Comme l’a montré Neumann, les premières manifestations de cet archétype remontent aux temps glaciaires, lorsque les groupes humains devaient s’enfoncer dans des passages escarpés et obscurs pour atteindre des sanctuaires cachés dans des grottes, au cœur des montagnes. Il écrit :
« Le chemin difficile et dangereux qui conduisait aux grottes sacrées faisait partie intégrante de la réalité rituelle ; c’est en traversant ce passage obscur que l’homme préhistorique accédait à la profondeur du mystère. »
(Neumann, La Grande Mère)
Ce geste archaïque n’a jamais disparu : il s’est déplacé à l’intérieur. Ce que les grottes préhistoriques figuraient extérieurement — une matrice obscure où l’être humain se dépouille pour renaître — se rejoue désormais dans la psyché. C’est pourquoi la tradition chrétienne a pu nommer l’un de ces passages intérieurs la « nuit obscure de l’âme ». Mais cette nuit c’est un passage. Elle reprend la plus ancienne de l’expérience humaine : se retirer dans la profondeur, traverser l’inconnu, mourir à une forme ancienne de soi.
À la lumière de la psychologie des profondeurs, il est clair que cette « nuit obscure » n’est qu’une des formes culturelles que prend l’archétype du chemin. Elle exprime la descente, la dissolution, la perte des repères du moi. Le processus d’individuation en est aujourd’hui l’héritier psychologique.
C’est incroyable comme penser aux évolutions d’un archétype procure ce sentiment puissant d’appartenir à une chaîne d’expériences humaines millénaires à laquelle nous participons sans le savoir. Comme si, une mémoire archétypique se réveillait. Jung appelait cela sa « personnalité n°2 » : la sensation d’être relié à quelque chose d’immense, de plus ancien que soi, d’enraciné dans la longue histoire de l’âme humaine.
Le vieux geste de l’humanité : entrer dans l’obscurité, se laisser transformer, et revenir différente, plus unifiée, plus réelle. Le chemin est ancien — il se renouvelle seulement en nous.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire