26 juin 2006

Tous ces inconscients* en nous

Celestial apparition Jonathon-earl-bowserDans ce petit billet, nous allons plus particulièrement nous intéresser à l'esprit : l'esprit conscient et son contraire l'esprit inconscient. Comme cela a été vu précédemment, s'il est une tendance qui marque bien la démarche des chercheurs d'aujourd'hui c'est l'intérêt que ceux-ci portent au cerveau, autrement dit à la matière. Leurs recherches font apparaître que c'est notre cerveau qui sécréterait la pensée ou l'esprit. Puisque, sur la question, leurs tâches consistent pour l'essentiel à trouver quel marqueur biochimique irait avec telle ou telle production de l'esprit. La conception de l'esprit humain comme n'étant rien d'autre qu'un effet biochimique relève de la discipline que l'on nomme les neurosciences, et je dirais cela témoigne ipso facto d'une psychologie sans âme. L'esprit d'ailleurs pour les neuroscientiques est considéré comme étant une simple fonction mentale au même titre que la mémoire, la perception, l'attention, le langage etc, - et non bien sûr comme une totalité à laquelle la conscience serait subordonnée -. Cette tendance matérialiste et restreinte prouve bien que les conceptions modernes sur l'esprit visent toujours, hélas, à découvrir une manifestation extérieure et compréhensible rationnellement dudit esprit.
Pourtant après la découverte freudienne de l'inconscient nous savons tous que l'homme, pour comprendre les mécanismes de la conscience humaine, est désormais invité à regarder tout au fond de lui-même. Avant Freud, les seules études sérieuses se fondant sur la connaissance intérieure, ou la connaissance de soi par soi, ont été menées par la psychologie introspective qui a vu le jour à partir du XVIIe siècle. Cette dernière posait l'intérieur de l'homme comme un existant vrai et réel. Aujourd'hui, l'introspection n'a plus la côte au sein des chercheurs psychologues. Toutefois, il est à remarquer que la définition du mot conscience retenue par les psychologues d'aujourd'hui plonge ses racines dans les thèses des partisans de l'introspection ; en effet, la conscience qu'étudient les psychologues correspond à cette faculté en soi qui donne le sentiment d'être une personne qui pense, qui agit, qui perçoit qui parle, se souvient etc…c'est ce que l'on nomme encore, la conscience réflexive, ou le cogito qui est apparu avec Descartes.
"Il ne peut rien avoir en moi dont j'ai conscience" avançait le grand philosophe français. En conséquence et suivant ses propres vues, tous les produits de l'esprit sont nécessairement connaissables. Descartes disait encore autre chose : "Je n'ai besoin d'aucune référence à mon corps pour me penser existant" . Autrement dit, "la chose qui pense" ne pouvait avoir, pour Descartes, aucun lien avec le corporel. De là découle l'antique dualité bien connue de l'âme et du corps.

Par cette idée, l'existence d'un inconscient, non pas psychique, mais purement physiologique et à ranger du côté du corps, devenait envisageable. On peut dire, à bon droit, qu'avant Freud, l'impérialisme de la conscience a servi à ouvrir une voie à la vie d'un inconscient, voie où vague sur laquelle Freud n'a pas hésité un seul instant à surfer, il faut le dire. Au vrai, les tous débuts de la recherche concernant la notion d'inconscient remontent aux intuitions des mystiques antiques, tel que Saint Augustin. Puis la notion d'inconscient s'est précisé grâce aux contributions des grands philosophes allemands de l'époque post-kantienne, tels que Schopenhauer, Carus, Van Hartmann. (Voir la liste des découvreurs de l'Inconscient)

Le développement ultérieur de la notion d'inconscient est dû en majeure partie à Freud. Bien qu'il y ait eu, à la même période, un inconscient "imaginé" par les romantiques qui n'a absolument rien à voir avec l'inconscient freudien, et qui est passé pour autant que nous puissions nous permettre d'en juger, inaperçu. Je reviendrai à cette question dans le prochain petit billet.
Quant à l'inconscient des psychologues, il s'est imposé à peu près au même moment à travers l'œuvre de Pierre Janet, Auguste Forel, Théodore Flournay, Morton Prince ….

Enfin un nouvel inconscient est en train de faire son apparition en prenant une nouvelle forme. Il s'agit de l'inconscient des sciences cognitives, dit l'inconscient cognitif. Cet inconscient englobe le fait de percevoir, d'apprendre et de résoudre des problèmes sans en avoir conscience.

Mais dites-moi, tous ces inconscients pour un seul cerveau, cela ne fait-il pas beaucoup ?

Mais surtout, l'esprit et l'âme* dans tout ce trafic que sont-ils devenus ?
Ont-ils vraiment été étudiés à la lumière de l'expérience humaine, tel que le fit Jung qui propose lui de ne pas dissocier la notion d'esprit de celle de la vie. "L'esprit est le résumé de la nature psychique" nous dit-il. Cela veut dire que ce que nous pouvons raisonnablement connaître de l'esprit passe par le psychique ; ce psychique qui est directement connaissable par la conscience.
Nous verrons aussi que la nature psychique a besoin d'un corps pour s'exprimer notamment en image. Comme le corps a besoin du psychisme pour exercer son activité de vie. Vie et esprit font partie d'un seul état de fait. Jung propose également de regarder l'esprit comme une conscience supérieure. La notion d'esprit, pour Jung implique en effet, que nous lui reconnaissions une supériorité sur le moi conscient. Et c'est cette conscience supérieure que Jung appelle l'inconscient. Plus précisément, il la nomme l'inconscient collectif, en ce sens qu'elle est aussi l'âme supra-individuelle, ou encore un océan d'images et de formes, par opposition à l'inconscient personnel, qui lui est superficiel et relatif.
Jung propose en somme de considérer l'esprit comme une totalité psychique ou matricielle dans laquelle l'unité du conscient et de l'inconscient tend à se former car la psyché est nécessairement de nature spirituelle.
En somme la psychologie de Jung est incontestablement une psychologie de l'âme reposant sur le postulat d'un esprit autonome pris comme un fait réel d'expérience, et non comme une banale sécrétion cérébrale. Partant, le critère de vérité pour toute connaissance de soi cesse d'être dans la dépendance d'un système de calculs aléatoires et normalisés pour venir s'appuyer uniquement sur des perceptions vraies ou tout du moins toujours plausibles (images, connaissance et intuition) en provenance de l'âme. C'est pourquoi, c'est elle, l'âme que tout ami ou médecin de l'humain, devrait aimer et accompagner vers sa délivrance dans un monde difficile parce que trop handicapé par le règne du matérialisme scientifique qui n'en finit plus d'exister.

*L'inconscient physiologique, l'inconscient métaphysique, l'inconscient romantique, l'inconscient psychologique, l'inconscient freudien, l'inconscient cognitif, l'inconscient collectif.
A l'évidence, et je ne suis pas la seule à le penser, l'étude de la conscience a beaucoup moins attiré de chercheurs que l'étude de l'inconscient.
* Souvent d'ailleurs on emploie le mot "esprit" en le confondant avec celui d'âme


à suivre...


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23 mai 2006

Les multiples chemins de la connaissance

Dans mes deux derniers petits billets, j'ai évoqué très obliquement les vastes étendues des domaines couverts par la psychologie universitaire et la psychologie pratique, toutes deux occupant le paysage actuel de la connaissance psychologique de l'homme ; ce découpage ne va pas sans nous rappeler le très connu clivage, psychologie scientifique/psychologie clinique, dont l'approche expérimentale chez la première est proche de la biologie, et chez la seconde de la métaphysique. Je me suis un peu plus attardée sur le cas à part que représente la psychanalyse en ce sens qu'elle est la discipline qui embrasse le mieux les problèmes profonds que soulève l'étude de l'âme humaine. Partant, je ne suis, volontairement, toujours pas entrée dans le vif du sujet concernant la psychologie jungienne qui comme vous le savez m'intéresse à plus d'un titre. La raison en est fort simple : je ne désire pas pénétrer trop vite au cœur même des notions qui fondent la psychologie de Jung pour ne point trop donner à croire à notre imagination vagabonde que nous sommes déjà partis vers notre soi – une personnalité globale et mieux intégrée - alors qu'à la base aucun vrai départ n'a été enregistré. En effet, le grand voyage qui doit normalement conduire au "grand soi" et par là même à la connaissance des grands archétypes commence par la traversée initiale de l'inconscient personnel. L'inconscient personnel contient tous les complexes*, ainsi que l'ensemble des éléments que nous avons refoulés du conscient. En somme, l'inconscient personnel correspond en grande partie à cette figure qui apparaît souvent dans les rêves et que Jung a appelé l'ombre. De plus, nous savons également que l'inconscient personnel reste profondément marqué par la relation intime que nous avons eue avec nos parents. J'ai retrouvé à ce propos dans la préface écrite par Roland Cohen et consacrée au livre de Jung, L'homme à la découverte de son âme – éd Albin Michel -exprimé très clairement ce que je pense sur le sujet :

"Si un jungien doit savoir être aussi freudien et adlérien, c'est d'abord pour éviter des malentendus ; il est des esprits qui en s'emparant de Jung et de son œuvre espèrent retrouver une solution de facilité, dans un sens de couardise, pour ne pas dire de lâcheté. Sauté par exemple directement sur le plan des archétypes en espérant ainsi, grâce à cette espèce de charme et d'onction qui émane des idées éternelles, pouvoir court-circuiter les plans de l'ombre, les plans du marécage qui existent en chacun et qui, plans de l'inconscient personnel, correspondent en bref au plan freudien (l'éternel drame "papas, maman, la bonne et moi" comme le disent les humoristes"), serait la source des plus graves malentendus".
*Complexe : Ensemble idéo-affectifs à fortes charges émotionnelles, les complexes sont des constituants normaux de la psyché


L'histoire des idées psychologiques

La psychanalyse, donc, comme cela a été dit, s'est fixée comme objectif de conduire l'analysant au bien-être par le rétablissement d'un accord harmonieux entre lui-même et la réalité.
William Blake, Origine du mondeJe propose de regarder à présent comment historiquement les savants et les penseurs ont contribué à faire progresser la vision humaine du monde réel. En effet, avec l'apparition de la pensée indépendante des choses extérieures, autrement dit après l'époque de l'union religieuse de l'homme avec la nature, s'est exprimé le besoin typiquement humain de réfléchir et de produire des idées sur le monde. Des idées, notamment, sur la manière dont le monde paraissait concevable : Qu'est-ce-que le monde ? Comment connaître le monde réel ? Quel ordre rechercher ou bien inventer ? Comment connaître le fondement vrai des choses de ce monde ? Ce désir dans l'homme de connaître devenu manifeste de très bonne heure d'abord au moyen d'idées rendues autonomes doit sans doute son existence à la présence dans l'homme d'une dose conséquente de crainte et d'angoisse ; crainte de la souffrance et de la mort, angoisse de devoir vivre dans un monde d'incertitude. Le désir de connaître est né également du goût naturel qu'ont développé les humains pour les choses qui aident à mieux diriger sa vie dans le monde.
Les premières conceptions philosophiques sur le monde conçues comme un tout tombèrent dans la Grèce Antique dés le VIème siècle av Jc. Et donnèrent naissance aux grands systèmes philosophiques qui influencent encore aujourd'hui nos grands systèmes de penser. On a l'habitude, d'ailleurs, pour revenir à la psychologie, de considérer que la philosophie étudie le monde et la psychologie l'âme. La ressemblance entre ces deux disciplines reste, bien entendu, très forte. Puisque les deux tentent de produire différentes opinions sur des thèmes plus ou moins abstraits. Jusqu'au début du XXème siècle d'ailleurs, la psychologie formait une partie de la philosophie. La psychologie depuis revendique haut et fort son autonomie, toutefois, il faut bien garder présent à l'esprit que la plupart des questions d'ordre psychologique que se pose la psychologie contemporaine sont issues des grands débats philosophiques fondateurs.

Les conceptions philosophiques qui ont le plus marqué l'esprit des Occidentaux sont celles de Platon et d'Aristote : le premier, grand philosophe idéaliste, considérait que la vraie réalité résidait dans le monde supérieur des essences, un monde lointain et inaccessible par les sens. Platon imagina un second monde, celui dans lequel nous vivons, qu'il voyait comme secondaire voire illusoire. Ces deux composantes du monde antique, la rationalité - c'est-à-dire le monde sensible qui se manifeste au sens et l'irrationalité - c'est-à-dire le monde latent constitué de vérités issues d'un monde supérieur - n'ont pas perdu de leur fraîcheur puisqu'elles sont en rapport avec les grands sujets en débat qui animent encore aujourd'hui la psychologie contemporaine.

Un peu plus tard, nous verrons que dans l'Occident chrétien et ce jusqu'au XVIe siècle, à l'opposé des conceptions hellénistes qui décrivaient l'existence de deux mondes bien distincts, les penseurs de l'époque chrétienne virent la jonction qu'il existait de manière permanente entre le monde sacré de Dieu et le monde sensible. Les deux mondes communiquaient, selon eux, en permanence ; Dieu était en quelque sorte, pour les théologiens de l'époque médiévale, celui qui pouvait intervenir dans ce monde pour rétablir l'harmonie par exemple.
L'autre point que nous soulignerons est que pour le théologien Saint Augustin, le monde sensible constituait une illusion tant qu'il n'était pas éclairé par la foi.

Quelques siècles plus tard, les rationalistes, tel que Descartes par exemple, vont croire eux en l'existence d'une raison plus ou moins divine ; pour la mentalité rationaliste, si nous voulons connaître la vérité sur le monde nous devons nous référer à la Déesse Raison.
S'ensuivra derrière notamment la venue des idées de Newton (personnage érudit qui a mathématisé l'astronomie) l'affirmation d'une connaissance qui ne peut résulter seulement de l'expérience de la réalité que nous faisons par les sens ; autrement dit c'est dans la perception du monde que nous découvrons des vérités sur le monde, non en nous même – et non plus par l'exercice de la raison, ainsi que l'affirmait Descartes.
Après les idées de Newton, le recours à la quantification et à la mesure devint indispensable pour la saisie du monde réel.

Il est clair que les grandes idées de la psychologie contemporaine sont nées de l'influence qu'ont exercé sur elle, la philosophie, puis la théologie, et plus tard les idées scientifiques.
En fait, le développement des phénomènes psychologiques n'est pas soumis à un ordre linéaire et prévisible ; il varie constamment en fonction de l'histoire culturelle, et surtout tant que l'on s'en tient à une psychologie "idéologique", il est soumis aux idées collectives dominantes du moment. Par exemple si nous nous référons au domaine d'exploration privilégié actuel, qui est celui de la psychologie cognitive - psychologie qui a le vent en poupe - où le sujet humain est pensé à l'image d'un ordinateur, comme un système de traitement de l'information ; le lien évident qui existe entre les idées du modèle cognitif privilégié et le développement actuel des nouvelles technologies de communication saute ici aux yeux.

Mais comme je ne veux pas m'éterniser sur la très longue liste qui vous fatiguerait vite d'idées psychologiques prises au piège du contexte socioculturel, mon exposé sur le développement de la psychologie idéologique se bornera à vous communiquer le bref aperçu historique dont je viens de vous brosser un grand tableau en quelques lignes à l'instant. La psychologie analytique de Jung offre, selon moi à la connaissance du monde et de l'homme, des descriptions beaucoup plus inclusives, et profondes, et qui tiennent compte surtout d'un principe spirituel tout aussi inaccessible et énigmatique, du reste, que celui qui constitue la matière. C'est pourquoi je m'intéresserais bientôt uniquement à cette psychologie mais seulement après avoir tracé dans le prochain petit billet, l'histoire de la découverte de l'inconscient personnel inauguré par Freud.


L'animisme :

Connaître par l'ordre subjectif

"L'homme archaïque se contente de faire, seul l'homme civilisé sait ce qu'il fait".

Arborigènes mimant leur totemCette phrase de Jung résume bien la différence majeure du type de démarche psychologique qui peut s'observer entre l'homme dit primitif et nous, l'homme pensant.
L'homme primitif n'a, certes, pas atteint notre degré de différenciation psychique. Il s'est développé en quelque sorte, à l'envers de nous ; sa pensée et toute sa sensibilité lui sont quasiment inconscientes, vu qu'il n'a pas opéré de séparation entre le psychique subjectif (sa psyché, et sa vie mentale) et l'objectif naturel (tous les objets matériels en dehors de lui). Voilà pourquoi, l'homme archaïque ne distingue pas non plus son monde intérieur du monde extérieur.
L'animisme est le terme technique qui désigne la croyance aux âmes et aux esprits. Si L'homme archaïque voit des âmes et des esprits partout, c'est parce qu'en fait, , il projette sa propre activité mentale inconsciente, donc, sur les objets du monde ; les deux n'étant pas séparé, comme je le disais. Sa vie psychique apparaît en quelque sorte dissimulée au-dehors ou autrement dit dans tous les objets matériels ; les animaux, les arbres, les plantes, les montagnes. Quand une fraction essentielle de son âme est projetée sur une personne, on dit que cette personne acquiert une efficacité extraordinaire, on l'appelle également une personnalité mana*, et elle devient, soit Lou garou, soit sorcier, soit magicien, c'est-à-dire quelqu'un doué de force magique ; cela, parce qu'elle renferme une part essentielle de la vitalité psychique de celui qui projette. La projection de la psyché sur les objets, les choses et les personnes par les hommes primitifs, Lucien Lévy-Bruhl l'a appelée la participation mystique.
Ce que peu de personnes savent et reconnaissent, c'est que la projection psychologique des primitifs est un phénomène ordinaire, s'exprimant même chez l'homme rationnel ; simplement, en général nous ne croyons pas que cela puisse véritablement nous concerner.
Revenons à notre aperçu historique ; la conception primitive permet de voir que l'homme qui vivait dans la matrice de la nature se contentait, en fait, de l'interroger pour connaître, mais qu'en fait c'est lui-même et tout particulièrement son intérieur qui produisait les réponses. C'est pourquoi aussi l'homme primitif reste en grande partie dominé par ses peurs et ses angoisses intérieures. De sorte que nous pouvons dire que la différenciation psychique représente une avancée formidable et indispensable pour le bien-être de l'esprit humain.

* le mana correspond à l'énergie qui agit et qui produit des effets extraordinaires, ou magiques. On parlera de personnalités mana.


Le platonisisme et l'aristotinisme grec :

Connaître par l'ordre spirituel ou par l'ordre physique ?

Platon&AristotePlaton et Aristote sont deux figures importantes de l'Antiquité qui illustrent des tendances opposées dans leur conception de la vérité. Le premier était tourné vers le ciel, l'autre vers la terre. Comme cela se dit souvent, nous sommes, en fait, leurs enfants : "leur empreinte est visible dans nos manières de penser, de classer, de conduire un débat".

Platon, le célèbre philosophe idéaliste imagine un monde séparé qui correspond à sa théorie des deux mondes. Pour Platon, le premier est le monde sensible, monde dans lequel nous vivons et qui renferme toute la nature que nous voyons, tous les corps, toute la matière. Ce monde embrasse l'ensemble du domaine visible. Mais aux yeux de Platon, cet univers est illusoire, passager, secondaire. Ce n'est que le second monde - c'est-à-dire celui du domaine invisible- qu'il nomme le monde intelligible ou de essences et qui détermine et dicte ce que doivent devenir les formes matérielles passagères et illusoires. Le monde intelligible est aussi appelé le monde des idées - voire la théorie des Idées de Platon - Le vrai monde pour l'univers platonicien ressemble à un cosmos, à une harmonie naturelle où se tient le bien, le vrai et le beau ;
Chez Platon, les Idées représentent en somme la forme la plus élevée de la connaissance véritable. Seule l'âme les connaît, car elle a séjourné dans le monde intelligible au cours d'une existence antérieure. Mais elle les a oubliées en ré- entrant dans le corps physique.
La "dialectique" de Platon est précisément une technique fondée sur le dialogue qui permet de mettre en lumière les Idées qui sont restées longtemps plongées dans l'obscurité, autrement dit dans l'âme.

Aristote, à l'inverse des conceptions idéalistes de Platon, est un philosophe grec réaliste qui a été vingt et un an durant, le disciple de Platon. Il fut aussi son adversaire le plus critique et le plus redoutable ! Rien de plus normal, Aristote incarne le pôle intellectuel opposé à celui de Platon. Les deux signent, en fait, le clivage théoricien contre pragmaticien. En effet, si Platon, le philosophe toujours en quête de perfection divine, invente une figure du bien si haute et si lumineuse qu'on ne peut la décrire, Aristote ventera lui le bien humain qui est "activité de l'âme" sur cette terre. Aristote va s'appliquer en fait, à trouver en ce monde, "l'universel, dans ses régularités et ses lois", d'où son esprit organisateur et classificateur qu'on lui connaît ; il se livre avec soin à la recherche d'un dieu caché dans la matière, un dieu des formes qui modèle éternellement la matière. Car pour Aristote, l'âme correspond à la forme, c'est-à-dire à ce qui doit devenir. L'âme et le corps deviennent complémentaires selon ses vues, puisque l'âme se voit dans la forme du corps. Pour Aristote, chaque objet individuel, doit se conformer à sa forme, autrement dit à son destin, à son avenir dicté par la matière. Le déploiement de l'essence -ou l'âme- dans la matière, Aristote le nomme l'entéléchie, ou réalité complète – mot qui vient du grectélos qui veut dire, but, ou ce qui est réalisé-
En somme, la métaphysique d'Aristote nous dit que le bien souverain n'est pas à rechercher dans une quelconque région transcendantale du monde qu'aurait imaginé Platon, mais qu'elle naît plutôt du "seul contact entre les hommes libres".


L'époque préchrétienne et médiévale :

Connaître par la foi et la croyance

L'autre berceau au sein duquel vont naître les problématiques et débats constitutifs de la psychologie est celui de la théologie médiévale.
La création Adam et Eve chassés du paradie ChantillyMais pour pouvoir satisfaire l'exigence de clarté que réclame ce passage de l'histoire, nous nous devons de remonter à la source des évènements qui ont provoqué l'installation du christianisme comme religion d'État et ce jusqu'au haut Moyen âge au moins. À strictement parler, la théologie préchrétienne a vu le jour au début de notre ère au moment où le monde sortait d'une très grande décomposition morale. Cette période correspond à la ruine du monde antique* et dura du IIIe siècle jusqu'au IVème. En grande partie, la déchéance de l'empire antique fut causée par l'arrivée du christianisme qui fut reconnu comme religion d'état pendant le règne de l'empereur romain Théodose 1er le Grand (379-395). Le monde occidental est passé du paganisme - religion aux mœurs libres et relâchées et toute imprégnée de mythologie au christianisme, - religion soumise à un ascétisme strict et très sévère - ; nous retrouvons là, sans doute, la marque d'un saut spirituel important. Pourtant nombreux sont ceux qui se demandent encore aujourd'hui comment ce basculement a-t-il pu se produire ? Nous savons seulement que le passage de la religion des Grecs et des Romains, à l'avènement de la Grande Eglise s'est fait sous fond de désordre et de crise sociale et psychologique très graves. Quels en furent les principaux facteurs déclencheurs ? Sans doute furent responsables : l'invasion des cultes orientaux qui grandissaient dangereusement ; les rites des religions à mystères qui devenaient de plus en plus populaires et risquaient de déstabiliser à tout moment la religion traditionnelle romaine en place. Les Mystères d'Isis et de Mithra, le culte de Sol invictus et le monothéisme solaire, rendirent, eux aussi, la compétition difficile dans l'instauration du christianisme. La persécution des chrétiens par les Romains faisait rage aussi à cette époque de grandes perturbations, du même coup, les chrétiens devinrent un peuple martyr. L'état d'attente d'un désastre immanent dans lequel se trouvait la population a dû également beaucoup jouer; sans compter que les hérésies et les gnoses tentaient elles aussi de s'imposer malgré les fortes tensions psychologiques qui régnaient dans le monde à cette époque. En quelque sorte, le christianisme profita de cette période de grand désordre et d'instabilité pour s'infiltrer peu à peu partout dans l'empire et dans toutes les couches sociales.
En dernière analyse, nous pouvons dire comme Hegel, que la disparation de la religion antique causée par l'avènement du christianisme eut lieu par refoulement de la religion païenne.
Dans le même temps, le changement de révérenciel religieux, créa un début de distanciation notable avec le monde, ce que Jung a nommé l'éloignement chrétien du monde avec lutte contre le monde sensible, je le cite :

par un travail séculaire d'éducation, le christianisme a refréné l'impulsivité animale de l'Antiquité ainsi que celle des siècles barbares ultérieurs, au point qu'une énorme masse de forces instinctives put se libérer pour construire une civilisation. L'effet de cette éducation se manifeste d'abord en un changement fondamental d'attitude, c'est-à-dire l'éloignement du monde et la recherche de l'au-delà caractéristique des premiers siècles chrétiens.


Au regard de notre analyse en cours sur l'origine des idées psychologiques, nous pouvons dire que c'est grâce à cette distanciation prise par rapport au monde des sens et des plaisirs instaurés par le christianisme que le développement plus tard de l'esprit scientifique devint possible.

Comment apparaît le monde aux yeux des penseurs et savants de l'époque médiévale ?
La source de toute connaissance réside dans l'Evangiles. Le monde a été créé par dieu, il n'est plus éternel comme le pensait Aristote. Pour connaître, il faut posséder Dieu en soi. Dans la théologie chrétienne, Dieu est complètement incarné dans un être vivant, Jésus. Il s'est substantifié, il est devenu logos. On assiste de fait au retour du sacré ou du divin dans le monde des objets. La pensée religieuse et l'ascétisme envahissent à peu près tous les milieux de sorte qu'au moment du triomphe de la Grande Eglise, l'homme ne pense presque plus, il se contente de croire et d'aimer Dieu.

On distingue deux grands systèmes de pensée au moyen-âge : celui de Saint Augustin et celui de Saint Thomas d'Aquin :

Saint Augustin
Le très grand mystique chrétien et écrivain de génie, Saint Augustin (353-430), fut le témoin de l'affirmation du christianisme, seule foi autorisée au VIème siècle de notre ère. Cet homme remarquablement épris de Dieu n'a pas tant cherché à prouver l'existence de Dieu, qu'à poser le problème de la foi : "don de Dieu qui doit être nourrie, soutenue par l'exercice, d'une raison humaine".
Saint Augustin""Il faut comprendre pour croire", affirmait-il. La foi cherche dieu, mais c'est l'intelligence qui le trouve. Intelligence qui le trouve dans les vérités éternelles.
Le but de l'intelligence de Dieu, pour Saint Augustin, était moins la science que la sagesse laquelle possède à la fois un aspect affectif et une dimension de contemplation. Pour autant, la connaissance de Dieu par la méthode d'approche augustinienne n'enlève rien au mystère de Dieu. Ce mystère transparaît par exemple au travers de l'existence de trois personnes en Dieu. À travers toutes la création, par exemple, nous retrouvons aussi la trace d'un rythme ternaire : "mesure, nombre, poids ; unité, forme, ordre ; être, forme, subsistance ; physique, logique, éthique ; naturel, rationnel, moral". Mais cette structure se révèle dans l'homme surtout : "Esprit, connaissance, amour ; mémoire, intelligence, volonté ; mémoire de Dieu, intelligence, amour".
Pour l'augustinisme enfin, "le monde existe sur un mode sacré. La source de toute connaissance se trouve dans les textes sacrés, et les rapports entre le monde sensible et le monde religieux ou sacré s'effectuent par le Christ qui condense en lui un double nature - sacrée et profane" -
Cette idée d'intermédiaire entre monde profane et monde sacré se retrouve dans les structures médiatrices qu'examine la psychologie contemporaine entre le sensible et l'abstrait, entre sensation et connaissance.

Saint Thomas d'Aquin
cours de philosophie à la faculté des arts au Moyen âgeAu XIIIe siècle, avec le développement économique, les thèses religieuses deviennent insuffisantes, le développement des universités échappe de plus en plus aux contrôles des évêques ; les arts libéraux ou païens – c'est-à-dire la logique, la grammaire et l'arithmétique tendent à se développer. On nomme cette époque la période préscolastique. Deux vérités cherchent à s'imposer : la raison humaine et la foi chrétienne notamment sur le thème de la création. Les philosophes qui ont lu Aristote soutiennent l'éternité du monde, les religieux attestent, eux, que le monde a eu un commencement. Seul, Thomas d'Aquin ne voit "aucune impossibilité logique à tenir que le monde fut à la fois créé et éternel". Dieu aurait pu créer un monde éternel. Thomas d'Aquin réalise une synthèse entre les textes sacrés et ceux d'Aristote. Pour lui, si la raison est divine, elle ne peut contredire les dogmes de la révélation. Par le raisonnement, nous pouvons accéder aux substances secondes - c'est-à-dire aux Universaux - pense-t-il. Par opposition aux substances premières qui sont les choses perçues par les sens : les formes, les objets individuels…Cette vision est nommée réalisme, et elle ouvrira sur la grande querelle des Universaux du XIème siècle.
Ce qui ressort des thèses de Saint Thomas d'Aquin, c'est l'idée que la nature est ordre (qui est nommé le fixisme) et qu'on y accède par l'exercice de l'intellect. L'idée d'un ordre immuable et fixe de la nature ne manquera pas bien sûr de faire école, et on la vit notamment se répandre au moment de la naissance des sciences physiques.


*La fin historique du paganisme ne peut être mieux illustrée par l'incendie du sanctuaire d'Eleusis, en 396 par Alaric, le roi des Goths. À cause de cette profanation, le rituel initiatique disparaîtra pour toujours.

L'époque de la renaissance

Connaître de l'intérieur

Avec Thomas d'Aquin, l'autonomie de la raison avait largement commencé. Au XV et XVIIe siècle, l'essor philosophique et scientifique s'accentue. La science doit devenir recherche de connaissances utiles et servir de plus en plus l'essor économique de l'Occident. Un grand bouleversement religieux va marquer cette époque : la réforme luthérienne.
Luther, moine augustin, né en 1483, a une révélation ; il acquiert la conviction que l'homme n'est pas sauvé et promis au Paradis grâce à ses œuvres sur terre, mais "qu'il n'est justifié, et sauvé, que par la foi". Cette affirmation constitue une véritable révolution théologique ; la vérité est à l'intérieur de chacun et c'est par un retournement sur soi, c'est-à-dire "dans la solitude mais librement" qu'on y accède. Sur le plan théologique, Luther rend le chrétien maître de lui-même.
Pour la psychologie, la réforme luthérienne aura un impact décisif puisqu'elle emmènera la séparation entre l'homme intérieur –l'homme libre - et l'homme extérieur, celui dont les actes et le comportement sont soumis à un pouvoir et à un contrôle externe.

Connaître par le cogito cartésien

Blake - mélancolie - Pour Descartes (1596 – 1650), seul l'exercice de la raison est un moyen de connaissance. Plus nous pensons et plus nous avons des chances d'accéder aux vérités universelles qui sont constituées d'idées innées, dites "connaissance facile, communes, et immédiates". Il oppose notamment les représentations et la raison. Les représentations correspondent aux qualités premières du corps. La perception sensible qualitative et non fiable en fait partie : l'odorat, la couleur, le goût entre autre.
La raison, elle, relève de la perception mathématique quantitative et correspond, selon Descartes à la vraie connaissance intellectuelle. Selon l'exigence de Descartes, il n'y a que ce qui est clair et évident –autrement dit obtenue grâce à une inhibition radicale de toute émotion - qui puisse être vrai. "Seul ce qui est saisi logiquement et rationnellement peut être vrai ; l'entendement est donc par là l'unique garant de la vérité" .
Pour Descartes, la raison ou l'entendement, est l'outil donné par Dieu ; pour le connaître, il faut faire fonctionner la pensée, d'où la méthode cartésienne de l'exercice de la raison, qui démarre par le doute.
Du même coup, le dualisme cartésien permis d'engendrer une désacralisation du corps humain. Puisque la pensée par la raison qui est le propre de la substance spirituelle est caractéristique de l'homme ; l'animal, lui en est dépourvu. Tout ce qui constitue un corps peut être à présent considéré comme une machine. L'animal comme le corps de l'homme est mu selon le mode de l'action "réflexe" pour Descartes. (Les esprits animaux notamment se reflétaient dans le cerveau, dans la glande pinéale ; c'est elle qui animait les muscles). Cette affirmation avait l'avantage de permettre la vivisection des animaux expérimentaux. Elle permit également de revoir l'idée que l'on se faisait à l'époque des fous. Après Descartes, par exemple, le corps ne pouvait plus être pensé posséder par le démon. "La folie s'installe quand le doute ne s'exerce plus, la folie est déraison, atteinte de l'ordre rationnel".


L'homme des lumières

Connaître par la perception

Dieu créateurDans l'histoire des idées, le siècle des lumières (le XVIIIe siècle) fait référence en premier lieu, à "une sorte d'idéal universel offert à tous". En effet, pendant le règne de la pensée religieuse, ceux qui ne bénéficiaient pas du salut, parce qu'ils ne croyaient pas en Dieu, étaient exclus du système social. C'est pour pallier à l'intolérance et à l'exclusion systématique que les Lumières ont vu le jour. De plus, dès que le paradigme de Newton devint célèbre, toutes références aux spéculations coupées du réel furent écartées et rejetées.
Connaître pour l'homme des lumières, c'est observer et mesurer. Le goût de l'expérimentation maintenant tous les sens en éveil, notamment celui de l'observation (la vue) s'accentua considérablement. Cela sans doute beaucoup pour compenser la position radicale et unique qu'avait tenue Descartes en matière de connaissance, en ce sens que pour ce dernier, la conscience (pensée ou esprit) claire était une conscience partielle, autrement dit amputée de la complexité des émotions ainsi que des perceptions par les différents corps sensibles.


J. Locke (1632-1704)
Le philosophe anglais proposera des thèses opposées à l'innéisme de Descartes.
Pour cet homme du début des lumières, les idées naissent à l'intérieur suite aux perceptions du monde. Autrement dit c'est dans la perception du monde que nous découvrons des vérités sur le monde et non en nous-même. Avec Locke, la théorie de la connaissance empirique se développe. Les puissances internes de l'esprit – la mémoire, l'attention ainsi que la volonté se mettent à jouer un rôle important dans l'acquisition des connaissances. Locke, en fait, ne se soucie pas de connaître la nature même de l'esprit, il préfère en observer les manifestations.

Les philosophes empiristes par suite vont susciter l'envie de s'intéresser davantage au poids décisif de l'éducation des enfants. Si celle-ci est bien réalisée, l'éducation formera un entendement bien fait. Avec Locke, la raison cesse d'être innée, mais elle devient une spécificité de l'homme.


L'homme romantique

Connaître par la défense de l'irrationnel

Waterfull Stefan WeissL'homme romantique (≈ 1760 – 1830) est né à la suite du trop plein de l'intellectualité que fit naître la pensée cartésienne, et que certains trouvèrent même beaucoup trop sèches. L'homme romantique c'est celui qui préfère privilégier l'imagination, les sentiments de l'amour, la sensibilité parfois morbide notamment dans la littérature. Citons les romantiques les plus connus : Goethe, Rousseau, Sade, Blake, Shakespeare, Michelet, Hugo, Berlioz, Novalis et Kleist, Coleridge et Shelley
Pour les romantiques, la conviction que la voie du salut est dans l'amour est ressentie très fortement. "L'amour peut quelquefois donner toutes les vertus que la religion et la morale prescrivent". Tel est ce qu'ils pensent.
L'essence même de l'homme romantique est de refuser les limites. Le désir de toucher chaque individu dans ce qu'il a de plus personnel s'exprime très fortement chez les écrivains romantiques : "sa capacité de sentir, de se souvenir, de souffrir, de s'élancer vers le divin ou vers l'infini, et de forger un style et une technique bien à lui" n'a pas d'égal.
N'oublions pas enfin, de souligner sa grande passion pour la nature. Pensons notamment à Rousseau…
La pensée romantique considère que la vérité exacte s'obtient par l'absence d'idées, l'absence de raison qui fait basculer dans l'irréel.
Les romantiques contestent donc, en priorité la raison, et affirment l'existence "de forces puissantes" inaccessibles à la connaissance sensible. Le sentiment, l'intuition et le ressenti, deviennent pour l'homme romantique source de toute vérité. Toute chose peut devenir ainsi un message de Dieu qu'il faut interpréter.
Pour la psychologie, le romantisme a pesé par sa défense de l'irrationnel, fonction, d'ailleurs, très largement étudié par Jung.


L'homme positif

Connaître par la science

L'époque du positivisme (1830-1840) correspond avant tout à une profusion de découvertes scientifiques et de savants. La science est conçue ici, comme une nouvelle religion.
Auguste ComteAuguste Comte sera choisi en 1837 pour définir le programme des modalités qui permettra de reconnaître ce qu'est la scientificité d'une chose. Il dénombre 6 sciences fondamentales : les mathématiques, la physique, l'astronomie, la chimie, la biologie, la sociologie.
Même si depuis le siècle des Lumières, l'homme n'est plus soumis à un ordre transcendantal ou divin qui le domine, Comte refusera au départ d'accorder le statut de science à la psychologie. Prétextant qu'une science de la nature humaine est impossible. Selon lui la nature humaine ne peut être appréhendée que par des discours métaphysiciens ou spéculatifs. De plus, la psychologie a recours à l'auto-observation, méthode que Comte récuse d'emblée.
Auguste Comte enfin reproche à notre toute jeune psychologie en lice dans la course vers l'attribution du titre de science positive, de toujours "subordonnées les fonctions affectives aux fonctions intellectuelles".
Toutefois Comte consentira à donner le titre de psychologie positive à la partie de la discipline que certains appellent la craniologie, d'autre la phrénologie ; laquelle est l'art de connaître les instincts, les penchants, et les dispositions morales et intellectuelles des hommes par l'étude de la configuration de leur cerveau et de leur tête. Il s'agit là d'une psychologie ni empiriste, et ni idéologique, mais "d'une psychologie constituée de faits et qui sera d'abord physiologique".

Concluons
Nous venons de voir que la route des idées psychologiques est jonchée d'étapes plus ou moins heureuses et houleuses, de rêves et d'idéologies plus ou moins brisés. Depuis l'avènement de la pensée moderne et scientifique, l'emprise de la pensée unique de la religion sur les idées se relâche. Et la quête du bonheur individuel s'est substituée en catimini à celle du salut. Le dogme de la parole divine s'est écroulé, mais je pense que nous devons toujours rester très prudents car la montée d'une éventuelle pensée contenant une idéologie qui fixe trop l'esprit dans une attitude unique est très vite arrivé.
N'en sommes-nous pas arrivés là d'ailleurs avec le règne de la pensée matérialiste en Occident ?
La connaissance réclame une ouverture et une diversité de penser infinies. Or ainsi qu'aimait à le dire Jung, "le fini ne saisira jamais l'infini". Alors, nous, sujets humains et organismes finis, restons humbles et toujours très tolérants au contact de tous les genres d'attitudes et modes de connaissance qui peuvent être pris en face du monde.
J'ai juste un petit bémol à formuler, au regard de l'état actuel de la psychologie. N'est-ce pas regrettable, tout de même, de constater que l'esprit humain est de nos jours regardé scientifiquement, à cause de l'influence des idées matérialistes et mécanistes du XIXe, dans une dépendance totale à la matière ? Seule la recherche de tel ou tel substrat biologique ou chimique expliquant tel ou tel fonctionnement de l'esprit intéresse les recherches scientifiques actuelles ; n'est-ce pas un peu dommage, et surtout très exclusif comme attitude ? Cela frise un peu trop la recherche unique ! La plupart des philosophes et des scientifiques intelligents se sont mis au début du XIXe à porter l'ordre physique et biologique au pinacle. Or comme le disait Jung, est-ce que la matière n'est pas autant une inconnue que l'esprit ? Voilà bien une question que la sphère bien gardée des chercheurs scientifiques en psychologie ne se prive pas d'éluder.




à suivre...

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17 avril 2006

C.G.Jung et l'Astrologie


L'astrologue mathématicien étudiant les lois du zodiaque

Voici quelques courts extraits de textes et de lettres piochés dans l'œuvre écrite de Jung et qui témoignent de l'idée que ce dernier se faisait de l'astrologie.
Les textes sont tirés du livre de C.G.Jung, "L'homme à la découverte de son âme" Albin Michel. Et les lettres des tomes II & V " C.G.Jung Correspondance" Albin Michel.








Ptolémée, table astronomiques VIII-IXème
Au Docteur B.Baur
(Zurich)



le 29 septembre 1934





Monsieur le Docteur,



Merci beaucoup pour les aimables démonstrations. En ce qui concerne l'argument de la précession*, ce n'est pas une objection contre la validité de l'astrologie, mais contre la théorie primitive affirmant que les astres eux-mêmes diffusent certains effets. L'argument de la précession dit, comme on le sait, qu'un homme [de notre temps] né dans le degré 1 du bélier (donc quand un degré du Bélier a, comme on dit, franchi l'horizon à l'est) n'est nullement né à cette date, mais au contraire dans le degré 2 des Poissons. Les forces secrètes du soleil sont dans le degré 1 du Bélier, la lune par exemple dans le degré 7 du Cancer, Vénus, Jupiter, dans des positons analogues ; elles ne sont donc pas en harmonie sur le plan astronomique et ne peuvent de ce fait pas venir de ces positions seulement apparentes et fixées arbitrairement. Aussi Choisnard* écrit-il très justement que : "Le Bélier reste toujours dans la 12e partie du zodiaque etc.", à l'évidence il entend par là que le soleil dans le Bélier n'est pas un énoncé astrologique, mais une indication temporelle. C'est le printemps qui recèle les forces agissantes, sans souci de savoir dans quel signe du zodiaque le soleil se trouve réellement. Dans quelques millénaires, lorsque nous dirons Bélier, le soleil se trouvera en réalité dans le signe du Capricorne, donc en plein hiver, sans que le printemps ait perdu de ses forces.
Le fait que l'astrologie donne pourtant des résultats valables prouve donc que ce ne sont pas les propositions apparentes des astres qui agissent, mais les temps qui ont été mesurés ou déterminés par des positions astrales auxquelles on donne des dénominations arbitraires. Le temps s'avère ainsi être un fleuve d'évènements rempli de qualités et non comme le voudrait notre philosophie, une conception ou une condition de notre entendement abstraite en soi.
La validité des résultats de l'oracle du I Ching* fait ressortir le même fait étrange. L'exploration soignée de l'inconscient montre une étrange coïncidence avec le temps, ce qui explique d'ailleurs que les Anciens aient pu projeter la succession de contenu perçus inconsciemment et intérieurement dans les cadres extérieurs temporels de nature astronomique. Ce fait est à la base des liens existant entre les évènements spirituels et les cadres temporels. Il ne s'agit donc pas par exemple de liens indirects comme vous le supposez, mais de liens directs. Conjonctions, oppositions, etc. ne sont vraiment pas influencés par le fait qu'arbitrairement nous appelons degré 1 du Bélier ce qui est degré 2 des Poissons.

Meilleures salutations,



Votre dévoué
[C.G.Jung]


*Le point de l'écliptique (orbite solaire apparente) où se trouve le soleil au moment de l'équinoxe, le 21 mars (degré 0 du Bélier), est appelé point vernal (ou point gamma). Par suite du mouvement gyroscopique de l'axe de la terre, le point vernal se déplace sur l'écliptique dans le sens des aiguilles d'une montre. C'est ce que l'on nomme sa précession. Ce phénomène fut découvert au 2è siècle avant J-C, par l'astronome grec Hipparque de Samos. Une révolutionne complète du point vernal le long des douze constellations que compte l'astronome derrière l'écliptique, dure environ 25 000 ans sur la toile de fond d'une constellation différente (un "mois platonicien"). Pendant les 2 000 derrières années, on pouvait voir la constellation des Poissons derrière le point vernal. Maintenant il s'approche du Verseau. Dans l'astrologie occidentale, la précession du point vernal n'est pas prise en considération, au contraire même, dans les horoscopes actuels le point vernal est toujours placé dans le degré 0 du Bélier. C'est ce qui constitue le principal argument contre l'astrologie.
*Paul Flambart (Paul Choisnard) Preuves et Bases de l'Astrologie scientifique, 2è édition, Paris 1921, p.162:"… aujourd'hui comme dans l'antiquité on peut appeler Bélier la douzième partie du zodiaque que traverse le soleil aussitôt après l'équinoxe de printemps…".
* Traduit du chinois en allemand et expliqué par Richard Wilhelm, Iéna 1923, 2 volumes. Il s'agit d'un livre de sagesse et de prophéties dont les origines remontent à l'antiquité mythique.







Ptolémée projette les coordonnées terrestres, William Blake
Question adressée à Jung : "Si, comme vous le prétendez, notre psyché se trouve projetée dans les choses, qu'elle anime de ses propres données inconscientes, comment se fait-il que l'astrologie et les autres "sciences occultes" présentent de l'intérêt aux yeux de l'homme réputé conscient ?"

Réponse de Jung : L'astrologie a une grande importance et je suis loin de la sous-estimer. Cela ne veut pas dire qu'il faille supposer que les constellations éternelles soient responsables des caractères de chacun et de leurs particularités. Les constellations nous servent essentiellement à préciser notre position dans l'espace et à mesurer le temps. Mais ne soyons pas comme ce célèbre dilettante de l'astronomie qui l'admirait aveuglément en ce qu'elle permettait de fixer le poids, la composition chimique des étoiles et surtout de découvrir leurs noms ! Elles ne portent pas des noms qu'elles possèdent à priori, mais bien ceux que nous leur avons données et qui servent en partie de repères dans le temps; c'est là que commence le grand problème de l'astrologie. Comment se fait-il qu'une époque, qu'une période donnée possède certaines qualités qui se reflètent dans les choses et les êtres qui les ont traversées ou qui y ont pris naissance, qualités qui permettent aussi de conclure en retour à l'époque où ces choses ont été engendrées ? Ce problème paraît d'un point de vue philosophique être extrêmement compliqué, alors que dans la pratique il est fort simple ; j'ai par exemple chez moi une vieille armoire dont un connaisseur compétent me dirait qu'elle a été faite vers 1720 à tel ou tel endroit, par tel ou tel maître. Comment le sait-il ? C'est là la science du bon antiquaire ! De même un fin connaisseur en vin pourra préciser l'année, le cru et la cave de tel ou tel échantillon. Il sait que le vin de telle année et de tel coteau, en raison des conditions particulières qui régnèrent alors, a acquis une saveur qui le distingue des vins que ces mêmes vignes livrèrent les autres années. Il en va de même des hommes ; nous sommes nés à un moment donné, en un lieu donné, et nous avons, comme les crus célèbres, les qualités de l'an et de la saison qui nous ont vus naître. L'astrologie n'en prétend pas davantage.







Ptolémée, table astronomiques VIII-IXème
To Pr.B.V.Raman*
Bangalore/India


6 septembre 1947


Dear Pr.Ramn,


Je n'ai pas encore reçu l'Astrological Magazine, mais je veux quand même répondre tout de suite à votre lettre.
Vous voudriez savoir ce que je pense de l'astrologie ; il y a plus de trente ans que je m'intéresse à cette préoccupation de l'esprit humain. Ce qui m'intéresse avant tout en tant que psychologue, c'est la question de savoir comment la complication de certains caractères peut-être élucidée au moyen de l'horoscope. Dans les cas de diagnostic psychologique difficiles, je fais la plupart du temps dresser un horoscope pour disposer d'un point de vue, nouveau. Dans beaucoup de cas les indications de l'astrologie contenaient une explication pour certains faits que je n'aurais pas compris sans elle. D'une telle expérience j'ai tiré la conclusion que l'astrologie présentait un intérêt tout particulier pour le psychologue. Elle est fondée sur un fait psychologique d'expérience que nous appelons "projection" – c'est-à-dire que ce que nous trouvons dans les constellations astrales, ce sont en quelque sorte des contenus de l'âme. A l'origine il en est résulté l'idée que ces contenus provenaient des astres, alors qu'ils n'ont avec eux, en fait, qu'une relation de synchronicité*;
Je conviens que c'est très singulier, et que cela jette une lumière étrange sur la structure de l'esprit humain.
Ce que je regrette dans la littérature astrologique, c'est surtout l'absence d'une méthode statistique par laquelle certains faits fondamentaux pourraient recevoir une base scientifique.
J'espère que ma lettre à répondu à votre question.


Yours sincerely
[C.G.Jung]


* L'en-tête de sa lettre est ainsi libellé :"Kaman Publicaitons, Proprietor B.V.Raman ; The Astrological Magazine (India's Leading Cultural Monthly)."
* Par la suite, Jung a modifié par deux fois ce point de vue. Cf. lettres à A.Jaffé, 8 septembre 1951, n 2 et à Bender, 10 avril 1958.






le zodiaque, XVIème
15 novembre 1958
To Robert L.Kroon







L'astrologie est une de ces méthodes intuitives comme le Yi-King, la géomancie et autres procédés de divination. Elle est fondée sur le principe de synchronicité, c'est-à-dire sur des coïncidences significatives. J'ai exploré expérimentalement trois de ces méthodes intuitives ; celle du Yi King, la géomancie et l'astrologie.
L'astrologie est une psychologie naïvement projetée dans laquelle les attitudes et les tempéraments humains sont représentés par des dieux et identifiés à des planètes ou à des constellations du zodiaque. Lorsque je travaillais sur l'astrologie, j'ai eu plus d'une fois l'occasion de l'appliquer à des cas particuliers.
On constate de remarquables coïncidences, par exemple la position de Mars au zénith dans le fameux horoscope de Guillaume II, qu'on a appelé le "Friedenskaiser". Déjà dans un traité médiéval il est dit que cette position signifie toujours un casus ab alto, un cas qui vient du haut.
Une telle expérience est très impressionnante pour un esprit versatile, peu sûre lorsqu'elle est aux mains de quelqu'un sans imagination, et dangereuse dans celles d'un fou, comme c'est le cas pour toutes ces méthodes intuitives. Si on s'en sert intelligemment, elle peut être utile lorsqu'on a affaire à une structure particulièrement opaque. Elle permet souvent des intuitions surprenantes. Sa limite la plus sûre est constituée par le manque d'intelligence et d'ouverture d'esprit de l'observateur. Elle constitue un intelligent aperçu comme peuvent l'être les lignes de la main ou l'expression du visage – toutes choses dont un esprit stupide et sans imagination ne peut rien faire et à partir desquelles un esprit superstitieux tire les pires conclusions.
La vérification statistique des "vérités" astrologique est discutable et même improbable. (CF mon article "Synchronicity" ; an acausal connecting principle", in Jung-Pauli, The interprétation of nature and the Psyche, Bollingen Series, vol LI, New York, 1952 p83sq.).
Leur utilisation superstitieuse (qu'il s'agisse de la prédication de l'avenir ou de l'établissement de certains faits à travers les possibilités psychologique) est fallacieuse.
L'astrologie diffère beaucoup de l'alchimie dans la mesure où la littérature historique en la matière consiste simplement en l'exposé des différentes méthodes qu'on peut utiliser pour monter un horoscope et pour l'interpréter, et non en textes philosophiques, comme c'est le cas pour l'alchimie.
Il n'existe pas encore de présentation psychologique de l'astrologie, compte tenu du fait qu'on ne dispose pas à ce propos du fondement empirique nécessaire à la démarche scientifique. Et la raison en est que l'astrologie n'obéit pas au principe de causalité, mais relève, comme toutes méthodes intuitives, de l'acausalité. Il n'est pas douteux que l'astrologie est aujourd'hui plus florissante qu'elle l'a jamais été dans le passé, mais en dépit de son usage de plus en plus fréquent, elle n'est encore explorée que de façon très insatisfaisante. Elle ne constitue un instrument heureux que si on s'en sert intelligemment. Elle n'est pas du tout à toute épreuve et, si c'est un esprit rationaliste et borné qui s'en sert, elle s'avère franchement nuisible.



Yours cordially,
[C.G.Jung]









Extrait de la lettre adressée au Docteur Michael Fordham – le 18 juin 1954 –

Critiques majeures que je fais aux astrologues
Si j'ose me prononcer sur un domaine que je ne connais que très superficiellement, je dirais que l'astrologue ne considère pas toujours ses indications comme de pures possibilités. L'interprétation est trop littérale et trop peu symbolique, aussi trop personnelle. Le "zodiaque" et les planètes ne sont pas des traits personnels, mais plutôt des données impersonnelles et objectives. Aussi [elle aussi] l'interprétation des maisons devrait considérer plusieurs "couches de signification".
Il est évident que l'astrologie peut offrir beaucoup à la psychologie, mais ce que la dernière peut contribuer à sa sœur aînée est moins évident. En tant que je peux juger, il me semble qu'il serait avantageux pour l'astrologie qu'elle se rendrait compte de l'existence de la psychologie, surtout celle de la personnalité et de l'inconscient. Je suis presque sûr qu'on puisse en apprendre quelque chose de sa méthode d'interprétation symbolique. Il s'agit là de l'interprétation des archétypes (les dieux) et de leurs relations mutuelles, commeune aux deux arts. C'est la psychologie de l'inconscient qui s'occupe particulièrement du symbolisme archétypique.






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16 avril 2006

La liste des découvreurs de l'Inconscient

"Pour ainsi dire depuis l'aurore de la civilisation, l'homme s'est douté qu'il existait une activité de l'esprit en dehors de la conscience vigile".
Margetts


Denys l'Aréopagite (50 ap.J-C environ)
Dans sa doctrine mystique, cet auteur non identifié reconnaît que la vraie connaissance s'acquiert dans l'aptitude à faire le vide en soi, pour se rendre réceptif. C'est pourquoi, il fut l'inventeur d'un mot nouveau : "la science la plus parfaite de Dieu est celle qui est sue par l'inscience".




Galien (130-200 environ ap.J.C.)
Père de la physiologie expérimentale, il est le plus grand médecin de l'Antiquité après Hippocrate. Selon lui, les maladies proviennent d'un déséquilibre dans les 4 grandes humeurs qu'il établit suivant le schéma de physiologie humaine des 4 éléments (eau, air, terre, feu).
En matière d'inconscient, il passe pour avoir reconnu que nous tirons des inférences inconscientes de nos perceptions.


Plotin (204-270 environ)
Pour ce philosophe romain et fondateur du néoplatonisme, "l'absence de perception consciente ne prouve pas que l'âme soit inactive". En effet, pour ce penseur, la raison et l'entendement existent à l'état pur. Si nous manquons d'attention et de concentration les manifestions de la raison demeureront imperceptibles, seule une pensée sans image subsistera.




Saint Augustin (353-430)
Ce Docteur de la grâce et du péché originel est l'un des premiers à avoir souligné l'importance du rôle de la mémoire.
Il place au point de départ de nos décisions dites libres, des forces secrètes indépendantes de notre volonté. Augustin est peut-être à sa manière un précurseur de la psychanalyse.


Saint Thomas d'Aquin (1224-1274)
Ce dernier a souligné de nombreuses fois l'importance de ce qui en nous est inconscient. Notamment, il a écrit : "je ne peux considérer mon âme en dehors de ses actes. Il y a donc dans l'âme des processus dont nous ne sommes pas immédiatement conscients."



Maître Ekhart (? - 1327)
Dans la lignée de la tradition mystique, ce philosophe mystique allemand a écrit : "L'homme parfait doit être si exercé à faire mourir sa personnalité propre, si dépouillé de son moi et re-créé en Dieu, qui seul est encore pour lui la béatitude, qu'il sache plus rien de lui-même ni de quelque choses que ce soient, mais de Dieu seul…"



Dante (1265-1321)
Il savait que nous oublions souvent des souvenirs dont nous avons honte.






Paracelse (1493-1541)
Il est l'un des premiers penseurs de l'époque à avoir reconnu l'intervention de l'esprit dans la maladie. Médecin suisse, son œuvre marque le passage de l'attitude mystique à l'attitude scientifique. Il émit l'hypothèse que l'existence d'influences à la fois biologiques et spirituelles guide les actes des hommes, sans que ceux-ci le sachent. Jung a écrit à propos de cet auteur : "De toutes les intuitions de Paracelse, celle de "l'Aquaster" est la plus proche de la conception moderne de l'inconscient. Pour Paracelse, l'imagination est un pouvoir créateur qui prime toutes les autres facultés.


Jacob Boehme (1575-1624)
Cordonnier allemand, il est l'un des plus grands mystiques qui voyait dans la volonté inconsciente la source de toutes choses, divines et naturelles :
"Devant Dieu, je ne saurais dire comment cela a surgi en moi, sans le concours de ma volonté. Je ne connais pas cela même que je dois écrire".
Pour Boehme, l'homme caché est "l'être même de Dieu". Pour lui, comme pour bien d'autre après lui, dont Jung, on rencontre Dieu "dans les profondeurs" plutôt que "dans les hauteurs". Dieu est la source, la racine, l'abîme. La Nature est une émanation de Dieu, et nous nous immergeons en lui. Dieu est la nature.

Montaigne (1532-1592)
Voici un court extrait des intuitions qu'eues cet esprit sceptique du rôle limité de la conscience : "Or, ces passions qui ne nous touchent que par l'éscorce, ne se peuvent dire nostres; et leur douleurs que le pied ou la main sentent pendant que nous dormons, ne sont pas à nous…"




Shakespeare (1564-1616)
N'a-t-il pas écrit : "Mon esprit est trouble comme une fontaine remuée et moi-même, je n'en vois pas le fond". La pensée de cet auteur renforce cette prise de conscience des profondeurs de l'esprit qui s'affirmait de plus en plus nettement.


Descartes (1595-1650)
Nous savons que Descartes, en définissant l'esprit par la conscience uniquement, c'est-à-dire, débarrassé des émotions profondes, a provoqué, par réaction la découverte en Europe de l'esprit inconscient.
Mais l'homme, Descartes, a eu très certainement un inconscient très vivant et très actif. Descartes était en fait un homme mutilé, qui voyait dans ces rêves, ainsi qu'il le dit lui-même, un commandement divin d'avoir à consacrer sa vie intérieure à la recherche de la vérité.


Pascal (1623-1662)
Contrairement à Descartes, Pascal ne considéra pas la raison comme une fin en soi, ceci malgré le vif intérêt qu'il portait à la clarté mathématique. Plus tard il en vint à renoncer aux mathématiques pour se consacrer à la vie religieuse. Celui qui a écrit "le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas" était persuadé que derrière la raison consciente se cachait un grand secret. Il appelait d'ailleurs "cœur" les profondeurs obscurs de la nature humaine, le siège du savoir véritable et de la volonté.
"Il ne faut pas se méconnaître ; nous sommes automates autant qu'esprit ; et de là vient que l'instrument par lequel la persuasion se fait n'est pas la seule démonstration. Combien il y a-t-il de choses démontrées ! Les preuves ne convainquent que l'esprit. La coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues ; elle incline l'automate, qui entraîne l'esprit sans qu'il y pense". Enfin : "Cette impuissance ne doit donc servir qu'à humilier la raison, qui voudrait juger de tout, mais non pas à combattre notre certitude, comme s'il n'y avait que la raison capable de nous instruire. Plût à Dieu que nous n'en eussions au contraire jamais besoin, et que nous connussions toutes choses par instinct et par sentiment ! Mais la nature nous a refusé ce bien ; elle ne nous a au contraire donné que très peu de connaissances de cette sorte ; toutes les autres ne peuvent être acquises que par raisonnement."

B. Spinoza (1632-1677)
Spinoza avait le sentiment aigu que l'individu était une partie de la nature. Il a souligné l'importance d'une mémoire inconsciente et de mobiles inconscients dans l'édification d'une personnalité inconsciente.
"Les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs volitions et de leur appétit, et qu'ils ne pensent pas, même en rêve, aux causes qui les disposent à désirer et à vouloir parce qu'ils les ignorent."


Leibniz (1646-1716)
Il est le premier penseur européen à avoir formuler très clairement l'idée d'une activité mentale inconsciente. Il soutient que les perceptions ordinaires sont la sommation d'innombrables petites perceptions et nous ne pouvons être conscients de chacune d'entre elles parce qu'elles se trouvent au-dessous d'un seuil quantitatif.
"Nos idées claires sont comme des îles qui surgissent sur l'océan des idées obscures".


Giambattista Vico (1668-1744)
Historien et philosophe italien, il fut le premier penseur à avoir chercher dans l'arrière-plan du développement historique humain l'expression de lois naturelles. Par exemple il discernait la loi d'un éternel retour dans la naissance, la maturité et le déclin de toutes les civilisations. Dans ces écrits, il donne une description complète pour illustrer l'émergence de la toute première société humaine au sein de laquelle l'homme non encore conscient vit à l'état sauvage et en symbiose avec les lois naturelles. Une grande partie de son œuvre est consacrée à la description du psychisme inconscient humain. Vico accorde également un vif intérêt à l'origine des mythes communs à l'ensemble d'une société. Origine qu'il attribue à l'existence d'un "sens commun" présent chez tous et qui opère aux travers de choix non réfléchis. Son œuvre constitue en quelque sorte les prémices d'une pensée sur l'inconscient collectif.


C.A.Crusius (1715-1773)
Personnage peu connu, il a pourtant contribué à donner à la notion d'inconscient un sens nouveau. Avec Crusius, l'inconscient n'est plus abordé suivant ses aspects cognitifs, mais en tenant compte de tout ce qui se tient sous les aspects cognitifs de l'inconscient. L'inconscient devient ainsi, avec Crusius, le siège des passions.
Crusius a divisé les facultés de l'âme en deux catégories : la pensée et la volonté. La conscience étant pour lui un "sentir" intérieur. Il peut d'ailleurs y avoir perception externe sans que cette conscience intérieure y participe. Il fut le premier philosophe également à avoir évoquer l'existence de plusieurs niveaux de conscience qui se signale chacun par la présence plus ou moins vivace du sentiment intérieur.


Rousseau (1712-1776)
Cet auteur a expérimenté ce qu'affirmait Crusius, et nous en a fait amplement profiter au travers de son œuvre. Rousseau était sans arrêt bouleversé par le tumulte impétueux de ses émotions. En un sens, l'auto-analyse incessante à laquelle Rousseau s'est livré à conduit à découvrir le rôle important joué par la volonté et les émotions qui se déroulent en-deçà du seuil de conscience.





Johann Georg Hamann (1733-1788)
Philosophe allemand de la religion et profondément humaniste, Hamann refusait d'admettre les grands systèmes philosophiques abstraits. Il était pour l'expérience immédiate, et insistait beaucoup sur la valeur fondamentale des relations interpersonnelles dans la vie d'un individu. Mais surtout, il refusait de penser que la conscience individuelle soit quelque chose d'autonome. Elle était pour Hamann, plutôt l'instrument de forces supra personnelles au service de la nature. "Notre raison doit attendre, espérer, et chercher à être la servante et non la maîtresse de la nature". Les idées et la personnalité de Hamann influencèrent considérablement Goethe.



David Hume (1711-1776)
Il affirmait que tout comportement humain est attribuable en fin de compte à des instances physiques ou instinctives qui agissent en nous sans que nous en ayons connaissance.





Georges Christoph Lichtenberg (1742-1799)
Mathématicien et physicien allemand qui fut longtemps préoccupé par la signification de ces rêves. "On devrait dire 'ça pense' comme on dit 'ça pleut'
C'est, en fait, le premier physicien à s'être attacher aux aspects inconscients de ses propres processus mentaux. On retrouve chez lui l'idée, comme également chez Moritz, Schubert, Carus, Schopenhauer et Jung, que les rêves étaient peut-être des réminiscences d'états antérieurs au développement de la conscience individuelle. "Je sais par expérience que les rêves peuvent conduire à la connaissance de soi, disait-il également. Ou encore : "Les rêves peuvent conduire à une représentation spontanée de la totalité de notre nature sans la tension que suscite une réflexion très élaborée".

Johann Gottlieb Fichte (1761-1814)
Appartenant à la lignée des philosophes allemands – Schilling – Hegel – Schopenhauer et Nietzsche – Fichte a fait de l'esprit un principe dynamique sur lequel se fonde la raison consciente. Les processus inconscients ne peuvent plus être considérés comme des processus intervenant dans la mémoire et la perception. Ils sont désormais le siège de l'instinct et de la volonté.



Friederich Von Herdenburg Novalis (1772-1801)
Le poète allemand se représente l'homme comme l'harmonie entre conscient et inconscient.
"Nous ne connaissons pas la profondeur de notre esprit. La voie secrète est celle qui mène à l'intérieur. C'est en nous et nulle part ailleurs, que se trouve le royaume de l'éternité, le passé et le futur."
"Il est étrange que l'on ait jusqu'ici observé si sommairement ce qu'il y a à l'intérieur de l'homme, et qu'on en ait parlé avec si peu d'intelligence…On a bien peu appliqué la physique à l'esprit humain, et l'esprit au monde extérieur. Raison, imagination, intelligence, c'est là l'ossature de l'univers qui fonctionne en nous. Pas un mot de leurs prodigieux mélanges et de leurs métamorphoses. Personne n'a pensé à rechercher une force nouvelle et inconnue qui permettrait de comprendre leur coopération. Qui peut connaître les prodigieuses et nouvelles harmonies, les prodigieuses et nouvelle transformations qui restent à découvrir à l'intérieur de nous-même".


Franz Anton Mesmer (1733-1815)
Grâce aux résultats obtenus par l'hypnotisme, ce médecin allemand a réussi à mettre en évidence l'obstacle que pouvait constituer la conscience pour la guérison . Puisque au moyen du "magnétisme animal" ce dernier prétendit pouvoir guérir définitivement les maladies mentales. Il n'a procédé à aucune vérification scientifique, néanmoins son travail sur l'hypnose a éveillé un vif intérêt chez les psychiatres, notamment chez Freud.



F.W.J. Von Schilling (1775-1854)
Ami intime de Goethe et représentant de l'école allemande de Naturphilosophie, Schilling considère la nature inconsciente comme étant l'esprit en puissance, l'intelligence en cours de développement qui devient consciente dans le moi. La conscience est seconde, et est causée par l'antagoniste du sujet et de l'objet. Une unique énergie inconsciente qui tend vers la conscience est le fondement de tout pour cet auteur.
"L'inconscient éternel, qui est aussi le soleil éternel du royaume de l'esprit, se cache lui-même de par son propre éclat, et bien qu'il ne devienne jamais un sujet, il marque néanmoins d'une empreinte identique toutes les activités spontanées et il est en même temps pour toute intelligence l'invisible racine dont l'intelligence elle-même n'est q'une expression".
"Vous exigez de devoir être conscient de cette liberté ? Mais ne comprenez-vous pas que ce n'est qu'en fonction d'elle que votre conscience est possible ? Ne comprenez-vous pas que lorsque le "Je" devient un objet de la conscience, il n'est plus le "Je" absolu et sans mélange ?...La conscience de soi comporte un danger ; perdre le "Je"."

J.N. Von Goethe (1749-1832)
Avec Goethe, l'accent se déplace encore un peu plus des aspects cognitifs vers les aspects instinctifs et vitaux de l'inconscient.
Comme pour Novalis, ce grand poète pense que conscient et inconscient sont inséparables. Ce ne sont que des noms désignant des aspects complémentaires d'un seul phénomène. L'imagination pour Goethe est le don le plus secret et le plus précieux de la nature. "Sa propre imagination, disait-il opère involontairement et contre ma propre volonté". L'imagination sous tend tout amour, tout vouloir, tout désir, toute pensée. Goethe concevait un arrière-plan à l'esprit humain et à l'imagination, ce qui a conduit Jung à considérer le second Faust comme "une fascination de l'Inconscient".
L'homme ne peut rester longtemps à l'état conscient, il doit se replonger dans l'Inconscient, car là sont ses racines." "On doit considérer les hommes comme les organes de leur siècle, lesquels fonctionnent de manière principalement inconsciente.".
"Tout ce que nous appelons invention ou découverte au sens le plus élevé du terme est la pratique et le plein exercice d'une sensibilité primitive à la vérité qui, après une longue évolution silencieuse, conduit de manière inattendue et avec la rapidité de l'éclair à une trouvaille féconde. C'est une révélation dont le mouvement va de l'intérieur vers l'extérieur, et qui donne à l'homme une intuition de sa ressemblance avec Dieu. C'est une synthèse du monde et de l'esprit qui donne une bienheureuse assurance de l'éternelle harmonie de l'existence."

J.P. Richter (1763-1825)
Romancier allemand avec lequel l'aspect cognitif de l'inconscient s'efface totalement à l'arrière-plan. L'inconscient est désormais la source de l'énergie vitale.
"L'inconscient est véritablement le domaine le plus étendu de notre esprit, et précisément en raison de cette inconscience, notre Afrique profonde dont les frontières inconnues de nous s'étendent peut-être à l'infini. Pourquoi donc tout ce que contient notre esprit devrait-il devenir conscient, puisque ce dont il a déjà été conscient, le vaste domaine de la mémoire par exemple, ne lui apparaît qu'illuminé par endroits, alors que tout le reste dans son immensité demeure enfoui dans les ténèbres ? N'y aurait-il pas une face cachée de la lune de notre esprit qui ne se tourne jamais vers la lumière de la conscience ?".

Arthur Schopenhauer (1788-1860)
Dans son œuvre monumentale, "Le monde comme volonté et comme représentation", Schopenhauer soutient qu'il existe à l'œuvre dans la nature et dans chaque homme une volonté inconsciente. Cette volonté ou ce vouloir-vivre unique, immuable et sans finalité propre s'oppose au moi superficiel, sujet de la connaissance. 'La volonté' inconsciente correspond, en fait, aux instincts psychiques de la psychanalyse.
Le point important de sa philosophie et qui mérite d'être souligné ici, car il aborde les origines de la maladie mentale, notamment de la névrose, se trouve très bien résumé dans ce court extrait :
"Pour comprendre plus aisément cet exposé de la naissance de la folie, rappelons-nous avec quelle répugnance nous pensons aux choses qui blessent fortement nos intérêts, notre orgueil et nos désirs ; ….avec quelle facilité…nous nous en écartons brusquement ou nous nous en détachons furtivement sans en avoir conscience…C'est dans cette répugnance de la volonté à laisser arriver ce qui lui est contraire à la lumière de l'intellect qu'est la brèche par laquelle la folie peut faire irruption dans l'esprit…"
"Si certains évènements…sont…entièrement soustraits à l'intellect…et si….on comble arbitrairement la lacune ainsi produite – alors la folie est là. Car l'intellect a renoncé à sa nature, par complaisance pour la volonté ; l'homme s'imagine maintenant ce qui n'est pas. Et cependant la folie ainsi née devient le Léthé de souffrances intolérables ; elle a été le dernier recours de la nature saisie d'angoisse, c'est-à-dire de la volonté".

Carl Gustav Carus (1789-1850)
Lui aussi était un ami de Goethe. Médecin et fin observateur des hommes, a cherché à faire dériver, de même, tous les phénomènes d'un principe fondamental. La phrase de lui qui est la plus retenue est celle-ci : "La clef de la compréhension de l'essence de la vie réside dans le royaume de l'Inconscient".
Il a eu avant Freud l'intuition de l'importance des fonctions sexuelles inconscientes pour l'ensemble de la vie de l'esprit.
"Ce désir (sexuel) qui, à l'origine , est nécessairement inconscient, est important en ce qu'il pénètre avec une force égale la conscience et l'inconscient, chaque fois qu'il est excité".
"…En sorte que cette même subtile oscillation entre inconscient et conscience, sur quoi prend appui toute existence véritablement humaine, persiste également au cœur de cette relation (sexuelle)…"
"L'inconscient s'oppose au conscient comme le général au particulier. Mais la différence essentielle est que le premier est un courant ininterrompu, tandis que le second n'apparaît qu'épisodiquement".
"l'inconscient n'est que le terme subjectif pour ce que nous désignons objectivement comme nature".

Karl Robert Eduard Von Hartmann (1842-1906)
Alors que Freud était âgé de 12 ans, Hartmann a rédigé un ouvrage monumental et célèbre La Philosophie de l'inconscient qui couvre pratiquement tous les aspects concevables de l'inconscient. Il synthétise la volonté de Schopenhauer et l'inconscient de la philosophie de la Nature de Schelling. Mais voilà, "pour l'époque ce n'est pas de la bonne philosophie, et ce n'est pas non plus une science digne de ce nom".
…Nous devons reconnaître une extra-lucidité à l'inconscient, dans l'intentionnalité de l'élan créateur comme dans celle de l'instinct…"


Friedrich Nietzsche (1844-1890)
Philosophe intuitif et passionné, Nietzsche "a cherché à remplacer le christianisme par une doctrine de l'énergie vitale origine de toutes choses naturelles, humaines et divines. Il a toujours eu la certitude que l'esprit conscient était l'instrument de l'énergie vitale inconsciente. Enfin c'est lui qui a inventé le terme "ça" que Freud a employé pour désigner les éléments impersonnels de la psyché soumis à la loi de la nature.
"La conscience est la dernière évolution, et la plus tardive, de l'organique ; elle est par suite la plus inachevée et la moins efficace de ces différentes évolutions".
"Tout élargissement du savoir se fait en rendant conscient l'inconscient".
"La conscience n'atteint que la surface ; la grande activité fondamentale est inconsciente".
"Tous nos motifs conscients sont des phénomènes superficiels : derrière eux se trouve le conflit de nos instincts et de nos humeurs".

Theodor Lipps (1851-1914)
Pour ce professeur de psychologie de Munich, l'inconscient est la question de la psychologie. Il est acquis que Freud lui attribua la paternité du concept d'Inconscient.
"Il faut voir dans l'inconscient le fond de toute vie psychique". "Il ne nous suffit pas de penser qu'il existe des processus psychiques inconscients à côté des conscients. Nous croyons, en outre, que les processus inconscients sont le fondement même des processus conscients et les accompagnent. Les processus conscients surgissent de l'inconscient quand les conditions sont favorables. Ensuite, ils retombent dans l'inconscient".
Enfin rendons à César ce qui est à César…c'est Lipps qui a considéré le premier l'inconscient comme le lieu du refoulé.


* Inspirée par la lecture du livre de Lancelot Whyte - L'inconscident avant Freud - ed Payot Paris.





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