie des hystériques, de même que c'est elle qui constitue un facteur motivant pour le rejet et le refoulement de certaines représentations – que Freud choisit de nommer également la libido interdite car refoulée hors du champ de la conscience. À ce stade du déroulement des découvertes freudiennes, les deux piliers de la psychanalyse étaient posés : la théorie de la sexualité infantile et la théorie du refoulement.

En résumé la vision freudienne fait ressortir que : La vie psychique est gouvernée par des pulsions primaires –parmi lesquelles la sexualité tient une place centrale. Ces pulsions sont gouvernées par le seul principe de plaisir, c'est-à-dire qu'elles ne visent qu'à leur réalisation.. À la petite enfance, le petit garçon manifeste le désir de posséder sa mère et tuer son père dont il est jaloux. Mais cette pulsion se heurte à un interdit, interdit qui se manifeste au niveau du psychisme lui-même sous forme d'une censure. Refoulé dans l'inconscient des désirs latents s'expriment sous des formes détournées à travers les rêves, les actes manqués, ou les mots d'esprits. Si ce conflit entre les pulsions et les forces de répulsion est trop fort, cela produit des troubles névrotiques (hystérie, paranoïa, phobie, etc) -source SH n°113-

Le rejet de l'inconscient
En 1920, Feud propose à nouveau une refonte totale de sa théorie. Ce moment a été appelé la seconde topique. A l'intérieur de celle-ci, il modifie d'abord la théorie des pulsions. Désormais ce n'est plus les pulsions sexuelles (Eros) répondant au principe de plaisir, qui mettent en mouvement toutes l'activité psychique de l'individu ; Freud voit à présent l'action concomitante de Thanatos, la pulsion de mort qui vise la destruction de l'individu et la répétition compulsive des scènes traumatiques.

Il modifiera également sa conception structurale de l'appareil psychique. Il propose d'abord d'abandonner la notion d'inconscient conçue comme le réservoir de tout le refoulé, parce qu'il estime cela trop ambiguë. Il préfère lui substituer le système suivant : préconscient/conscient/inconscient. Le préconscient figure une sorte d'inconscient latent qui se transforme aisément en conscient. Là stationneraient tous les produits de la censure. Alors que l'inconscient proprement dit, dit aussi le ça ou le réservoir des pulsions, ne deviendra pratiquement jamais conscient..

Il continuera néanmoins à apporter d'autres réaménagements à sa théorie, puisqu' à partir de 1923, Freud va souligner qu'on a tort d'assimiler le "réservoir des pulsions" (la libido, l'agressivité, l'auto-concervation ou destruction) à un état mental donné : celui d'être non conscient. Car certaines de ces pulsions primaires sont ou peuvent devenir conscientes. N'est-ce pas justement le rôle de l'analyse de les mettre à jour ? Inversement, certains mécanismes mentaux peuvent être inconscients sans appartenir au registre du pulsionnel. C'est le cas du moi et du surmoi. Qui échappent à la conscience de l'individu. En remplacement de l'ancienne théorie, il propose donc un modèle qui comprend 3 instances : le ça [8], le surmoi [9] et le moi [10] qui peuvent être inconscients ou non.

à suivre...


Notes
[1] Le terme d'hystérie date de la médecine grecque antique, et signifie étymologiquement "utérus". Pour Hippocrate, c'est une maladie liée à une migration de l'utérus dans le corps. Elle affecte plutôt les femmes insatisfaites sexuellement. La médecine du 19ème siècle conserve le vieux terme grec, mais la transforme en maladie de l'encéphale ou des nerfs, c'est-à-dire une "névrose" dans le vocabulaire de l'époque.
[2] Il y eut le cas d'Anna O suivi par son ami le docteur Bleuer, les cas d'Emmy von N, Katharina, Elisabeth Von R, Dora…
[3]Du grec Katharsis : purgation, purification.
[4]L'affect correspond à une souffrance endurée sans riposte possible ;
[5]On dit dans ce cas, qu'il y a "acte d'abréaction". Exemple d'acte d'abréaction = les plaintes, la révélation d'un secret pesant (confessions), réaction par la parole par l'acte, la parole et par les larmes. Si l'abréaction ne se produit pas, l'évènement concerve toute sa valeur affective.
[6]Aujourd'hui quand survient ce type de symptômes, nous parlerons plus volontiers de maladies psychosomatiques.
[7] Selon Freud, dans l'hystérie, et tout particulièrement dans toutes les névroses, les symptômes morbides seraient liés à la vie amoureuse. Mais de cela, les malades n'aiment guère parler : écoutons Freud lui-même nous expliquer cela : "L'attitude des malades ne permet guère, il est vrai de démontrer la justesse de ma proposition. Au lieu de nous aider à comprendre leur vie sexuelle, ils cherchent, au contraire, à la cacher, par tous les moyens. Les hommes, en général, ne sont pas sincères dans ce domaine. Ils ne se montrent pas tels qu'ils sont ; ils portent un épais manteau de mensonges pour se couvrir, comme s'il faisait mauvais temps dans le monde de la sensualité. Et ils n'ont pas tort ; le soleil et le vent ne sont guère favorables à l'activité sexuelle dans notre société ; en fait, aucun de nous ne peut librement dévoiler son érotisme à ses semblables."
N'oublions pas que Freud fit ces remarques en 1893, sous l'influence certaine d'une norme morale qui engonçait fortement la société d'alors par des mœurs presque pas du tout relâchées.
[8] Le ça est le réservoir des pulsions archaïques, c'est un chaos, une marmite pleine d'émotions bouillantes. Et dont les pulsions sexuelles et agressives sont les principales sources.
[9]Le surmoi se forme au cours de l'enfance par l'intériorisation des interdits et des règles morales léguées par les parents.
[10] Le moi joue enfin le rôle d'intermédiaire entre le ça et la réalité.



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