02 août 2026

L’habitabilité de la planète et l’habitabilité de l’être humain






À la lecture d’un article du Monde consacré aux mégafeux, une réflexion s’est imposée à moi. 

L’article décrit les conséquences du dérèglement climatique, l’épuisement du vivant et les impasses de notre modèle économique toujours plus exigeant. 
Ce constat n’est pas une nouveauté. Je le trouve même très redondant. 
Cela n’enlève rien au travail immense que réalisent concrètement des hommes et des femmes pour changer les choses sur le terrain. Je pense aussi aux soldats du feu, qui laissent leur santé, voire leur vie, à chaque événement extrême. 

Je me demande simplement si la critique, qui est en train de devenir une vieille rengaine, et la remise en cause du seul modèle économique suffiront à transformer durablement notre manière d’habiter le monde. 
 
Car je vois un parallèle évident à faire avec le problème de l’habitabilité de la planète : celui de l’habitabilité intérieure de l’être humain. 
 
Depuis plusieurs siècles, nous avons essentiellement associé le progrès au développement économique, à la performance et à la consommation. Cette évolution a permis des avancées considérables. Mais elle ne s’est pas accompagnée d’un développement équivalent de notre vie psychique. Comme si nous avions appris à rendre le monde toujours plus habitable matériellement, sans apprendre à habiter davantage notre propre monde intérieur. 
 
Or, tant que cette dimension reste négligée, nous risquons de continuer à traduire l’idée de progrès par le seul agir : produire davantage, consommer davantage, profiter davantage, maîtriser davantage. Le sens de la croissance ne dépasse pas le stade de son expression concrète et instinctive ; il ne passe pas au niveau psychique. Il ne se psychise pas. Il ne produit pas de croissance intérieure… 
 
Carl Gustav Jung a décrit cette croissance intérieure à travers ce qu’il nomme le processus d’individuation. Il ne s’agit pas de renoncer au développement matériel, mais de lui donner une profondeur, une direction, un sens. Ce chemin conduit progressivement l’être humain à mieux se connaître, à mieux se conduire — dans le respect des autres, du monde et de la vie —, à mieux reconnaître ses limites ainsi que son désir de puissance inconscient. Car c’est souvent ainsi qu’il apparaît au départ : brut, instinctif, en attente d’une transformation et d’une intégration. 

Une transformation qui conduit à une manière plus juste et plus éclairée d’habiter le monde. La véritable question n’est-elle pas seulement de savoir comment rendre notre planète de nouveau habitable, mais aussi comment redevenir intérieurement habitables. Car il est difficile de prendre soin du vivant autour de nous lorsque nous avons perdu le lien avec le vivant en nous.


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